Le Guideline on Payment of dividends publié en fin de semaine dernière par la Banque de Maurice est « dans l’air du temps » selon le CEO de la Mauritius Bankers Association. Ce développement est également accompagné d’une directive formelle de la Banque Centrale gelant toute déclaration et tout paiement de dividende par ces mêmes banques commerciales pour cette année. Et ce sont les fonds de pension et les Corporates gérant d’importants volants de placements dans des titres bancaires, considérés à juste titre comme des Blue Chips, qui appréhendent des conséquences négatives dans leurs livres de compte.

« C’est une mesure prudentielle. Ce n’est pas vraiment une surprise pour nous et les banquiers s’y attendaient un peu au regard de ce qui se fait à l’étranger », souligne Daniel Essoo. Plusieurs pays ont déjà eu recours à ce type de restrictions à ce jour. La Bank of England par exemple a demandé aux banques de ne pas payer de dividendes à cause de la disruption causée sur le marché par la COVID-19.

Introduit dans une période de crise, ce ‘guideline’ définit plusieurs mesures prudentielles à prendre en compte par les différentes institutions bancaires avant de déclarer et payer des dividendes à leurs actionnaires. Il s’applique à compter du 24 septembre. Ces mesures sont « nécessaires », dit-on, car c’est un moyen pour l’autorité régulatrice de s’assurer que l’argent « reste dans le système bancaire » et serve plutôt à soutenir l’économie en ces temps sont difficiles. « C’est un moyen de protéger les banques elles-mêmes, c’est-à-dire contre les créances douteuses. C’est un point positif eu égard à la stabilité bancaire. Car en mettant de côté plus d’argent dans les banques, cela permet de protéger le système en priorité avant de redistribuer les profits aux actionnaires », fait-on valoir dans certains milieux.

Toutefois, certains s’interrogent sur le ‘timing’ de cette décision de la Banque centrale. Pourquoi ce ‘Guideline’ n’a-t-il pas été introduit en mai ou en octobre ? Pourquoi à la veille de la clôture des comptes de quatre institutions bancaires, incluant la plus importante du pays ?  « Pourquoi on a choisi ce moment précis pour introduire ces restrictions alors que quatre banques clôturent leurs comptes le 30 septembre ? » se demande un observateur. Il s’interroge aussi si cette mesure n’a pas été mise en place pour « punir les gros actionnaires » d’une institution bancaire en particulier. Un spécialiste boursier s’inquiète, lui, de l’impact de ces restrictions de dividendes sur les gros actionnaires institutionnels qui tendent à placer une bonne partie de leurs investissements sur de grandes banques du pays, à l’instar de la majorité des fonds de pension notamment : « Tous les investisseurs vont souffrir de cette restriction, car ils sont tous – ou presque – exposés aux banques et leurs revenus vont chuter. Par ricochet, l’intérêt pour les valeurs bancaires en bourse risque également de décroître avec ces restrictions sur le paiement de dividendes. C’est dommage car le secteur bancaire était celui qui fonctionnait le mieux en ces temps troublés comparé aux autres secteurs économiques. »

Shamin Sookia, Managing director de Perigeum Capital, qui connaît bien la question de l’investissement, est toutefois plus nuancé et affirme que les investisseurs détenant des titres bancaires doivent faire la différence entre les gains à court terme et ceux à long terme. « Les investisseurs qui misent sur le long terme se basent plutôt sur la Capital Appreciation de l’action et non les dividendes à court terme (Dividend Income). L’investisseur doit s’assurer de la bonne santé de la banque dans laquelle il investit – puisque nous parlons ici des banques – sur le long terme. Et cette restriction sur les dividendes assure justement que les banques restent en bonne santé. Une fois l’orage passé, la situation s’améliorera pour les actionnaires. »

Shamin Sookia (Perigeum Capital) : « Éviter le Drainage of Funds ! »

Bien qu’il y ait déjà des paramètres à respecter pour le paiement de dividendes sous la Companies Act, notamment en termes de ‘Retained earnings’ et de ‘Solvency test’ ainsi que des paramètres plus rigoureux sous la Banking Act, Shamin Sookia, Managing director de Perigeum Capital, estime que la banque de Maurice a voulu avant tout protéger les banques en imposant de telles restrictions : « Le système bancaire d’un pays est un pilier de l’économie. Si les banques tombent, c’est la déroute!  Ce guideline assurera la protection des banques contre les spillovers des autres secteurs économiques qui sont en souffrance. Il permettra d’éviter un Drainage of Funds au niveau des banques. » La situation économique actuelle étant critique, il y a de gros risques de pression sur le système financier et bancaire du pays « car celui-ci vient à la rescousse des entreprises en difficulté et si les banques distribuent leurs profits, cela diminue leur capital. »