Après le coup d’État au Niger  : L’Afrique – l’option d’une nouvelle orientation …

Dans le sillage du 3e  coup d’État dans le Sahel depuis 2020 après ceux perpétrés au Mali  et au Burkina Faso, la Russie continue d’avancer ses pions sur le continent africain de manière inexorable au détriment de la France, ancienne puissance coloniale, devenue indésirable dans ces pays et dont l’opération militaire Barkhane, lancée en 2014 pour lutter contre le terrorisme dans la région, a été contrainte de se replier au Niger, dernier État où le 26 juillet 2023, le président pro-occidental Mahomed Bazoum a été renversé lors d’un putsch conduit par le général Abdourahamane Tchiani.

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De nombreux observateurs sont d’avis que ce coup de force à Niamey serait le résultat de soigneuses tractations menées dans l’antichambre du Kremlin car avec la guerre en Ukraine qui s’enlise et la tentative des Occidentaux, particulièrement Washington et Paris, d’isoler la Russie sur la scène internationale, Moscou se démène afin de se présenter comme un partenaire politique, économique et sécuritaire fiable et crédible sur le continent africain.  Et c’est justement dans ce contexte que s’est déroulé le sommet Russie-Afrique les 27 et 28 juillet dernier à Saint-Pétersbourg lors duquel Vladimir Poutine a, sur fond d’inquiétudes après la fin de l’accord sur les exportations des céréales ukrainiennes, promis d’en livrer gratuitement à six États africains, notamment le Burkina Faso, l’Érythrée, le Mali, la République Centrafricaine, la Somalie et le Zimbabwe, sans contrepartie aucune. Tout en louant « un nouvel ordre mondial multipolaire », le président russe avait réitéré son souhait d’entretenir « des relations égalitaires avec des bénéfices mutuels » avec le continent.

Il est déplorable, à propos, de constater que, contrairement à la grande majorité des États ayant pris part à ce sommet (44 sur 48), notre pays s’était fait représenter seulement par son ambassadeur, dont la participation n’a même pas été relayée par une source officielle chez nous.

Aujourd’hui, la Russie se targue de n’avoir jamais été une puissance coloniale en Afrique. Et, au Sahel, en particulier, Moscou défend un modèle de développement qui convient à une grande partie des opinions publiques prônant des valeurs sociales et familiales traditionnelles, saines et respectables en opposition avec les démocraties libérales perçues comme décadentes et dont certaines coutumes, comme indécentes voire purement immorales. Ainsi, pour compenser les relations françaises et occidentales évanescentes, des régimes africains tissent des partenariats qu’ils jugent « plus sûrs et durables » avec la Russie, la Chine et l’Iran. Mais il faut tout de même se rendre à l’évidence que le sentiment pro-russe n’a pas émergé spontanément dans le sillage de la guerre en Ukraine ou même après la chute du mur de Berlin.

Organes décisionnels

En effet, durant la période de la décolonisation, à partir des années 50, l’URSS avait noué des liens étroits avec plusieurs pays africains et les avait résolument soutenus dans leur lutte pour l’indépendance. En pleine guerre froide, Moscou avait formé de nombreux dirigeants et étudiants africains qui ont occupé ou occupent toujours des postes de responsabilité au sein des organes décisionnels de leurs pays respectifs.

D’ailleurs, l’université de l’Amitié des Peuples, portant le nom du célèbre leader du mouvement indépendantiste congolais, Patrice Lumumba, premier Premier ministre de son pays, assassiné en janvier 1961, a été fondée en février 1960 justement pour consolider la capacité d’accueil des étudiants étrangers, particulièrement africains et où de nombreux Mauriciens également ont complété leur cursus universitaire jusqu’à la maîtrise voire même doctorat du troisième cycle dans différentes facultés : sciences, génie, médecine, agriculture, etc.

D’autre part, au-delà des élites et des dirigeants ayant des liens historiques avec la Russie, une bonne partie de la jeunesse de même se tourne vers Moscou non seulement pour des motifs éducatifs mais également professionnels, vu que la frontière de l’Europe de l’Ouest leur est complètement verrouillée et les candidats à l’exil laissant souvent leur vie en cours de route, particulièrement en Méditerranée devenue désormais, le « cimetière » des migrants.

Par ailleurs, s’il est vrai que l’Afrique est, dans une grande mesure, responsable de son propre destin dans le sens que la fraude et la corruption, très répandues au niveau de la gouvernance nationale, agissent comme un frein au progrès at au développement, la déstabilisation économique provoquée par une mondialisation débridée et sans coeur, mais également par les problèmes écologiques dont les pays africains ne sont guère responsables, ne peut être négligée.

Ainsi, les crises actuelles apparaissent d’une autre nature que celles qui affectaient les États africains dans les années qui ont suivi leur indépendance. En effet, plusieurs phénomènes ont conjugué leurs effets déstabilisateurs dès le début des années 90 : la mise en pratique d’un nouveau cadre macro-économique ultralibéral sans préparation préalable avec des privatisations tous azimuts, des programmes d’ajustement structurels incohérents et drastiques imposés par les institutions financières internationales ; le pillage de la main-d’œuvre qualifiée, etc. Par conséquent, dans un ordre mondial totalement inégalitaire, la quête d’un nouveau départ émerge toujours comme une alternative inévitable.

Et en ce qui concerne le continent africain, après avoir poireauté dans la zone tampon entre l’Est et l’Ouest pendant des décennies lors du siècle dernier, il se retrouve désormais à la croisée des chemins face aux nouvelles orientations qui détermineraient, pour le meilleur ou pour le pire, sa destinée politique et économique. Cependant, dans les relations internationales, comme dans les relations tout court, entre l’amitié et l’intérêt, l’option est, on ne peut plus, évidente.                                                                                                                                                                                                                                                                           Dr Diplal MAROAM

 

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