Le caporal Joceyln Bugwondeen, de la Crime Prevention expliquant des techniques à appliquer en cas d'agression de femmes ax Ward IV

Jamais au grand jamais, le Ward IV n’aura connu une telle mobilisation des femmes pour se protéger face à l’insécurité. Le cas de Jacqueline Tsé, victime d’un vol à l’arraché le 15 janvier, a suscité une prise de conscience. Sa ténacité face à son agresseur a poussé tout le voisinage du Ward IV à se mobiliser et un groupe WhatsApp, Neighbour Watch du Ward IV, a été créé. Quand les femmes du Ward IV sont de sortie, elles enfileront une main de fer dans un gant de velours pour contrer les malfrats.

Mardi, au Centre social Marie-Reine de la Paix, le caporal Jocelyn Bugwondeen de la Crime Prevention Unit a fait un exposé sur l’importance du Neighbourhood Watch”. La salle était composée majoritairement de femmes prêtes à se défendre et à faire de la résistance à des malfaiteurs. La surveillance du voisinage, ou le Neighbourhood Watch, est un concept lourd de sens qui rallie tous les voisins autour d’une même cause.

Dans le cas des habitants du Ward IV, les femmes ont décidé à leur manière de contrer les malfrats et les voleurs de fruits en se connectant via WhatsApp à leurs voisins. Cela a donné lieu à une entente de voisinage des plus cordiales, rien à voir avec les commères de palier. Les femmes du Ward IV ont endossé leur armure pour montrer qu’elles n’avaient pas peur et qu’il n’était surtout plus question de reculer. L’agressivité des malfrats, le manque de respect envers les femmes, les crimes passionnels, la féminicide, du coup tous les problèmes sont remontés à la surface. Les femmes du Ward IV ont décidé de se protéger mutuellement. Elles sont plus d’une quarantaine et le groupe de WhatsApp continue à s’agrandir à tel point que la Crime Prevention Unit et le député Osman Mahomed ont décidé de leur prêter main forte et de les soutenir dans leur souci de se protéger ainsi que leurs familles et leurs voisins. Un bel exemple de solidarité qui les a mêmes conduites à prendre des cours de self-défense.

« Voler pa ti kone enn ti kouto kapav koup enn gro ziromon »

Lors de son l’exposé, le caporal Jocelyn Bugwondeen a relaté que le Neighourhood Watch a démarré aux États-Unis et que les policiers de ce pays avaient vu que par rapport au nombre d’habitants ils ne pourraient pas seuls assurer leur sécurité. Et de là, ils ont opté de faire un partenariat avec les habitants. « Le projet n’était pas encore bien structuré et ce n’est que dans les années 80 que les Anglais ont remis sur les rails le Neighbourhood Watch. Il est important d’appliquer ce procédé à Maurice avec la population croissante. Cela fait un bon nombre d’années que la Crime Prevention Unit existe, mais l’élément catalyseur est venu suite à l’agression de Jacqueline Tsé, suivie par le renforcement de la sécurité au Ward IV. Elle a créé la surprise en montrant qu’une femme, même petite de taille, pouvait tenir tête à son assaillant. Le malfrat n’a pas eu la partie facile. Li pa ti kone enn ti kouto kapav koupe enn gro ziromon » lance le caporal Bugwondeen. Et d’insister sur le fait que le Neighbourhood Watch fonctionne avec des coordinateurs, le voisinage du Ward IV et que tout mouvement suspect doit être relayé aux officiers de police choisis pour être la passerelle entre les habitants du Ward IV et l’administration de la police.
L’assistance suivait attentivement les paroles et les femmes avides de se procurer le maximum d’informations pour les aider dans leur action de self-défense. Le caporal a mis l’accent sur trois éléments importants dans des cas de vol simple ou à l’arraché. « Le malfrat, le butin et l’opportunité. La victime de la rue d’Artois, Jacqueline, a fait ce qu’il faut contre son agresseur. Il faut toujours marcher le sac donnant face au mur, de la même manière qu’on tiendrait un enfant par la main. Elle a réussi à déjouer le plan de son agresseur qui s’est vu dans l’obligation de descendre de la moto pour lui arracher son sac. Autrement, il l’aurait traînée dans sa chute en accélérant sa moto et cela aurait pu avoir des conséquences plus graves. Il y a le “mindset” de la victime qui lui a été salutaire. » Il a aussi fait part à l’assistance qu’aujourd’hui avec la COVID-19, le masque est devenu un subterfuge pour le voleur et une des choses que ce dernier appréhende est le fait qu’on puisse l’identifier. « L’identification, le bruit, la perte de temps dans ces projets de vol sont le poison des voleurs. »
Le caporal revient sur la préparation mentale, un peu à la manière de David qui a vaincu Goliath. Pour lui, l’exemple flagrant est que l’agresseur de Jacqueline Tsé a eu tort de sous-estimer la force d’une femme. « Si Jacqueline ne s’est pas laissée faire, cela a donné de l’audace aux autres femmes du Ward IV de se mobiliser pour faire entendre leur voix. Cette union féminine a engendré une belle entente du voisinage et ce sont toutes les familles du Ward IV qui graduellement prennent les devants pou leur sécurité. Cela a aussi fait bouger la force policière. La Crime Prevention Unit a fait du porte-à-porte dans le Ward IV. On a eu quatre séances de travail et de self-défense sous la supervision de M. Monneron et des patrouilles pour faire des identifications dans la région. »

« On veut être des Jacqueline du Ward IV »

Coordinatrice du Neighbour Watch du Ward IV, Jeanine Li Ying relate que le Ward IV attire beaucoup de voleurs de mangues et d’autres fruits. « Cela fait cinq ans qu’on a mis sur pied le neighbourhood watch sans succès, mais avec le vol à l’arraché dont j’ai été victime, on veut tous être des Jacqueline dans le Ward IV. D’où le lancement du Ward IV Safety Neighbour et je dois dire que les choses bougent. Les femmes du Ward IV ne veulent plus se laisser faire et moi je dis aux femmes de ne pas avoir peur de marcher dans la rue, peur de mettre leurs bijoux. Il faut maintenir tenir tête à nos agresseurs. Nous sommes bien encadrées par les policiers, notamment le caporal Jocelyn Bugwondeen de la CPU, le député Osman Mahomed, mais ce que je déplore que beaucoup de personnes du Ward IV coupent leurs arbres fruitiers à cause des voleurs. Il faudrait arrêter ce massacre. On n’aura plus d’arbres fruitiers autrement au Ward IV. Souvent, on voit marcher ces voleurs de fruits avec de longs bâtons et des sacs en filet. »

Jeanine raconte une anecdote alors qu’elle était chez sa cousine, rue Labourdonnais : «Voler kokin dan so lakour et li dir : ou le mo kas inpe fri pou ou madam. » Victime elle-même d’un vol à l’arraché à Chinatown en 2017, Jeanine raconte le traumatisme subi. « Il m’a arraché ma chaîne en me donnant une paire de gifles. J’ai crié et ce jour-là, les écoliers revenaient de l’école, ils ont tous crié et le voleur est revenu vers moi et je lui ai flanqué un coup de parapluie, et dans sa fuite, j’ai pu récupérer ma chaîne qu’il avait laissée à terre. » Elle se félicite que le service d’entraide par WhatsApp qui compte déjà une quarantaine d’adhérentes fonctionne à merveille.

Les femmes osent briser le silence et aujourd’hui, dira Jeanine, le service d’entraide a pris une dimension certaine dans le quotidien des habitants du Ward IV. « La convivialité entre le voisinage est exemplaire. Je suis d’origine sino-mauricienne et mon voisin est de foi musulmane, ma maison est sa maison. Tout cela pour dire combien on est solidaires, on est comme des frères et sœurs dans notre quartier. Les cours de self-défense sont venues nous aguerrir. Il ne faut pas avoir peur mesdames, il faut une mobilisation du Ward IV, du porte-à-porte et ne plus avoir peur des voleurs car ce n’est pas possible de vivre dans une île dite pacifique et de ne pas être libre chez soi à cause des voleurs de mangues et dans la rue avec des vols à l’arraché. Il ne faut plus que la femme soit une victime potentielle. Il faudrait plus de Bike Patrols et surtout une délocalisation de ces drogués qui sont en dépendance à l’hôpital Jeetoo, car il ne faut pas oublier qu’il y a une école à proximité et des enfants vulnérables. »

Jeanine pousse l’idée encore plus loin en demandant l’emploi des agents de sécurité pour le Ward IV, moyennant une cotisation des habitants pour assurer leur protection. « Le mot d’ordre est la mobilisation des femmes et il n’est plus question de reculer face aux malfrats », ajoute-t-elle. Elle invite de ce pas d’autres femmes hésitantes à venir rejoindre le groupe.

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