Anerood Jugnauth

L’Assemblée nationale, convoquée en séance spéciale, hier à partir de 18 heures, suite au décès de sir Anerood Jugnauth, ancien Premier ministre et ex-président de la République, a rendu un vibrant hommage à un « Illustrious Son » de la République. Pendant un peu moins de deux heures, les chefs de file des différentes formations politiques, représentées au sein de l’hémicycle, dont le Premier ministre et Leader of the House, Pravind Jugnauth, se sont succédé pour faire état du parcours du tribun politique, que fût sir Anerood, au cours de ces 60 dernières années.
D’ailleurs, la séance d’hier en début de soirée a été marquée par une séance d’unanimité et de consensus autour de la contribution que ce soit sur le plan politique, constitutionnel, économique et social, de feu sir Anerood. Pendant presque une demi-heure, Pravind Jugnauth avait donné le ton en retraçant la carrière politique de sir Anerood suivi du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval au terme du protocole parlementaire.
Puis tour à tour, le Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme, Steven Obeegadoo, le leader du MMM Paul Bérenger et camarade de lutte pendant les années de braise des 70 et du début des années 80, le ministre Alan Ganoo, l’ex-DPM Ivan Collendavelloo, Arvin Boolell pour le parti Travailliste, le député Buisson Léopold pour l’OPR et le Speaker, Sooroojdev Phokeer, sont intervenus pour mettre en exergue les qualités intrinsèques de l’ancien Premier ministre et président de la République, avec une minute de silence observée en début de séance.

Le PM : « Sa vie, un triomphe de
persévérance, de courage et de détermination »

Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a rendu un émouvant hommage à son père, sir Anerood Jugnauth, au Parlement hier. C’est avec beaucoup d’émotion qu’il a affirmé que « Lady Sarojini a perdu un pilier, j’ai perdu un père que j’aimais qui était ma source d’inspiration et la nation a perdu un fils qui a consacré 60 ans de sa vie au service du pays ». Citant André Malraux, il a affirmé que « le tombeau des héros est le cœur des vivants ». Le chef du gouvernement a rappelé qu’on se souviendra de sir Anerood pour sa simplicité et son humilité. « Sa vie était un triomphe de persévérance, de courage et de détermination », devait-il souligner.
D’entrée, Pravind Jugnauth a estimé qu’avec le décès de sir Anerood, le pays a perdu un de ses plus illustres fils, homme d’État remarquable et respecté qui s’est dévoué au service de sa patrie. « À sa manière, il a touché le cœur de la population », dit-il. Et de concéder qu’il est difficile de rendre justice à la mémoire d’un leader de cette envergure qui laisse derrière lui un héritage si important avant de brosser sa biographie en rappelant que sir Anerood est né le 29 mars 1930, à Palma, Quatre-Bornes. Il a fait ses études primaires à Palma Church of England School et a fréquenté le Regent College dans le cadre du cycle secondaire.
Le Premier ministre a rappelé que celui qui devait devenir l’architecte de l’île Maurice moderne a eu une enfance modeste. « Ces années de pauvreté et de dur labeur ont été à la base des valeurs morales et éthiques qui étaient les siennes. Ses premières leçons lui ont été inculquées par son père. Il a beaucoup appris ensuite de Basdeo Bissoondoyal et de son école. Comme un jeune, il a adhéré naturellement aux valeurs morales et éthiques auxquelles il était exposé. Ce qui a forgé son caractère, l’a guidé et lui a permis de se confronter aux défis et aux tentations dans sa vie », a-t-il fait ressortir.
Pravind Jugnauth a aussi passé en revue le parcours professionnel de SAJ avant son départ en 1951 pour la Grande-Bretagne en vue d’entamer des études de droit. Il a été Called to the Bar en 1954 à Lincoln’s Inn. « C’est à cette époque qu’il a développé sa passion pour le football anglais et pour Manchester United », a-t-il dit. Et d’évoquer la carrière politique du défunt, notamment son élection en tant que conseiller de village à Palma.
Plus tard, sir Anerood a adhéré à l’IFB et en 1963, il devait sortir victorieux des élections dans la circonscription Rivière du Rempart (No 14). En 1964, il avait été élu conseiller municipal à Vacoas-Phoenix. Sa participation à la conférence constitutionnelle de Londres en 1965 fut aussi un moment historique dans sa longue carrière politique. Il faisait partie de la délégation dirigée par feu sir Seewoosagur Ramgoolam à cette conférence qui avait décidé du statut ultime de la colonie de Maurice. Il a fait un effort considérable pour convaincre Sookdeo Bissoondoyal de soutenir le groupe pro indépendance à la conférence de Lancaster House.
Son intervention et celle de sir Seewoosagur Ramgoolam ont permis de faire pencher la balance en faveur de l’indépendance. Cela a jeté les bases pour la création d’une alliance regroupant le Ptr, le IFB et le CAM enregistré sous le nom du Parti de l’indépendance pour les élections du 7 août 1967. Sir Anerood a également siégé au conseil des ministres avant de démissionner en 1967 sur la base d’un désaccord avec sir Seewoosagur pour se joindre au Parquet.
En se joignant au MMM au début des années 70, il devait démissionner du Parquet. Il a été élu en 1976 et a été nommé leader de l’opposition. Il devait être élu en 1982 qui a vu la victoire de l’alliance MMM-PSM par 60-0. Après la cassure du MMM, il avait fondé le MSM en avril 1983 et fut reconduit comme Premier ministre, poste qu’il occupa pendant douze ans jusqu’à décembre 1995. C’est durant cette période qu’il a mené Maurice au statut de la République. Sir Anerood a été reconduit au pouvoir en 2000. Ce mandat a été marqué par l’émergence de la cybercité, un héritage à la future génération.
Par la suite, il passa le pouvoir à Paul Bérenger au terme d’un accord électoral pour démontrer qu’il était un homme de parole avant de démissionner du parlement pour occuper le poste de président de la République.
Pravind Jugnauth a expliqué finalement qu’après les élections de 2014, Sir Anerood devait décider de lui céder le poste de Premier ministre pour occuper le poste de ministre mentor avant de se retirer totalement de la vie politique. Pour lui, sir Anerood a été une « légende vivante » qui sera une source d’inspiration pour tous les jeunes qui veulent s’engager dans la politique.

