La centrale thermique de St-Louis

Les fusibles au plus haut niveau du CEB, l’Acting GM, Shamshir Mukoon, le Chairman, Seety Naidoo, l’alter ego politique du DPM Collendavelloo, en position de délicatesse

Christelle Sohun de la garde rapprochée du leader du ML détient la clé de l’énigme du Certificate of Emergency pour la signature du contrat de Rs 4,5 milliards le 2 mars 2016

En contrepartie, Ivan Collendavelloo maintient la thèse  colportée visant à faire croire que la genèse de la St-Louis Gate remonte à 2014

La bombe à retardement de Rs 700 millions à Rs 1,3 milliard suite à la dénonciation de corrupt practices lors de l’octroi du contrat de Rs 4,5 milliards pour le redevelopment de la centrale thermique de Saint-Louis revêt un double enjeu. D’abord, il y va de la réputation de Maurice en cette période où l’intégrité institutionnelle de la République est ébranlée avec la black list de high risk jurisdictions arrêtée par l’Union européenne en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Puis, pire encore est le mélodrame que se livrent les deux leaders de l’Alliance Morisien, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, et le Deputy Prime Minister et ministre des Utilités publiques, Ivan Collendavelloo. C’est ce que certains observateurs politiques qualifieront de “Danger! High Political Votage!”, vu le potentiel de Collateral Damages. Depuis la révélation de la Banque africaine de Développement (BAD) selon laquelle “evidence supports a finding that Burmeister & Wain, on a balance of probabilities, financially rewarded members of the Mauritian administration and others, through the intermediary of third parties”, ces deux hommes politiques s’évertuent de “market” la thèse qu’à aucun moment, jusqu’au lundi 8 juin, ils n’étaient pas au courant de cette affaire de pots-de-vin contre “access to confidential tender-related information which allowed them to tailor the technical specifications of the tenders to its offering, thus gaining an undue competitive advantage over other tenderers”.

Pendant toute la semaine, et même lors des délibérations du Conseil des minstres de vendredi, le Deputy Prime Minister a martelé qu’à aucun moment depuis février de l’année dernière, il n’était au courant de cette enquête de Burmeister & Wain Scandinavian Contractor A/S, impliquant des sanctions contre au mois cinq employés de la compagnie danoise et que deux d’entre ont été remis entre les mains de la police danoise.

Puis les findings de cette enquête avaient été relayés à la Banque africaine de Développement et BWSC a été interdite pendant 21 mois à participer à des exercices d’appels d’offres pour des projets avec la BAD en tant que bailleurs de fonds. Devant la gravité des accusations, BWSC n’a eu d’autre choix que de collaborer avec la BAD avec pour conséquences, aux dires du Chief Executive Officer de BWSC, Nikolat Holmer Nissen, que “the settlement and relatively short debarment period reflect a constructive collaboration with the African Development Bank.” N’empêche qu’au terme de l’Agreement for Mutual Enforcement of Debarment Decisions, toute sanction au-delà de 12 mois est reconnue et applicable par les autres signataires, dont l’Asian Development Bank, l’European Bank for Reconstruction and Development, l’Inter-American Development Bank et la Banque mondiale.

La défense jusqu’ici par le Premier ministre et le Deputy Prime Minister pour tenter de se dédouaner de ce scandale paraît ébranlable. Et même si cette raison est des plus valables, le duo est pris à défaut par l’inefficacité ou le dysfonctionnement du système officiel de remontée d’informations cruciales susceptibles de porter atteinte à l’intégrité de Maurice. En tout cas, l’état-major du CEB ne peut se prévaloir de cette posture à cause de la série de courriels échangés officiellement avec BMSC depuis le 15 février et dévoilés par Le Mauricien au cours de la semaine.

Ce move de Lakwizinn du PMO a été davantage fragilisé en fin de semaine, l’Acting Director General du CEB, Shamsghir Mukoon, soutenant avoir “verbally” informé le conseil d’administration des détails de cette enquête sur la St-Louis Gate. Puis après l’interdiction du directeur général suppléant lors de la réunion du conseil d’aministration d’urgence de vendredi soir, le Chairman et alter ego du leader du Muvman Liberater, Seety Naidoo, a concédé que Shamshir Mukoon avait partagé cette information avec lui depuis février de l’année dernière.

A partir de là, les données ont commencé à subir des mutations, le Chairman du CEB se retrouvant sous la menace d’un limogeage tout simplement. Des sources proches de Lakwizinn indiquaient, hier matin, que la lettre de démission devait être servie à Seety Naidoo. Dans cette perspective, une des interpellations supplémentaires du leader de l’opposition, Arvin Boolell, lors de la Private Notice Question de jeudi, trouve toute sa pertinence : “Mr Speaker, Sir, can I ask the Prime Minister whether he is aware that the Chairman of the Central Electricity Board not only is a member of the political party of the Deputy Prime Minister, but he is also Chairman of the Central Electricity Board, and I would have taken it for granted that the matter was raised, discussed with him, and knowing that he has close relationship with the Deputy Prime Minister, am I to understand that the matter was not raised there and then with the Deputy Prime Minister? Can he fail ignorance on this?”

Un départ canon

Le talon d’Achille de l’argumentation élaborée au niveau du Prime Miniister’s Office se résume au site Web de BWSC où déjà depuis le 27 juillet 2018, il était question que “in April 2018, Burmeister & Wain Scandinavian Contractor received a text message from an anonymous whistleblower with allegations that it may conclude that consultancy agreements and contracts with local contractors in selected projects would be in conflict with the law”. Toutefois, le bénéfice du doute peut être accordé au tandem Jugnauth/Collendavelloo, car ce communiqué était écrit en danois.

