Maurice compte actuellement plus de 45 000 chômeurs et avec la fin du Wage Assistance Scheme et autres projets pour soutenir les PME d’ici fin décembre 2020, le spectre d’un taux de chômage dépassant la barre de 100 000 pointe à l’aube de 2021. Face à une telle situation cornélienne, comment faire face pour renverser la vapeur ? Avec l’objectif d’une “high income economy” comme vous l’avez vous-même souligné dans votre présentation budgétaire de 2020-2021, comment attirer les travailleurs mauriciens pour certains métiers afin de réduire notre dépendance de la main-d’œuvre bon marché importée des pays tels le Bangladesh et ainsi réduire le chômage ?

À ce jour, beaucoup de compagnies privées qui soumettent leurs offres pour des travaux publics s’appuient sur le faible coût de la main-d’œuvre importée pour décrocher des contrats et cela aux dépens de la qualité de la main-d’œuvre mauricienne. Dans la fonction publique, tout contrat public est alloué au “lowest bidder” qui se conforme aux conditions et règlements stipulés dans l’appel d’offres.

Dans cette perspective, il serait souhaitable que le gouvernement revoie sa politique en exigeant que les compagnies soumissionnaires qui répondent à ces appels d’offres incluent une clause obligatoire selon laquelle elles n’utilisent que la main-d’œuvre mauricienne pour exécuter les projets pour lesquels elles bénéficieront d’un contrat. Et cela devra tenir compte de deux facteurs : (a) que l’île s’est engagée à devenir une “high income economy” et (b) que même si les propositions financières sont de 15% plus élevées que le “lowest bidder”, préférence devra être donnée à la compagnie dont l’engagement pour embaucher 80% de la main-d’œuvre mauricienne est sans faille et garanti sur le papier comme c’était auparavant. À travers une telle mesure, l’on pourra aider à lutter contre le taux de chômage qui ira en grandissant d’ici l’année prochaine.

Une deuxième proposition est que les Mauriciens qui se trouvent au chômage avec de minces perspectives d’emploi aient l’opportunité d’être formés dans différentes disciplines, telles la maçonnerie, la plomberie, l’électricité, la pose de carreaux, la boiserie, etc… Et certainement cette formation pourrait leur garantir un salaire plus ou moins satisfaisant afin de nourrir leurs familles.

En alliant ces deux objectifs et en créant les conditions propices pour encourager la main-d’œuvre mauricienne de se tourner vers de nouveaux horizons, le problème du chômage ne devrait plus être un souci majeur sur le plan socio-économique pour le gouvernement.

Au plan purement économique, il ne faut pas oublier qu’un pourcentage des salaires des travailleurs étrangers est versé à l’étranger, ce qui entraîne l’exode d’une certaine quantité de nos devises étrangères alors que les salaires payés aux travailleurs mauriciens restent au pays et permettent de consolider l’économie nationale.

Suttyhudeo Tengur

Président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers