Le qualificatif « colon » attribué par le ministre Alan Ganoo à Paul Bérenger aux petites heures du dimanche 20 juin a entaché la fin des débats sur le Budget 2021/2022. Cette remarque raciste a valt à son auteur d’être l’objet d’une motion de Rajesh Bhagwan mardi dernier, à l’Assemblée nationale, demandant que les salaires du ministre du Transport et des Affaires Etrangères soient réduits de Rs 10 symboliques. C’était au moment où les dotations budgétaires du ministère des Transports étaient sous la loupe des députés de l’opposition.

C’est en ces termes que le premier député du No 20 a formulé sa motion: « I would like to intervene on Item 20100-Allowance to Minister, on page 174. I move that this Budget Item be reduced by a token sum of Rs10 to express our dissatisfaction, dégoût sur les remarques racistes qu’a faites le ministre sur Paul Bérenger, l’autre jour, en le traitant de colon. C’est honteux de la part d’un ministre de la République, qui est payé des deniers publics, de venir le traiter de… »

Au moment où cette motion du député du MMM était présentée, quelques minutes à peine après la pause déjeuner, très peu de membres de la majorité étaient présents dans l’hémicycle, ce qui a créé un petit mouvement de panique forçant le président de séance, Zahid Nazurally, surpris par la démarche, à suspendre la séance probablement pour prendre conseil et vérifier comment de telles motions ont été traitées dans le passé, mais pour aussi permettre aux élus du gouvernement de rappliquer à toute vitesse en vue de faire échec à la démarche du député du MMM.

Lorsqu’il est revenu quelques minutes plus tard, Zahid Nazurally se proposait de statuer mais il a été fréquemment interrompu par le ministre Ganoo qui a insisté pour intervenir en disant que la motion le concernait. La présidence n’a pas accédé à sa requête et a finalement décrété que la motion de Rajesh Bhagwan n’était pas recevable. Ce qu’a contesté Reza Uteem, soulignant qu’il se trompe d’interprétation.

Patrick Assirvaden a pris la parole pour demander comment le ministre pourrait intervenir sur un ruling de la présidence, mais celle-ci a tranché pour accorder la parole à Alan Ganoo qui a aussi opiné que la motion ne pouvait pas être acceptée. Et c’est avec une pointe d’ironie que la députée Joanna Bérenger a lancé: « Tania kine dir sa ! », suivi de « la honte lor toi » entonné par des députés de l’opposition.

Poursuivant son argumentaire, le ministre du Transport a cité quelques remarques formulées à l’encontre de ses adversaires par Paul Béranger, comme « Pinokio, laké sat » ou « bombe communale ambulante » pour tenter de justifier son dérapage comme si cela avait la même connotation raciste que « colon » généralement adressé à des personnes présentant une pigmentation blanche.

C’est aux cris de « raciste » que Rajesh Bhagwan et d’autres députés de l’opposition ont couvert les propos déjà inaudibles d’Alan Ganoo. Le député du No 20, qui ne voulait pas en démordre, n’en a pas moins réitéré un « raciste » sonore en direction du ministre Ganoo avant d’être rappelé à l’ordre par la présidence qui l’a invité à retirer ce mot, ce qu’il a finalement fait.

Le point pertinent de Patrick Assirvaden

Patrick Assirvaden, qui avait attentivement suivi ces échanges, est revenu, avec raison, à la charge pour demander au Deputy Speaker s’il serait possible désormais de commenter les rulings du Speaker et du Deputy Speaker comme a eu tout le loisir de le faire le ministre Alan Ganoo. Un point pertinent. Bafouillant, l’occupant du perchoir a dit qu’il s’est contenté d’écouter les explications du ministre. Après cette démarche qui visait à faire le procès du racisme de l’ancien bras droit du leader du MMM et son problème de « colon », tous les partis de l’opposition ont décidé de ne poser aucune question sur les budgets des divers organismes tombant sous la responsabilité d’Alan Ganoo.

