L’IMF Staff Report sur les Article IV Consultations se présente comme la Bible
des contradicteurs du ministre des Finances, Renganaden Padayachy

FATF : la mission de la dernière chance en octobre pour sortir de la Grey List
et subséquemment de la Black List de l’UE

Politique : manoeuvres préliminaires autour d’un éventuel remaniement ministériel « put on hold » depuis la double démission de Bodha-Sawmynaden de la mi-février

PRB : relance des tractations pour la publication du rapport avec quatre fonctionnaires sur cinq touchant moins de Rs 40 000 et 250 touchant plus de Rs 100 000 par mois

La fin des débats sur le budget 2021-22 à l’Assembée nationale n’a fait que relancer les controverses sur le plan de la gestion de l’économie. Les interventions du Premier ministre et leader de l’Alliance Morisien, Pravind Jugnauth, et le summing-up du ministre des Finances, Renganaden Padayachy, de lundi dernier, visant à remettre les pendules à l’heure face aux critiques de l’opposition, ont été reléguées au second plan en moins de 24 heures. Et pour cause, le Board of Directors du Fonds monétaire international (FMI) a sorti un quasi-indictment avec une double sommation à l’encontre de la Banque de Maurice lors de l’examen des conclusions et des recommandations sous les Article IV Consultations. La simple mention dans le Press Release 21/194 du FMI à l’effet que la Banque de Maurice doit avoir recours à une recapitalisation représente un signal très fort quant à la gravité de la situation. Des spécialistes en économie attendent de prendre connaissance dans les jours à venir de la teneur de l’IMF Staff Report sur les grandes équations de l’économie, document considéré comme la Bible des contradicteurs du ministre Padayachy. Ce n’est pas un document qui sera le bienvenu au ministère des Finances dans la conjoncture. Par contre, l’Hôtel du Gouvernement tente de s’agripper à la décision d’une on-site inspection de la Financial Action Task Force (FATF) en vue d’une éventuelle sortie de la Grey List et aussi de la Black List de l’Union européenne pour distiller une dose de feel-good factor dans le pays. Toutefois, le terrain politique est miné par les premières manœuvres autour d’un prochain remaniement ministériel long overdue, soit depuis la fin de la première quinzaine de février dernier avec la double démission du gouvernement de Nando Bodha et du colistier du leader du MSM à Quartier-Militaire/Moka (N°8), Yogida Sawmynaden. Et il y a encore l’impatience au sein de la fonction publique au sujet du retard dans la publication du rapport du Pay Research Bureau (PRB) et l’absence de précisions quant aux modalités de mise en application des recommandations.

Même si l’impression qui se dégage des couloirs de l’Hôtel du gouvernement est que l’on semble ne pas accorder d’importance aux critiques du FMI sur l’état alarmant des finances publiques, la recommandation pour une recapitalisation de la Banque de Maurice suscite des ondes de choc. Il y va de la crédibilité de cette institution, mais aussi de l’économie, car tout nouveau downgrade de Moody’s qui pourrait classer Maurice dans la catégorie de junk economies comporte des risques potentiels quant à la possibilité d’avoir des recours financiers sur le front international. Les dernières données publiées par le FMI démontrent que Maurice est l’un des rares États d’Afrique n’ayant pas bénéficié d’assistance financière de la manne de 20 milliards de dollars de cette institution internationale en marge de la pandémie de Covid-19, alors qu’une economic powerhouse régionale comme l’Afrique du Sud fait partie des bénéficiaires.

Dans l’immédiat et en attendant la publication du Staff Report sur l’économie, l’attaque du FMI la plus cinglante a pour cible la Banque de Maurice. La BoM Tower reste sous pression sur deux front majeurs. D’abord, la recommandation du Board of Directors, soit une première dans les annales pour une recapitalisation de la Banque centrale dévaluée et démonétisée. Ensuite, le divorce entre la Banque de Maurice et la Mauritius Investment Cororation Limited avec son War Chest de Rs 82 milliards en devises étrangères et la mise sous tutelle de l’Assemblée nationale de cette dernière institution through budgetary process.

Ce dernier press release du FMI est sans appel contre « la générosité gratuite de la Banque de Maurice à l’égard du gouvernement ». La contribution exceptionnelle de Rs 60 milliards de la Banque centrale, soit Rs 32 milliards« charged to Secial Reserve Fund » et la balance de Rs 28 milliards sous forme d’avance sur les dividendes pour les 200 prochaines années, débouche sur une grosse indigestion financière pour cette institution internationale. « In this context, the (IMF) directors encouraged enhancing the Central Bank’s credibility, as well as improving monetary policy transmission and effectiveness. Directors stressed that the Central Bank should refrain from providing direct financing to the government and engaging in quasi-fiscal activities, and advised reforming the Bank of Mauritius law, including to preempt further exceptional transfers to the government », souligne encore le FMI.

