Photo archives - Mauriciens bloqués au Brésil lors de la première vague

« La MTPA, Air Mauritius et le ministère des Affaires étrangères devraient accorder leurs violons »

Elles veulent rentrer. L’on compte 350 personnes, voire plus, actuellement coincées à l’étranger. Mauriciens, étudiants ou résidents détenteurs d’un permis de travail lancent un SOS au gouvernement. Désespérés et surtout perdus, ils ont rejoint un groupe sur les réseaux sociaux créé par une Mauricienne dévouée, Catherine Leclézio, qui depuis des semaines fait le pont entre autorités et eux, partageant quotidiennement les informations relatives aux vols de rapatriement ou à l’ouverture des frontières. Certains de ces « stranded » ont accepté de témoigner pour Week-End.

Son épouse est enceinte de cinq mois, et dans deux jours, il devra trouver un hôtel à Dakar, au Sénégal, pour héberger sa famille. Ce père de famille, qui a souhaité garder l’anonymat, comme tous ceux qui témoignent dans cet article, ne sait plus quel saint vouer. « Je suis au Sénégal depuis janvier 2020 pour travailler et je devais retourner à Maurice le 20 mars pour commencer mon nouveau job après avoir démissionné le 1er mars », nous dit-il. « Mon employeur a eu l’amabilité de nous laisser la maison jusqu’au 5 avril, mais après cela, nous serons livrés à nous-mêmes et à Dakar, le minimum pour un loyer est de Rs 50 000. » De plus, il nous raconte qu’en janvier, ses parents ont décidé de voyager de Maurice pour le Sénégal afin d’aider son épouse qui avait des complications au début de sa grossesse. « Je suis vraiment dans une situation compliquée et la moindre des choses aurait été que les autorités nous répondent ou nous appellent juste pour nous réconforter », dit-il. « Quand j’appelle au ministère des Affaires étrangères, personne ne répond ! Il y a 350 citoyens mauriciens à l’étranger et qui vivent des moments difficiles, il faut les aider. Beaucoup sont prêts à payer leur quarantaine, même si cela veut dire choisir un hôtel plus cher. »

Guillaume L. et sa mère vivent actuellement dans un Bread and Breakfast avec leurs quatre chiens à Johannesburg. Persuadés qu’ils allaient pouvoir « tout recommencer à Maurice » cette année, ils sont aujourd’hui désespérés, car les frontières mauriciennes sont fermées, mais aussi, car l’Afrique du Sud semble avoir été rayée des projets du gouvernement. « Je suis né en Afrique du Sud d’une mère mauricienne et je venais souvent en vacances à Maurice, que j’affectionne particulièrement », confie cet ancien employé d’une entreprise minière. Ancien, car il a démissionné en décembre 2020, de même que sa mère, après avoir vendu leur maison en Afrique du Sud. « Nous avons décidé de quitter l’Afrique du Sud pour retourner à Maurice et y construire une nouvelle vie. »

Pourquoi que l’Afrique du Sud?

Malheureusement, ils se retrouvent aujourd’hui à payer Rs 45 000 par mois pour leur petite chambre d’hôtel et ne savent pas s’ils pourront encore tenir longtemps, car leurs économies s’amenuisent. « Nous comprenons parfaitement la décision du gouvernement mauricien de fermer ses frontières pour protéger ses citoyens, mais nous sommes prêts à passer plus de temps en quarantaine et à faire tous les tests nécessaires ! » Aussi, il ne comprend pas pourquoi il n’y a aucun vol de l’Afrique du Sud, alors qu’en Europe, il y a deux vols par semaine. « Il est vrai que l’on a découvert le nouveau variant en Afrique du Sud, mais il y en a aussi en Europe. Je ne comprends pas cette forme de discrimination envers l’Afrique du Sud et La Réunion il y a beaucoup de Mauriciens », s’insurge-t-il. Par ailleurs, il explique avoir déjà fait vacciner ses chiens, selon les demandes du ministère de l’Agro-industrie, mais que « les vaccins ne durent qu’un an et si en août je n’ai pas encore voyagé, il nous faudra revacciner nos chiens et cela demande un autre gros budget », dit-il.