Ensuite, le 6 février 2019, huit jours avant le courriel fatidique de BWSC à Shamshir Mukoon, cette compagnie danoise récidive avec un nouveau communiqué sur son site contenant des détails explicites des conclusions des deux enquêtes initiées depuis le 27 juillet 2018 et confiées à Attorney General / Law Firm Poul Schmith et à la firme d’audit de KPMG. En tout cas, même si le CEB avait une stratégie pour occulter ces détails des yeux de l’Hôtel du gouvernement, la pléthore de Senior Advisers au PMO payés des fonds publics ont fauté, pour ne pas dire péché par absence de vigilance sur le Media Screening ou encore d’Intelligence Gathering pour le suivi d’un projet de cette envergure.

Les dénonciations de l’anonymous whistleblower ont surgi en avril 2018, soit  un mois après l’inauguration officielle de la centrale thermique de Saint-Louis par le Deputy Prime Minister en présence d’un représentant de BWSC. D’ailleurs, un communiqué de presse illustré de cet événement peut encore être consulté sur le site Web de la firme danoise.

Toutefois, cette bagarre sur “whether the Prime Minister or the Deputy Prime Minister was made aware or no in March 2019 of the BWSC Investigation” ne devrait en aucune manière reléguer au second plan le fond du scandale : des centaines de millions de roupies distribuées à des “members of the Mauritian administration and others” et le leader de l’opposition soutenant à l’Assemblée que “the word ‘Administration’ is stated in this press communiqué and Administration means CEB, the Ministry, the Minister and others who are guilty of impropriety.”

Certes, le rapport de l’Office of Integrity and Anti-Corruption de la Banque africaine de Développpement et les conclusions accablantes des enquêtes diligentées par la firme danoise représentent un départ canon en vue d’établir l’architecture du réseau de bribery mis en place. Mais la teneur de ces probes déjà complétées pourrait ne pas être suffisante pour traduire dans la réalité le zero tolérance contre la fraude et la corruption dont se vantent de manière systématique les autorités mauriciennes.

Ainsi, en dépit de toute la gymnastique que pourrait déployer l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) dans cette affaire, Maurice doit se préparer à perdre des points et à être encore reléguée dans l’indice de la lutte contre la corruption de Transparency International. Cet indice est publié à la fin de l’année pour marquer la Journée internationale contre la corruption.

Des insiders avancent que le point de départ de l’enquête à Maurice sur la St-Louis Gate devrait être axé sur les circonstances précipitées de la signature du contrat de Rs 4,5 milliards le 2 mars 2016. A cette période, l’Independent Review Panel avait été saisi par des soumissionnaires lésés et des audiences étaient en cours. L’ICAC ou toute autre instance compétente, voulant faire la lumière sur ce scandale ternissant la réputation de Maurice sur le plan international, ont intérêt à établir les raisons pour lesquelles un Certificate of Urgency avait été émis en vue de court-circuiter les procédures de contestation.

«Le mouvement de fonds peut être retracé de manière professionnelle »

D’aucuns affirment que Christelle Sohun, membre de la garde rapprochée du leader du Muvman Liberater, occupant actuellement le poste d’ambassadeur de Maurice en Australie et lorgnant le titre de chef de mission à Berlin, détiendrait non pas la clé du coffre, mais plustôt celle de l’énigme du Certificate of Urgency pour l’allocation du contrat. Le fait que le leader de l’opposition a jeté le nom de Christelle Sohun à l’Assemblée nationale revêt toute son importance pour démêler cet écheveau.

“Ces grandes manoeuvres ont-elles précédées une séance de travail de l’IRP où des représentants d’un des soumissionnaires étrangers contestant le choix de BWSC devait être entendu? Toujours est-il quand le certificat d’urgence, dont le Premier  ministre n’était pas au courant, semble-t-il, selon le déroulement de la PNQ, a été émis, les contestataires n’avaient plus aucun recours sur le plan légal devant l’IRP. C’est ce qui explique la signature du contrat du 2 mars 2016, alors que le no merit décidé par l’IRP dans cette contestation est en date du 22 avril 2016”, fait comprendre le représentant d’un des soumissionnaires lésés.

Un autre volet s’avère être le money trail qui doit être menée dans le respect des dispositions de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act. “Peu importe que la somme soit de Rs 700 milions ou de Rs 1,3 milliard, et ce n’est pas de l’argent que l’on peut dissimuler facilement. Le mouvement de fonds peut être retracé de manière professionnelle avec la collaboration de BWSC. L’île Maurice attend l’ICAC ou la Financial Intellligence Unit avec des Suspicious Transaction Reports et non pas ces spectaculaires descentes des lieux à gauche et à droite après un an de retard”, fait-on comprendre dans les milieux politiques aux aguets pour surveiller qu’une opération de Dhobi de Klas ne soit pas orchestrée comme lors de la plus importante saisie de 9 mars 2017, plus de trois ans déjà, pas encore élucidée par l’Anti-Drug and Smuggling Unit du DCP Bhojoo.

Jusqu’ici, le Deputy Prime Minister s’est muré dans un deafening silence, sauf pour ses explications au Conseil des ministres de vendredi où il est revenu sur la thèse que ce problème concernant les spécifications du redevelopement de la centrale de Saint-Louis est antérieur aux élections de décembre 2014, sans compter une mission de la Banque africaine de Développement à Maurice en décembre de cette même année.

Affaire à suivre, le DPM devant intervenir lors des débats sur le Budget 2020/21 à l’Assemblée nationale en début de semaine avant le summing-up annoncé pour mardi…

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