Nando Bodha essuie un refus

« Un hommage se pratique dans la dignité et la compassion, en tant que Whip de l’opposition cela m’attriste que la demande du député Nando Bodha auprès du Speaker pour dire quelques mots en mémoire de Sir Anerood, (avec lequel il a été si proche) ait été rejetée.
« La politique n’avait pas sa place en ce jour solennel.
« Les députés indépendants sont au Parlement au même titre que tous les autres parlementaires.
« L’histoire s’en souviendra ! »

Paul Bérenger : « SAJ a profondément marqué l’histoire politique récente »

Paul Bérenger, qui effectuait son retour au Parlement après sa suspension, a souligné que sir Anerood Jugnauth a profondément marqué l’histoire politique récente.
« Lorsque Sir Anerood nous a quittés jeudi dernier, c’est une page de notre histoire qu’il a tournée. Il nous a quittés pour rejoindre toute une génération de hautes personnalités politiques. De sir Seewoosagur Ramgoolam à sir Gaëtan Duval, en passant par sir Abdool Razack Mohamed, sir Veerasamy Ringadoo, Sookdeo Bissoondoyal, sir Satcam Boolell », a-t-il affirmé. Et de souligner que Sir Anerood Jugnauth a profondément marqué notre histoire politique récente. Faisant une brève historique du parcours politique de SAJ, il a rappelé qu’il a été élu pour la première fois à ce parlement aux élections générales de 1963. « Il participa dès 1965 à la conférence constitutionnelle de 1965 à Lancaster house où se décida l’indépendance du pays. De 1971 à 1983, il fut avec nous au MMM », a-t-il poursuivi avant de rappeler avec émotion que « tout au long de 1972, il resta aux côtés de Kader Bhayat pour garder vivants les liens entre les détenus de l’État d’urgence et le monde extérieur ». Il a conclu en affirmant que « nous avons vécu ensemble le grand moment de 1982, comme nous avons été ensemble pour faire de Maurice une République, pour donner à Rodrigues son autonomie et pour commencer le combat pour notre souveraineté sur les Chagos et Tromelin ».
« En ces moments de douleur et de tristesse, toutes mes pensées vont à sa fille et à son fils et surtout à lady Sarojini », a conclu le leader du MMM.

Xavier-Luc Duval relate que
SAJ a plaidé en sa faveur

Le leader de l’opposition et du PMSD, Xavier-Luc Duval a rendu hommage à feu Sir Anerood Jugnauth, ancien Premier ministre et Président de la République, mercredi soir à l’Assemblée nationale. Il se souvient comment SAJ avait plaidé pour lui pour qu’il soit candidat des élections de 1987 alors que l’entreprise où il travaillé lui avait refusé d’être candidat.

