Des hauts gradés : « Notre sécurité physique est menacée par les pulsions de barbare de quelques collègues »

Un vent de panique souffle intra-muros de la prison. Le « décès in custody », pour dire le moins, vu les circonstances de cette « exécution sommaire » du détenu Jean Caël Permès, 29 ans, habitant la cité Sainte-Claire, Goodlands, a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Des hauts gradés, « qui comptent plus d’une trentaine d’années de service », et d’autres, tous rangs confondus, ont souhaité « alerter l’opinion publique » sur ce qui se passe derrière les barreaux. Ils veulent que le slogan « Baro pa aret lavi », soit une réalité et non un euphémisme en milieu carcéral.

« Cette situation est intenable : quelques-uns de nos propres collègues agissent de manière totalement barbare et en toute impunité, avec la bénédiction From Higher Quarters. C’est révoltant ! Du jamais vu. Et c’est une situation qui va en empirant Au point où bon nombre d’entre nous, qui ne cédons pas aux “exigences” de ce groupuscule semant la terreur dans nos geôles, craignons nos propres collègues. Nou lavi an danze pa akoz prizonye, me akoz nou bann prop koleg ! »

Petit retour en arrière : le 20 mars dernier, dans le sillage d’une mutinerie des détenus « on remand » à la prison de Beau-Bassin, qui aurait eu pour toile de fond la Covid-19, l’un d’eux, Louis Michael Louise, 41 ans, habitant Roche-Bois, trouve la mort. « Sans jamais l’annoncer officiellement, estiment-ils, la direction pénitentiaire n’a fait qu’effleurer ce décès, arguant un règlement de comptes entre détenus ». Cependant, font-ils ressortir : « Zame okenn prizonye pa finn arete dan sa case-la. Kifer ? »

29 avril : épisode 2, le prisonnier Jean Alain Auguste, 30 ans, est retrouvé « pendu dans sa cellule à la prison de Melrose ». Sur ce plan, ils relèvent que « les circonstances entourant le décès de ce détenu, spécifiquement, ne relèvent pas d’un foul play, car il avait des soucis d’ordre psychologique ». Et de poursuivre : « Nous sommes d’avis que les proches ont profité du momentum actuel pour faire pression plutôt qu’autre chose. Mais nous nous en remettons à une enquête policière, qui fera la lumière à ce sujte. »

Et enfin, la semaine dernière, le 5 mai précisément, la découverte de la dépouille du détenu Jean Caël Permes, 29 ans, transféré de la prison de Beau-Bassin à celle de haute sécurité de La Bastille, à Phœnix, qui sonne le glas sur l’univers carcéral. « Depi otan banané ki mo travay prizon, zame monn trouv prizonye mor koumsa ! » confie un haut gradé.

Ses collègues renchérissent : « Nous sommes contraints de garder le silence parce que nous sommes des fonctionnaires, c’est vrai. Mais il y a surtout un régime totalitaire qui s’est instauré depuis quelques années. » Ces officiers de la prison ne condamnent pas le commissaire des prisons. « C’est un homme de principes et qui a apporté des changements dans la routine de la prison. Mais ce que nous lui reprochons, surtout, c’est de se laisser influencer par quelques-uns de nos collègues, qui font partie de la hiérarchie de la prison et qui pratiquent une culture de la violence et de la répression. Cela ne date pas d’hier. Le précédent commissaire des prisons, Jean Bruneau, avait compris le jeu de ces hauts gradés, et il avait, à sa manière de parfait gentleman, tackle the problem, sans qu’il n’y ait les dérapages que l’on a depuis ces dernières années. »

“Quelles que soient leurs fautes, ce n’est pas à nous (…) de les juger et de les condamner. C’est le travail de la justice. »

Le travail de l’officier de prison, poursuivent ces officiers, s’apparente à celui d’un travailleur social : « Il nous est demandé d’être à l’écoute et d’avoir une plate-forme de dialogue avec les détenus. Mais, attention ! cela ne veut pas dire faire ami-ami et se retrouver, comme certains de nos collègues, dans le collimateur de ceux des détenus qui achètent leurs services, et deviennent ainsi des pourris. Il faut bien garder nos distances et avoir un comportement ferme et strict, se faire respecter, tout en respectant aussi ces détenus. Ce sont des êtres humains ! Ils ont fauté, et nous sommes tous d’accord que ce ne sont pas des enfants de choeur. Mais, quelles que soient leurs fautes, ce n’est pas à nous, officiers de la prison, de les juger et de les condamner. Ça, c’est le travail de la justice. »

Réprouvant l’attitude de quelques officiers, « qui ne pensent pas de la même manière et qui profitent de la moindre occasion pour rabaisser, humilier, voire s’en prendre physiquement aux détenus », ces gardiens de carrière laissent entendre que « ces dernières semaines, la situation s’est aggravée ». Ils poursuivent : « Avec le confinement, il y a des abus Kouma pena vizit an se moman, ena sertin deteni kinn gayn bate. Zot plainie ar nou, me ki nou kapav fer ? Nou mem nou dan enn sityason konplike. » Et de rappeler que « même le syndicat des officiers de la prison, la Prisons Officers Association, a été muselé ».

Ces officiers espèrent que leurs voix « seront entendues ». Ils expliquent : « La prison, c’est un univers bien particulier. Ceux qui y ont fait carrière en témoignent. Nous avons fait beaucoup d’effort pour gagner la confiance et l’estime des parents des détenus et du public en général. Nous ne voulons pas qu’à cause de quelques mauvais éléments et de leurs mauvaises pratiques, nous soyons tous entraînés dans une spirale infernale. Le Premier ministre doit prendre des mesures et changer cette situation avant que cela ne s’aggrave davantage. » Ces officiers sont d’ailleurs d’avis que « la situation risque bien de s’envenimer ». Et de conclure : « Les détenus ne vont pas rester tranquilles, malgré les coups et les violences. Et c’est nous, les officiers, qui sommes en première ligne. Personne ne mérite de perdre sa vie ! »

« Régime tortionnaire »

Ces officiers rappellent une série d’incidents qui ont émaillé la vie carcérale ces dernières années. L’un des épisodes les plus marquants, selon eux, remonte à deux jours avant la mise en application de l’interdiction des cigarettes en milieu carcéral. « Des éléments du GIPM, armés jusqu’aux dents, avaient fait irruption dans les différentes associations yards à la demande de la direction de la prison, forçant les détenus à s’appuyer contre le mur avec leurs fusils pointés au dos ! Après une demi-heure, ils revenaient en force, obligeant les détenus, cette fois, à s’allonger par terre, leurs pointes de fusils à la nuque des détenus. Tout cela pendant que l’hélicoptère de la police sillonnait le ciel de ces différentes institutions carcérales. On se serait cru dans un camp de concentration ! Ce n’est qu’un exemple et c’est carrément un régime tortionnaire. »

Ces officiers font également remarquer que « chaque déplacement d’hélico coûte presque Rs 1 million à l’État ». Et de conclure : « Ce n’est pas un jeu. Et cet argent, il est prélevé des poches du contribuable. Est-ce là une attitude responsable et attendue d’un CP ? »

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