Aruna Radhakeesoon, présidente du National Committee on Corporate Governance (NCCG), explique que 21 entreprises cotées en Bourse ont participé au Scorecard sur la bonne gouvernance. La première évaluation a permis d’avoir des indications sur la situation en termes de Disclosure sur les pratiques liées à la gouvernance au sein des entreprises ayant participé. L’Overall Average Score est de 54%, ce qui est une performance honorable, selon elle. La deuxième évaluation du Scorecard, qui est déjà complétée (mais pas publiée), marque une nette amélioration comparé à la première évaluation.
Aruna Radhakeesoon déclare que si l’on tend souvent à critiquer le secteur public concernant la bonne gouvernance, plusieurs d’entre elles ont contacté le NCCG montrant leur intérêt à adopter les meilleures pratiques. « But they are caught because of their legislation which says overwise. Si nous voulons progresser, il faudra revoir toutes ces législations, car la manière de faire des affaires aujourd’hui n’est plus celle d’il y a 25 ans » , indique-t-elle.
La barre des 25%
Intervenant au sujet de l’annonce que les compagnies cotées en Bourse devront avoir 25% de femmes sur leur conseil d’administration, la présidente du NCCG soutient que Business Mauritius est déjà bien consciente de la nécessité de la parité des genres au niveau des boards, et ce, bien avant que ce seuil de 25% ne devienne une obligation. « Plusieurs organisations ont déjà décidé d’un objectif à ce niveau, dont le groupe MCB et Ciel. We have some catching up to do, et c’est pour cela que nous venons de l’avant avec notre charte sur la diversité, l’égalité et l’inclusion. Chaque organisation devra décider de ses objectifs et les partager avec le NCCG, qui collectera ces données et publiera un rapport par la suite », ajoute-t-elle.
Jean-Pierre Dalais, président de Business Mauritius, reconnaît la pertinence de ce seuil de 25%. « C’est important, car la diversité permet de prendre de meilleures décisions, et si nous voulons que les compagnies progressent mieux, il faut plus de diversité sur les boards, et pas seulement plus de femmes. » Toutefois, il suggère que « la loi ne s’applique pas trop rapidement », le délai étant trop court pour permettre aux entreprises de s’adapter.
Éthique et valeurs
Interrogés sur l’importance de l’éthique dans le pays, ces opérateurs économiques ont insisté sur le fait que l’exemple doit venir d’en haut. Namita Jagarnath Hardowar, présidente de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI), partage cet avis. « Si nous voulons d’une nation qui a de l’éthique et des valeurs, l’exemple doit venir d’en haut. C’est très important. If people don’t feel that the right message is delivered, it can pollute the system. » Arnaud Lagesse, CEO du groupe IBL, est du même avis. « I am convinced that with a not so powerful leadership, society will probably go in a different direction and ethics will be lost pretty much quickly on the road », affirme-t-elle.
Abordant la question de révision du code de bonne gouvernance avec des pressions accrues sur les organisations pour se mettre au diapason de nouvelles normes de bonne gouvernance, la présidente de la CCI prévient que « you need to keep it simple ». Fianna Jurdant, Senior Policy Analyst de l’OCDE, a évoqué les changements dans les principes de l’OCDE/G20 en matière de bonne gouvernance et soutient qu’il faut rester « cohérent » dans le développement du nouveau cadre de bonne gouvernance. « Ce cadre devra être flexible afin de tenir compte de divers facteurs, comme la taille de chaque entreprise opérant à Maurice, et s’adapter aux entreprises travaillant avec diverses juridictions. » Les principles de l’OCDE sont justement là pour aider les gouvernements à développer leur Framework de bonne gouvernance. Pas moins de 53 juridictions y adhèrent déjà.
Arnaud Lagesse estime cependant que beaucoup de chemin reste à parcourir et que l’émergence du troisième code « va certainement hisser le pays à un niveau plus élevé en termes de “disclosure” de gouvernance ». Interrogé sur le cumul de responsabilités de certains administrateurs sur plusieurs conseils d’administration, et sur le “maximum tenure”, le CEO d’IBL répond qu’il n’y a pas de nombre spécifique de compagnies sur lesquelles peuvent siéger les administrateurs. « Cela concerne plutôt leur capacité de travail et le nombre de sous-comité sur lesquels ils siègent. » Notons qu’il y a un nombre croissant de sous-comités aux conseils d’administration : rémunération, risques, audit, développement durable et informatique, entre autres.

Désintérêt des investisseurs
Arnaud Lagesse a également évoqué le « manque de maturité des investisseurs à Maurice », expliquant qu’il y a un problème de compréhension des Business Models et des investisseurs très peu informés sur ce qui se passe vraiment au sein des compagnies ». Il note un désintérêt des investisseurs pour les informations fournies et les réunions organisées. « Pourtant, en 15 ans, les rapports annuels ont bien changé. Aujourd’hui, un rapport annuel contient énormément d’informations. Malheureusement, on ne voit pas la communauté des investisseurs locale utiliser cela comme outil », s’appesantit-il.
Natacha Emilien, responsable du mouvement Board of Good, qui participait aux débats, a expliqué que ce groupe comprend 400 femmes compétentes qui aspirent à siéger sur des conseils d’administration afin de participer à des prises de décisions au sein des entreprises. « Nous avons beaucoup de compétences au sein de notre groupe, mais nous voyons que 90% des Requests for Directorship demandent un Legal Background ou un Financial Background ». Et ce, alors que les conseils d’administration nécessitent des compétences variées. Elle a laissé entendre également que le plus souvent, lorsque certaines entreprises font appel aux femmes, c’est pour les faire siéger au sein des sous-comités.
Au terme de cette demi-journée de réflexion sur le thème de la bonne gouvernance, Sheila Ujoodha, CEO du MIoD, s’est réjouie de la tenue de cette deuxième conférence annuelle. « Cette initiative contribue de manière significative aux efforts visant à renforcer la gouvernance d’entreprise. Elle consolide la réputation du pays en tant que juridiction de premier plan, axée sur la transparence et l’adhésion aux meilleures pratiques mondiales. »
Le MIoD joue un rôle essentiel en tant que partenaire pour la gouvernance d’entreprise, offrant une expertise unique et des ressources de qualité pour soutenir et améliorer les normes de gouvernance au sein des organisations. Son engagement constant envers l’excellence dans la gouvernance d’entreprise, et surtout au niveau de la formation soutenue des administrateurs et de développement des compétences des femmes afin de les rendre plus aptes à siéger sur les conseils d’administration, en fait un allié stratégique pour les organisations des secteurs privé et public.

