L’enquête sur la valise abandonnée sur le caroussel du terminal d’arrivées le 23 mars se heurte à un mur de silence
Aucun des suspects arrêtés dans le sillage de l’enquête sur la saisie de 16,5kg de cannabis au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport le mois dernier n’a confirmé son association à cette importation. L’omerta plane sur ce réseau, appelé réseau du Sud, alors que l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) croit savoir qu’il y aurait d’autres policiers impliqués en sus des constables Neeraj Pagoo et Akash Hurruck. La phrase qui revient systématiquement lors des différents interrogatoires est « Mo pa konn nanye konsernan sa ladrog-la ».
Même Oumeshlall Ramsurrun, l’ancien Prison Officer et proche du caïd Peroumal Veeren, exerce son droit constitutionnel au silence. Néanmoins, la police espère que les mémoires de leurs téléphones cellulaires parleront et que des communications entre eux pourront faire avancer cette investigation.
Cette affaire, qui semblait être un simple bagage abandonné das le hall d’arrivée de Plaisance, s’est finalement révélée être le point de départ d’une vaste affaire de trafic de drogue, mettant en lumière un réseau structuré, méthodique et profondément infiltré. Ainsi, le 23 mars, les enquêteurs de l’ADSU tombent sur une valise laissée sur le tapis roulant. À l’intérieur, 16 kilos de cannabis soigneusement dissimulés. Très vite, les soupçons se confirment, car il ne s’agit pas d’un oubli, mais d’une manœuvre calculée.
Les images de vidéosurveillance permettent alors de remonter la piste jusqu’à une ressortissante française, Lisa Lily Ilona Romain, dont le comportement intrigue les enquêteurs. En analysant ses déplacements, ces derniers découvrent un mode opératoire bien rodé, souvent utilisé dans les filières internationales. La passeuse voyage avec deux bagages, l’un contenant la drogue qu’elle abandonne volontairement pour détourner l’attention, et l’autre, parfaitement propre, qu’elle utilise pour franchir les contrôles douaniers sans difficulté. Pendant que les autorités se concentrent sur la valise piégée, elle poursuit son chemin, presque invisible.
Mais ce stratagème ne peut fonctionner sans complicités internes, et c’est précisément ce que les enquêteurs vont découvrir. Très rapidement, un élément troublant apparaît sur les images CCTV avec la présence constante du constable Neeraj Pagoo aux côtés de la passeuse. Affecté à l’ADSU de l’aéroport et chargé de lutter contre le trafic de drogue, il adopte pourtant une attitude suspecte, la suivant de près à chaque étape de son parcours. Lorsqu’elle est soumise à un contrôle douanier, il n’hésite pas à faire demi-tour pour s’approcher discrètement d’elle dans la salle d’inspection, comme pour s’assurer que tout se déroule comme prévu.
Entre-temps, la Française aurait déjà échangé son bagage contenant la drogue contre une valise « propre », ce qui explique pourquoi la Customs Anti-Narcotics Section ne détecte aucune substance illicite. Libérée de tout soupçon, elle emprunte alors le Green Channel et quitte l’aéroport sans être inquiétée, escortée de près par le constable Pagoo, qui la guide jusqu’au véhicule venu la récupérer.
Une fois sa mission accomplie, le policier retourne à son poste, pensant avoir échappé à toute vigilance. Cependant, le plan s’effondre quelques heures plus tard lorsque la valise abandonnée est ouverte et que la drogue est découverte.
Les images de surveillance, analysées en détail, mettent en évidence la proximité et la complicité du policier avec la passeuse, menant à son arrestation immédiate. Dans la foulée, les enquêteurs interpellent un second policier, le constable Akash Hurruck, 33 ans, basé à Mahébourg, soupçonné d’avoir coordonné l’opération à distance en donnant des instructions précises pour faciliter la sortie de la suspecte.
L’enquête ne s’arrête pas là et permet de remonter jusqu’aux relais locaux chargés de prendre le contrôle de la situation une fois la passeuse sortie de l’aéroport. À La-Rosa, plusieurs suspects sont arrêtés, dont Douveersingh Bhujun (23 ans) et Dwishal Matai, (21 ans), tous deux employés dans une station de lavage de véhicules servant de façade à leurs activités. Lors de leur interrogatoire, ils finissent par dire qu’ils ont participé à une tentative de brouiller les pistes et d’entraver le cours de la justice. Cependant, ils disent ne rien savoir sur l’importation de drogue
Un troisième individu, Yadhav Lukhun (31 ans), est également arrêté. Une perquisition à son domicile permet la saisie de Rs 134 000 en espèces, renforçant les soupçons de blanchiment d’argent lié au trafic. Ces différentes arrestations permettent aux enquêteurs de reconstituer une partie du puzzle, notamment en identifiant un véhicule clé dans l’opération : une Honda Fit abandonnée à La-Rosa le jour même des faits, qui avait servi à récupérer la passeuse à sa sortie de l’aéroport. Grâce aux éléments recueillis, la plaque d’immatriculation du véhicule est retracée, confirmant son rôle dans le dispositif logistique du réseau.
Au centre de cette organisation, les enquêteurs s’intéressent de près à Oumeshlall Ramsurrun. Présenté comme un maillon central du réseau, il est soupçonné d’avoir coordonné les différentes étapes de l’opération, assurant la liaison entre la passeuse étrangère, les complices policiers et les exécutants locaux. Activement recherché, il est finalement arrêté lors d’une opération menée par une équipe dirigée par le surintendant de police Ghoora et l’ASP Sooknah.
À ce stade, les investigations se poursuivent afin de déterminer l’étendue réelle de ce réseau, qui pourrait s’inscrire dans une filière plus large reliant la France à Maurice. Les enquêteurs tentent également de confirmer avec précision le rôle joué par chaque protagoniste, en particulier celui des policiers impliqués, dont la participation présumée soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’intégrité du dispositif de sécurité.

