500E JOUR DU CONFLIT RUSSO-UKRAINIEN | Seuil symbolique franchi – Comment sortir de ce dédale quasi-inextricable ?

« La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires » (Georges Clemenceau)

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Dr DIPLAL MAROAM

Le 8 juillet dernier, la guerre en Ukraine, la plus grande en Europe depuis la fin de la 2e Guerre mondiale, a franchi le seuil symbolique du 500e jour et aujourd’hui, les questions que tout le monde se pose : à quoi vraiment sert cette guerre et comment tout cela finira-t-il ?  Entre-temps, des centaines de milliers de personnes, comprenant femmes et enfants, ont trouvé la mort ; des dizaines de milliers d’autres sont blessées, devenues invalides ou portent toujours les cicatrices des armes ; des villes et villages entiers sont en ruines, fumant toujours alors que 13 millions de gens sur une population de 43 millions, ont été déplacés, forcés à l’exil. L’objectif initial du Kremlin qui était de « démilitariser et dénazifier l’Ukraine » n’a pourtant pas été atteint ; Volodymyr Zelensky, ancien humoriste de la télévision nationale qui faisait rire ses compatriotes plongés ces jours-ci dans l’angoisse, tenant toujours fermement les rênes du pouvoir alors que son armée est solidement soutenue par les pays de l’OTAN. Ce qui fait que cette guerre atroce et sanglante risque de s’enliser davantage sans connaître de fin définitive dans un proche avenir.

Force est de reconnaître que de par sa violence extrême, sans distinction aucune, toute guerre demeure inacceptable et condamnable sur tous les plans, que ce soit éthique, politique ou psychologique. Elle déroge à toutes les règles et législations fondamentales régissant un État civilisé, particulièrement celle interdisant de tuer ou d’infliger le mal aux autres, ruine l’entente entre peuples et détruit les relations internationales. Toujours plus meurtrière grâce au progrès technologique, elle peut se propager à l’échelle du globe comme l’ont démontré d’ailleurs les deux guerres mondiales du siècle dernier.

Pourtant, lorsqu’un État est agressé par un autre ou quand un peuple se déchire lui-même et sombre dans le chaos et l’anarchie, le recours à la force pour libérer un pays asservi ou rétablir l’ordre sur un territoire qui s’enflamme semble, à la fois, nécessaire et légitime. Or, vu la présence de l’instinct du mal chez l’homme, il y a encore malheureusement ceux qui soutiennent que la guerre est l’expression d’une passion naturelle. Ils pourraient avoir raison en ce qu’il s’agit de la civilisation ancienne mais chez le citoyen du monde contemporain, il convient de reconnaître que cette passion malfaisante s’est considérablement atténuée même si elle n’a pas totalement disparu de son ADN. Ainsi, si lors d’une déclaration de guerre, la mobilisation était facultative, bien peu d’hommes répondraient à l’appel et partiraient au front. C’est, du reste, pour cette raison que les gouvernements ont institué le service militaire obligatoire.

  S’il est vrai que les principes et conditions de paix demeurent la norme, l’on se demande alors pourquoi l’histoire des hommes est tant jalonnée de guerres. C’est parce que, semble-t-il, c’est le motif de la paix qui, dans la majorité des cas, est brandi pour justifier le déclenchement d’une opération militaire, suscitée par un instinct plus prononcé chez les uns que chez les autres. Adolf Hitler, par exemple, promettait à l’Europe « une paix de mille ans » après sa victoire. D’ailleurs, dans un discours devant le Reichstag en 1939, il prononça plus de 10 fois le mot « paix ». Or, sa promesse ne fut effectivement que du vent car après la 2e Guerre mondiale, qui a fait plus de 60 millions de morts, c’est la guerre froide qui prenait le relais, coupant le monde en deux blocs antagonistes, que même la chute du mur de Berlin en 1989 n’a pas permis d’éliminer complètement.

Mais dans toutes les circonstances possibles et imaginables pour la défense des frontières, d’un territoire, de la politique, la liberté ou la démocratie, la guerre n’est défendable que si elle est menée en tant que moyen de dernier recours. Même le Conseil de sécurité de l’ONU exige 5 critères stricts et bien définis avant d’autoriser l’usage de la force : gravité de la menace, objectif de l’action militaire, exploration de toutes les autres options, moyens employés et conséquences probables de l’opération. En Ukraine, il n’est un secret pour personne que même quand les armes se seraient tues et que disparaîtraient les bruits de bottes, la tension à sa frontière avec la Russie demeurerait toujours vive, pour ne pas dire explosive, comme c’est le cas d’ailleurs dans de nombreuses régions du monde, que ce soit au Punjab, au Jammu et Kashmir, au Nagorno-Karabakh, en Cisjordanie, entre les deux Corées ou les deux Soudans, etc.

Finalement, alors que Kiev s’obstine à poursuivre sa contre-offensive avec toutes les conséquences directes et collatérales que cela comporte, négliger perpétuellement la voix d’une grande section de la population civile défendant le principe que la paix et la prospérité ne sont pas essentiellement tributaires d’une adhésion à l’UE ou l’OTAN pourrait, in fine, produire un effet boomerang en ce qu’il s’agit de la survie même de la direction actuelle du pays. Ainsi, dans le court terme, vu la situation actuelle sur le terrain qui demeure figée après 500 jours de combat, seule la table de négociation pourrait apporter une résolution pacifique à ce conflit, ce que souhaitent ardemment d’ailleurs la grande majorité des populations de ces deux peuples frères, liés par l’histoire, la culture et les traditions communes.

                                                                                                                                              

                                                                                                                                              

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