À MI-CHEMIN DU QUINQUENNAT : La guerre du pouvoir a commencé

Nous ne sommes qu’à mi-mandat de l’actuel quinquennat et déjà le pays a pris l’allure de campagne électorale avec les négociations, rencontres, congrès, pour ne pas dire meetings, qui s’enchaînent chaque jour. Bien que l’abolition de la taxe municipale préconisée par le budget 2022/23 pourrait laisser transparaître une certaine indication quant à la tenue des élections régionales, rien de concret n’a toutefois transpiré du côté du bâtiment du Trésor, le PM ne faisant que rappeler à chaque fois que rien ne presse car le délai expire en juin 2023. D’aucuns avancent même que, si les sondages ne sont pas favorables au camp gouvernemental, ce scrutin pourrait être court-circuité par les législatives prévues pour 2024/2025. Qu’est-ce qui fait donc courir les dirigeants des partis ? Pourquoi toute cette agitation sociopolitique si intense alors qu’entre deux élections générales, tout ce que souhaite et demande le citoyen lambda – et c’est ainsi partout ailleurs – c’est de pouvoir enfin mener sa vie, ô combien compliquée ces temps-ci, en toute quiétude, dans la paix et la sérénité, pour lui et toute sa famille. D’autre part, faisant partie de la masse silencieuse, ce dernier n’est, d’ordinaire, affilié à aucune organisation partisane, n’intervient guère sur les radios privées, où ce sont d’ailleurs les mêmes qui reviennent à chaque fois, ou sur les réseaux sociaux, mais se rend aux urnes chaque 5 ans pour désigner ses représentants en son âme et conscience, en fonction de leur performance, reflétée par la qualité de vie, la sienne et celle de sa famille. Tout le reste n’est que le cadet de ses soucis.

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Comment alors ne pas souscrire à ce mode de pensée et d’action, prenant en ligne de compte les conséquences parfois désastreuses que peut engendrer la politique politicaille, axée essentiellement sur la conquête du pouvoir pour, manifestement, récolter les avantages faramineux qu’il procure ? En effet, les résultats de presque toutes les élections dans le monde – et Maurice ne fait pas exception à la règle – sont systématiquement contestés car personne, paraît-il, n’est disposé à accepter le mécanisme de la démocratie, identifiant un gagnant et un perdant. Même dans la démocratie la plus puissante du monde, Donald Trump se déclare toujours vainqueur de la présidentielle de novembre 2020 et aurait même, en janvier 2021, ordonné à ses partisans de prendre d’assaut le Capitole afin d’entraver l’accession au pouvoir de son adversaire démocrate, Joe Biden. Dans de nombreux pays, une défaite électorale se désagrège parfois en guerre civile, faisant de nombreuses victimes comme ce fut le cas au Kenya en 2007 et 2017. Le résultat de la présidentielle du 9 août dernier dans ce pays donnant William Ruto gagnant est, comme il fallait s’y attendre, rejeté par le perdant, Raila Odinga ; 4 des 7 membres de la Commission électorale indépendante ayant préféré jeter l’éponge avant même la proclamation des résultats officiels.

En outre, très souvent, dans les démocraties avancées comme en Europe, les votes dispersés entravent l’émergence d’un gouvernement stable, donnant ainsi lieu à la formation des alliances post-électorales totalement invraisemblables qui ne tiennent que quelques mois, contraignant ainsi à la tenue de nouvelles consultations populaires avec toutes les instabilités sociales que cela comporte. Tel est actuellement le cas en Israël alors que pendant ces deux dernières décennies, l’Italie a connu une dizaine de gouvernements, les uns plus fragiles que les autres. Il va sans dire que, hormis d’être complètement instable, un gouvernement à faible majorité est l’objet de toutes sortes de chantages venant de l’intérieur comme de l’extérieur, entraînant, du coup, des compromissions tous azimuts, défiant les bases de toute compréhension démocratique.

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“Democracy is the worst form of government but I know of nothing better”, disait Sir Winston Churchill. S’il n’y a certes rien de mieux, le peuple cependant ne fait pas grand cas des moyens utilisés par ses dirigeants pour assouvir leur soif du pouvoir aussi longtemps que ses conditions de vie de base ne sont pas chamboulées. Dans des États africains, par exemple, où le multipartisme se résume à une guerre des tribus, dont certains pays comptent plus d’une centaine, la démocratie peine toujours à s’affirmer. Et c’est pourquoi, très souvent, la prise du pouvoir par des militaires – et au cours de l’année écoulée, pas moins de 5 pays ont connu une telle transition, Burkina Faso, Tchad, Guinée, Soudan, Mali – est suivie par des célébrations dans les rues, acclamant la chute des présidents élus…

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