Guillaume L. espère ainsi que le gouvernement mauricien puisse leur tendre une perche, ou au moins communiquer avec eux. « Nous n’avons aucune information ou indication sur les vols, et les procédures, etc. On doit tous les jours checker la page de la MTPA. Cela devient pénible et stressant pour nous. L’on commence à se demander si c’est vraiment une bonne idée de venir à Maurice, c’est vraiment triste. »

Mauriciens au Canada

Nidhi est une jeune Mauricienne actuellement coincée au Canada. Souffrante, elle demande de rentrer pour être proche de sa famille. Comme Guillaume L., elle a, elle aussi, tout vendu dans l’espoir de recommencer sa vie ici, à Maurice. « J’ai quitté Maurice en 2019 pour venir travailler au Canada », dit-elle. Néanmoins, quelques mois après son arrivée survint la pandémie et cette ancienne conseillère en banque se retrouve à travailler seule, dans son appartement, pendant toute une année. « Cela a été très dur pour moi. Au début, je pensais que j’allais m’en sortir, mais très vite, ma santé s’est détériorée », confie Nidhi. C’est en décembre 2020 qu’elle commence à se rendre compte que ce n’est « pas un mal du pays, mais un vrai mal-être qu’elle est en train de subir. » La jeune femme consulte alors un médecin et décide de tout plaquer en février 2021. « Ce n’est pas facile, et je suis certaine que beaucoup de Mauriciens sont comme moi en ce moment. Croyez-moi, c’est très dur de vivre seule dans de telles conditions », répète-t-elle.

Ainsi, elle devait atterrir à Maurice le 25 mars pour faire ses deux semaines de quarantaine. « Mais quand j’ai appris pour le second lockdown, j’ai tout annulé. Et depuis, j’ai dû me débrouiller pour organiser un plan d’action, car je n’avais plus rien, ayant démissionné et vendu mes meubles » Nidhi vit désormais sur ses maigres économies. « Je ne sais pas ce qui va se passer, j’ai contacté mon ambassade qui m’a beaucoup aidée, mais je n’ai pas d’autres informations », dit-elle. « Je vis dans l’incertitude, car encore une fois, il n’est pas question de venir passer des vacances, mais bien d’une urgence médicale… »

Toujours au Canada, une autre Mauricienne tente par tous les moyens d’ouvrir une ligne de communication avec les autorités. « Nous devions arriver à Maurice le 27 mars, mon frère, ma sœur et moi. Les deux habitent en Irlande et moi au Canada », dit-elle. En effet, les trois enfants ont appris, il y a quelque temps, que leur père était gravement malade. « C’est une urgence familiale, car en temps réel, nous n’aurions pas pris tant de risques pour voyager », dit-elle. Cette dernière, établie au Canada depuis 2017, déplore le manque de communication des autorités. « Nous n’avons que le site de la MTPA qui ne donne presque aucune information. Et quand nous appelons Air Mauritius, c’est la même chose, personne ne sait et c’est frustrant pour nous », dit-elle.

Le Ghana pas sur la liste

La jeune femme souhaite ainsi qu’il y ait plus de cohérence entre les différents organes gouvernementaux, surtout en cette période de crise, pour d’une part mieux gérer la situation, qui, elle concède, est très compliquée et, d’autre part, pour rassurer les citoyens mauriciens qui souhaitent retourner au pays. Et qui vivent eux aussi des moments extrêmement difficiles sur le plan financier, mais aussi psychique.

C’est aussi ce que pense ce jeune couple actuellement coincé au Ghana que nous avons contacté jeudi. « La MTPA, Air Mauritius et le ministère des Affaires étrangères devraient accorder leurs violons, car ce n’est pas l’impression que nous avons et cela nous met encore plus la pression », disent les deux Mauriciens. Le jeune couple, qui attend de se faire vacciner par le gouvernement ghanéen, déplore par ailleurs la non-accessibilité des autorités mauriciennes. « J’appelle tous les jours au ministère des Affaires étrangères et personne ne répond. » Les deux jeunes dont le contrat vient de se terminer attendent de rentrer au pays pour recommencer leur vie. « Il faut juste nous écouter et communiquer, car s’il nous faut attendre encore trois mois, on le fera, mais ce que les autorités doivent savoir, c’est que nous, comme beaucoup d’autres personnes dans notre situation, louons un appartement et nous devons payer en avance. Comment peut-on planifier notre budget si l’on ne sait pas quand l’on pourra avoir un vol ? »

En attendant, une réponse claire et nette des autorités, le couple lance un appel aux autorités. « Indiquez-nous les procédures à suivre, c’est tout ce que l’on demande. Par ailleurs, on ne peut même pas remplir le formulaire du ministère, car le Ghana ne figure pas sur la liste des pays répertoriés. »

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