L’examen en comité du Budget 2021/2022 avait commencé la veille, lundi 21 juin, pour se terminer dans la soirée du mercredi 23 avec l’opposition martelant de questions les ministres, certains plutôt bien préparés mais d’autres très dépourvus et approximatifs, à l’instar de Mme Kalpana Koonjoo-Shah qui a systématiquement invité les élues Stéphanie Anquetil et Joanna Bérenger à venir avec des questions parlementaires plutôt que de répondre sur-le-champ.

L’exercice d’examen des dotations budgétaires a suivi les interventions successives et les longues lectures de trois membres du gouvernement, Leela Devi Dookun-Luchoomun, qui, en sus d’avoir longuement parlé de son ministère, a aussi tenté un commentaire sur l’affaire Betamax. Elle a rejeté toute idée de vendetta dans la décision de résilier le contrat de la firme de Veekram Bhunjun et, pour étayer son argument, la ministre et colistière du Premier ministre au No 8, a invoqué l’intérêt supérieur de l’Etat en se basant sur les observations de la Cour suprême, la quelle avait décrété que le contrat était « totally skewed in favour of Betamax against the interest of the State Trading Corporation and hence, against the interest of the State and the people of this country ».

Ses observations ont, comme on le sait, été rejetées par le Conseil privé qui a ordonné l’exécution de la décision de la Cour arbitrale de Singapour de dédommager Betamax à hauteur de Rs 5, 6 milliards. Quant à son collègue, le Premier ministre adjoint Steven Obeegadoo, on a bien vu qu’il a eu besoin de parcourir les interventions de l’opposition pour pouvoir préparer sa réplique qui s’est transformée en leçons de courtoisie et de patriotisme à la ronde et à une invitation à abandonner le « trumpisme » et la « petitesse d’esprit » tout en invoquant aussi l’histoire. Ce qui n’a pas manqué d’amuser les quelques députés de l’opposition qui étaient dans l’hémicycle.

Version recyclée

Le ministre a aussi donné des signes d’énervement envers le député travailliste Osman Mahomed qui avait formulé certaines allégations contre une ingérence politique dans les affaires de la New Social Living Development Ltd, organisme chargé d’exécuter le projet de construction de 12 000 logements. Il l’a invité à répéter ses propos hors de l’hémicycle et a refusé de céder le micro au député visé pour que celui-ci clarifie ses propos.

Le Premier ministre, qui était le dernier intervenant sur ce budget, a longuement parlé de la crise sanitaire due à la Covid-19 et de la protection exceptionnelle que le gouvernement a accordée à la population en ces temps difficiles, soit Rs 23,5 milliards payées à 450 000 personnes. Pravind Jugnauth a ainsi beaucoup insisté sur la nécessité pour la population de se faire vacciner.

Evoquant les mesures économiques, il a soutenu que le budget suit la philosophie qu’il a prônée, à savoir favoriser le développement économique tout en assurant la protection des couches les plus vulnérables. Il s’en est alors pris à la politique économique ultra-libérale adoptée par le gouvernement travailliste en 2005. Dans son envolée à présenter le budget comme novateur, le chef du gouvernement a parlé de « silence is consent » alors que c’est une version recyclée de la notion de « silent agreement » annoncée par Rama Sithanen aussi loin qu’en 2006/2007. C’est une procédure qui consiste à donner la possibilité à un entrepreneur de commencer son projet si, dans un délai donné, sa demande n’a pas été rejetée. Sinon, le Premier ministre a passé en revue les différents services qui sont sa responsabilité, police et prison et a dit son optimisme quant à la relance de l’économie mauricienne.

Plus dans la formule que dans l’explication de ces mesures budgétaires, Renganaden Padayachy a estimé que ce sont les trois D, « démoniaque, démagogique, destructeur » que l’opposition affiche vis-à-vis des trois R « redressement, renaissance et résilience » que propose le gouvernement.

Il a toutefois tenu à répondre sur le niveau de l’endettement, d’autant qu’il est surtout domestique, en citant les économistes qui n’en font pas une obsession, mais qui y voient surtout un moyen de continuer à assurer le développement.

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