Xavier-Luc Duval dit avoir été choisi par le PMSD pour être candidat pour les élections générales en 1987. Étant à cette époque un associé de la firme De Chazal Du Mée, il souligne que les autres associés pensaient qu’il n’était pas correct de poser sa candidature pour ces élections. « Ils m’avaient catégoriquement refusé d’être candidat », dit-il. Suite à ce refus, le leader du PMSD dit avoir été emmené à la résidence de Sir Anerood Jugnauth à La Caverne par Sir Gaëtan Duval. « Sir Anerood Jugnauth avait appelé les partenaires pour que je sois candidat. Ils avaient changé d’avis et avaient accepté que je sois candidat », dit-il. Mais en 1988, le PMSD avait quitté le gouvernement. Par la suite, les relations entre le MSM et le PMSD ne se sont pas améliorées suite à la réouverture du dossier d’Azor Adélaïde. Après l’abandon de cette affaire par le Directeur des Poursuites publiques, Xavier-Luc Duval avance qu’en 1995, Sir Anerood Jugnauth et Sir Gaëtan Duval se sont réconciliés. Suite à cela, le PMSD s’est joint au gouvernement pour une courte période.
Faisant un mini-historique de la relation entre le MSM et le PMSD, Xavier-Luc Duval avance qu’après avoir remporté les élections générales de 1983, le PMSD avait formé le gouvernement aux côtés de Sir Anerood Jugnauth jusqu’en 1988. « C’était une période de transformation pour le pays avec une croissance économique rapide », dit-il, appelé le « miracle économique ». L’équipe derrière cette transformation était composée de feu Sir Gaëtan Duval, vice-Premier ministre, Sir Satcam Boolell, et le « très capable ministre des Finances », Vishnu Lutchmeenaraidoo. Xavier-Luc Duval dit avoir rencontré Sir Anerood Jugnauth pour la première fois en 1986 lors d’une réunion de crise suite à la démission de certains ministres. Il se souvient avoir été à La Caverne avec son père, Sir Gaëtan Duval et le plus jeune parmi tous ceux présents. Ne sachant pas la raison de sa présence à La Caverne à cette époque, Xavier-Luc Duval concède avoir apprécié la réunion et aussi la manière que cette réunion était présidée par Sir Anerood Jugnauth.
Abordant le pragmatisme de Sir Anerood Jugnauth, Xavier-Luc Duval avance que l’ancien Premier ministre avait accepté d’abroger la peine de mort. Le leader de l’opposition dit que les pas du MSM et du PMSD se sont croisés à nouveau et Lalians Lepep avait remporté les élections générales de 2014. Mais en 2016, le PMSD avait quitté le gouvernement. Mais pour Xavier-Luc Duval, la carrière est SAJ est « indéniablement prestigieuse et a laissé son empreinte dans le pays, en particulier au progrès socio-économique de la nation pour lequel il restera dans les mémoires ».

Steven Obeegadoo : « Un leadership fort dont le pays avait besoin »

Le Deputy Prime Minister Steven Obeegadoo a mis en avant les 56 ans de vie politique de SAJ, notamment les 31 années de députation, de presque 20 ans à la primature et 9 ans à la Présidence de la République qui constitue un record dans la vie politique du pays. « Un leadership fort dont le pays avait besoin à un certain moment de son histoire », a laissé entendre le No 2 du gouvernement de Pravind Jugnauth. « Un grand patriote qui dès son premier discours à l’Assemblée nationale affirmera ‘we must stop thinking in terms of hindus muslims or general population, we must try to think in terms of mauritians because everyone is born in this country’ », a rappelé Steven Obeegadoo. Ce dernier a passé en revue les grands moments de la carrière politique de SAJ notamment en soutenant et préparant l’indépendance.
Il a salué « le militant qui défendra la souveraineté territoriale du pays » et aussi « le réformateur qui, avec le MMM et le MSM, inscrira l’égalité des genres dans la loi ». Il est revenu sur les moments forts des différents mandats premier-ministériels de SAJ dont l’abolition du Certificate of Primary Education dans le secteur de l’éducation ou encore la libéralisation des ondes et l’avènement des radios privées. « Le rassembleur et bâtisseur », comme il a qualifié l’ancien leader du MSM, a selon lui, travaillé avec tous les bords politiques durant sa riche carrière. À présent, selon le DPM Obeegadoo, il va falloir faire vivre les valeurs de ce grand homme politique et poursuivre ses combats. « Nous nous engageons de suivre la voie tracée », a-t-il conclu.

Alan Ganoo : « Un semblant
de SAJ ne sera pas vu de sitôt »

Pour le leader du Mouvement patriote mauricien et ministre du Transport et du métro « un semblant de SAJ ne sera pas vu de sitôt ». Il ajoute que toute la nation pleure le départ de cet homme politique « remarquable ». Il dit s’inspirer du parcours de ce personnage, qui a marqué l’histoire du pays notamment de par sa rigueur.
« Je suis fier d’avoir été associé à ce géant politique », affirme-t-il, rappelant au passage qu’il a connu SAJ non seulement comme adversaire et associé au Barreau mais aussi dans la vie politique. Il est remonté jusqu’en 1982 où il a servi comme Speaker de l’Assemblée nationale. « Jamais SAJ comme Premier ministre n’a tenté de m’influencer », dit-il. Pour lui, la tâche de SAJ comme PM n’était pas un « bed of roses ».
Il a vanté la stature de SAJ et la force de caractère de ce dernier à la tête des gouvernements qu’il a dirigés au sein desquels l’élu du No 14 (Savanne/Rivière- Noire), a servi comme Attorney General et aussi un peu plus tard comme ministre des Services publics. « Il avait une indépendance d’esprit », ajoute-t-il. Et de rappeler que le projet Midlands Dam, projet que SAJ tenait à cœur et qui est le premier dam érigé post-indépendance du pays, avait été inauguré un 29 mars, date d’anniversaire de l’ancien leader du MSM en 2003. Il a aussi déclaré que SAJ a aussi été un adversaire politique dur dans le temps. « He was a man of action, guided by sound practicality », fait-il ressortir, soutenant qu’il y a beaucoup à retenir de la carrière de ce « village boy » qui a connu une ascension fulgurante à la tête du pays.

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