Déficit budgétaire davantage compromis

Deux autres controverses, à savoir la détérioration de la dette publique, déjà au-dessus de la barre de 90% du Produit intérieur brut, et la problématique de la protection sociale, notamment le système de pension à la retraite sont aussi effleurées en prélude à d’autres détails devant faire partie du Staff Report, qui attend le feu vert du gouvernement pour être rendu public. Sauf que « (the IMF) Directors stressed that a successful adjustment requires addressing the growing divergence between pension spending and revenue, particularly given the unfavorable demographic situation. »

Au chapitre des indicateurs de gestion économique, en particulier les déficits fiscaux et de comptes courants, le FMI se contente de préconiser une « broad-based structural reform toward a more resilient, green, and inclusive economy ». Par contre, la dernière édition de MCB Focus N°84, publiée vendredi, rappelle que le paiement des réclamations de l’ordre de Rs 6 milliards au groupe Bhunjun suite au jugement du Privy Council dans l’affaire Betamax ne fera que compromettre davantage le déficit budgétaire pour l’exercice financier se terminant au 30 juin.

Valeur du jour, le déficit du budget est de l’ordre de 5,6% du PIB, sans tenir compte de cette ponction pour honorer l’Award du Singapore International Arbitration Tribunal de Rs 4,7 milliards et les autres legal fees. Mais après le versement en devises étrangères effectué au cours de la semaine écoulée, le Chief Strategy Officer du MCBGroup, Gilbert Gnany, soutient que « the budget deficit would rise by 1 percentage point », pour atteindre les 6,6%. Remuant le couteau dans la plaie, la dernière édition de MCB Focus note que « the budget was initially expected to be balanced as per projections formulated by the authorities in last year’s budget and was subsequently revised to 3% in the context of official pronouncements made in April last ».

Le MCBGroup rejoint le FMI sur la nécessité d’un plan d’urgence de consolidation fiscale en vue d’assainir les finances publiques, dont une discipline fiscale à toute épreuve au niveau des dépenses. « From a policy perspective therefore, the implementation of fiscal consolidation measures is deemed important as the economy recovers from the pandemic with a view to placing public debt on a declining path and keeping the debt burden within manageable levels, to guard against potentially adverse dynamics », ajoute Gilbert Gnany dans le Post Budget Outlook. Par contre, la recette du FMI se résume comme suit : « Once the country has exited the crisis, revenue will need to be increased and spending reduced to put debt on a declining path, while avoiding undue social costs. »

Maurice devra encore patienter

Face à ces pressions, que ce soit en interne ou à l’international, l’Hôtel du gouvernement croit voir un feel-good factoren la conclusion de la séance plénière de la Financial Action Task Force (FATF) avec la proposition d’une on-site inspection en prélude à une sortie de la Grey List de High Risk Jurisdiction en matière de lutte contre le blanchiment de fonds et le financement du terrorisme. D’ailleurs, bien avant la fin des délibérations de cette instance, vendredi, Lakwizinn du Prime Minister’s Office avait échafaudé une stratégie de communication, certains se précipitant de manière indécente pour annoncer la sortie de la Grey List de la FATF et de la Black List de Bruxelles.

Services financiers

Le fait indéniable demeure que seule la jurisdiction du Ghana a quitté la Grey List de la FATF et la Black List des Européens la semaine dernière, et que Maurice devra encore patienter jusqu’à octobre avant de pouvoir envisager faire bande à part du groupe de 22 autres, dont le Pakistan, l’Albanie, le Myanmar ou encore le Nicaragua. Contrairement à l’opération Lakaz Mama sur la sortie de la Grey List, le ministère des Services financiers a fait sienne la conclusion de la FATF à l’effet que « the initial determination that Mauritius has substantially completed its Action Plan and warrants an on-site assessment to verify that the implementation of Mauritius’s AML/CFT reforms has begun and is being sustained, and that the necessary political commitment remains in place to sustain implementation in the future. »

Avec la série de progress reports au sujet des mesures prises sous le plan d’action pour remédier aux lacunes systémiques dans la lutte contre le blanchiment de fonds et le financement du terrorisme, la série de face-to-face meetings virtuelles de septembre 2020, de janvier et de mai de cette année, la partie mauricienne affirme que « the exit door from the FATF List shoud be opened soon », au plus tôt à la conclusion de la prochaine session plénière pour octobre prochain.

Les démêlés de Maurice au sein de la Financial Action Task Force sont suivis de près que ce soit du côté des opérateurs de global business, des banques ou encore des institutions internationales. Cela en raison du poids des services financiers dans l’économie et aussi des transactions bancaires. Ainsi, le FMI ne manque pas de soutenir « the authorities’ commitment to exit the FATF and EU AML/CFT lists. »

Rendez-vous pris pour octobre prochain…

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