Les ministres Mudhoo et Ramano interrogés la veille du procès, le DPP pas informé par le CCID

Mitsui OSK Lines, armateur du vraquier, concède formellement «the ship was using the wrong nautical charts»

La 12e semaine depuis le naufrage du Wakashio à quelques mètres du rivage de Pointe-d’Esny se conjugue toujours en vagues et écueils. La nouvelle publiée, vendredi, dans les colonnes du Mauricien, au sujet de l’interrogatoire presque en catimini par le Central CID des ministres Kavydass Ramano et Sudhir Maudhoo, a suscité des vagues de part et d’autre. Par contre, l’écueil demeure ces aveux du Chief Executive Officer de Mitsui OSK Lines, Junichiro Ikeda, même tardifs, à l’effet que “the ship was using the wrong nautical charts.” Incroyable mais vrai pour un bâtiment de la marine mesurant 300 mètres de long et 50 mètres de large et faisant la liaison entre Singapour et le Brésil.  Entretemps, la composition de la Court Investigation, confiée à l’ancien juge Abdurrafeek Hamuth, a été complétée alors que le ministre Maudhoo a perdu le dossier de la Marine dans son portefeuille de responsabilités.

Alors qu’en cour de Mahébourg, jeudi, le représentant du DDP annonçait qu’il attendait les dépositions de ceux mis en cause par Bruno Laurette pour prendre une décision définitive sur la Private Prosecution, les ministres Kavydass Ramano et Sudheer Maudhoo avaient déjà été interrogés par le Central CID, mercredi, soit à la veille de l’instruction de l’affaire.
Quel embarras pour le DPP! La déclaraion est sans ambiguïté: “So far, the DPP is not in presence of the version of the accused on the incident.” Le commissaire de police, Khemraj Servansingh, avait jusque-là informé que 12 personnes seulement avaient été interrogées et que la version de ceux pointés du doigt par Bruno Laurette “was yet to be recorded.” Sur la base de cet Understanding, le DPP a pris la décision de discontinuer les “Proceedings for the time being.” Tout en laissant entendre que la décision pouvait être revue et des accusations logées, dépendant des conclusions de l’enquête de la police.
En guise de réponses aux questions de la police, les ministres Ramano et Maudhoo rejettent toute accusation de “culpable omission” retenues contre eux. Ils affirment  avoir écouté l’avis des experts et agi en conséquence, et n’ont pas voulu en dire plus à ce stade, se réservant le droit de faire d’autres déclarations en Cour, si nécessaire. Le directeur de Mauritius Shipping, Alain Donat, a déjà consigné sa version des faits alors que le capitaine du Wakashio, Sunil Kumar Nandeshwar, multiplie ses visites au CCID, tout en récusant les services de Me Yousuf Mohamed, SC, en tant que conseil légal.

À la sortie du tribunal, le ministre Ramano a profité de ce non-lieu pour répondre à ses détracteurs sur un ton frôlant l’arrogance: “Mo tenir a salie lindepandans DPP et mo anvi dir ki leta de drwa inn repran so drwa. Nou bizin rann nou a levidans ki enn prose pa baze lor lemosion, lor seki raporte dans media, lor komanter lor Facebook ou bann analiz bann pseudo-experts, li baze sur les faits. Mo tenir a dir ki le pei inn pas par enn kriz anvironnemental san presedan ek seki nou le se retrouv la pe ek serenite. Minis ek guvernma pou asim zot responsabilite.”

De son côté, Bruno Laurette se dit nullement découragé par l’évolution de sa plainte et annonce que tout combat qui se gagne dans la difficulté est plus revalorisant. Il annonce et prévient que “ce n’est que le début.”
Manquement grave

Sur un autre plan, les conclusions préliminaires de l’enquête ouverte par la Panama Maritime Authority, puisque le Wakashio battait pavillon panaméen, risquent encore de provoquer des houles. “Appropriate analysis of the situation would have made it possible to take the necessary measures to correct the direction and avoid the accident, the wrong electronic nautical chart was used and with the wrong scale, which made it impossible to correctly verify the approach to the coast and shallow water,” soutiennent les autorités panaméennes.

En fin de semaine, le CEO de Mitsui OSK Lines, intervenant lors d’un point de presse, assumait entièrement la responsabilité de ce manquement grave dans le domaine de la navigation maritime. Il a confirmé que “the ship was using the wrong nautical charts just as outlined in the Panama Maritime Authority report.”
Élément qui ajoute à la responsabilité des armateurs dans la catastrophe écologique causée à Maurice et surtout à la côte Sud-Est. Et cela, sans pourtant exonérer de tout blâme la National Coast Guard, vu que 48 heures avant le naufrage, le Wakashio avait dévié de la Normal Sea Lane pour se rapprocher dangereusement des côtes de Maurice sans aucun rappel à l’ordre jusqu’au premier contact à environ une heure du sinistre accident, samedi 25 juillet.

Dans une tentative de se racheter face à ce désastre environnemental, Mitsui OSK Lines annonce un programme à plusieurs volets, dont la mise sur pied d’un fonds de 10 millions de dollars américains, échelonné sur trois ans, pour la réhabilitation de la zone sinistrée et l’environnement.

Ainsi, cette compagnie maritime s’engage à contribuer à des projets de protection et de réhabilitation des mangroves, à la récupération des récifs de corail, ainsi qu’à la protection et la recherche sur les oiseaux de mer. Un Mauritius Natural Environment Recovery Fund, supervisant ces projets, est envisagé
Des fonds d’un million de dollars seront mis à la disposition des ONG locales et devant servir également à financer des projets arrêtés par des agences publiques, notamment le gouvernement de Maurice et les Nations unies. En fin de semaine, les armateurs ont fait don d’un conteneur réfrigérant pour les besoins des pêcheurs de la côte Sud-Est en particulier.

Mitsui OSK Lines Ltd souligne qu’elle dispose d’une équipe de 13 personnes à Maurice et qu’elle s’est engagée à y ouvrir un bureau de représentation pour gérer tous ses efforts de soutien. Elle a même promis d’organiser une croisière en 2022 à bord de son bateau de croisière, le Nippon Maru.

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