Devant Dieu, je me prosterne, je me recentre. Le tapis de prière est une boussole vers la Mecque. Je ferme les yeux et je m’imagine en face de la Kaaba. Je suis coupée du monde. C’est un rendez-vous incontournable qui se présente comme un devoir, un accomplissement. Chaque prière donne un rythme et un but à ma vie. Entre chaque prière, il y a l’attente. L’attente que les choses s’améliorent, que les morceaux se recollent. Pendant le Ramadan cette année, j’aurais appris à privilégier le culte de l’effort ; l’effort sur soi, une guerre contre ses faiblesses. En effet, le djihad en islam, c’est avant tout combattre ses propres défauts.
En ce mois, je découvre le cœur de mes amis…
La beauté du Ramadan dans un pays multiethnique repose sur l’entraide. Ce qui me touche particulièrement pendant ce mois sacré, ce sont les différents actes de solidarité des compatriotes mauriciens. La générosité est de mise et l’entraide, salutaire. J’ai personnellement été témoin de la solidarité face à la faim. Certains de mes collègues ont évité de manger en ma présence et ont préféré consommer hors de ma vue. Par ailleurs, j’ai d’autres amis qui ont parfaitement su agrémenter mon iftaar. Comment oublier les pots de chutney déposés sur mon bureau un matin par Anuradha pour accompagner les samoosas du soir ? L’indulgence des employeurs est aussi palpable : « Rentrez plus tôt et take it easy. » Par ailleurs, on assiste à la solidarité du Tamil League envers ceux qui vont à la mosquée de Réduit le vendredi. Les frères et sœurs tamouls du Tamil League offrent généreusement leur parking à tous les fidèles pendant la journée. C’est sans doute un message fort qu’ils envoient à toute la population en agissant ainsi.
De plus, des musulmans à St-Pierre, à La Réunion, ont généreusement offert des beignets à leurs frères et soeurs de foi chrétienne qui rentraient chez eux après la messe pascale. La considération est principalement fondée sur les égards que l’on témoigne aux gens que l’on respecte. Nous avons tous grandi en croyant à un certain ensemble de valeurs et d’idées. Et c’est au nom des valeurs universelles de notre société plurielle qu’il faut respecter la foi de tout un chacun. On ne partage peut-être pas tous la même foi, mais on obéit tous à la même loi – celle du multiculturalisme.
L’imaginaire des Mauriciens…
L’inconscient collectif des Mauriciens pendant le Ramadan les conduit d’abord…à chercher la nouvelle lune, à l’endroit où le soleil se couche, à l’Ouest. À un jour de la fête Eid, toutes les communautés attendent avec impatience l’apparition du croissant lunaire. Si Eid tombe en jour de semaine, mon Dieu, tout le monde est d’autant plus heureux ! Parallèlement, pendant ce mois qui précède Eid, de nombreux Mauriciens en profitent pour s’acheter de succulents Naans aux boulangeries et aux supermarchés. Et l’Iftar ? Savez-vous que certains de nos compatriotes organisent aussi des « iftaar parties » chez eux ? En effet, mon amie Vanessa se fait un plaisir chaque Ramadan de garnir sa table de gâteaux et de dattes. Elle veut sans doute inculquer à ses filles les valeurs de l’interculturalité. À Maurice, nos différences culturelles sont une richesse et non un danger. La vie n’est-elle pas le miroir des couleurs qu’on lui attribue ? Donnons-lui donc les couleurs de notre drapeau mauricien…

