Budget : Quel impact sur notre pouvoir d’achat ?

Si le dernier exercice budgétaire a réjoui plus d’un à travers des allocations et autres mesures résultant en davantage de Cash in Hand pour certains comme les bénéficiaires de pension, les parents d’enfant de moins de 3 ans, les employés ayant moins de taxe à payer, le pouvoir d’achat du Mauricien sera-t-il pour autant amélioré ?

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Jane Ragoo, porte-parole de la CTSP, considère que toute augmentation de revenus représente un soutien à la consommation. Elle interroge toutefois la valeur de cette augmentation de revenus. « Est-elle suffisante ? Si nous avons aujourd’hui reçu Rs 2 000 d’augmentation, demain, les prix peuvent prendre l’ascenseur à cause de facteurs externes », souligne-t-elle. À plus forte raison qu’à Maurice, fait-elle ressortir, « les mesures qui sont introduites pour contrôler les prix et pour prévenir les abus ne portent pas vraiment leurs fruits ». Jane Ragoo regrette qu’il n’y ait pas eu de mesure pour empêcher la perte du pouvoir d’achat. « Ce que le gouvernement a fait plutôt, c’est un soutien au pouvoir d’achat ».

JANE RAGOO (CTSP) : « Un soutien au pouvoir d’achat »

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La flambée constante des prix depuis le Covid-19 sera-t-elle davantage vivable avec le dernier exercice budgétaire ? Les familles impactées pourront-elles vivre plus dignement ?

Toute augmentation de revenus apporte certes un soutien à la consommation. Cependant, cette augmentation, est-elle suffisante ? Là est la grande question ! Souvent des fois, il faut le souligner, il y a des facteurs externes qui échappent à notre contrôle. Par exemple, si nous avons aujourd’hui reçu Rs 2 000 d’augmentation, demain, les prix peuvent prendre l’ascenseur à cause de facteurs externes tels que la guerre ou une hausse des prix du pétrole sur le marché mondial.
À plus forte raison qu’ici à Maurice, les mesures qui sont introduites pour contrôler les prix et pour prévenir les abus ne portent pas vraiment leurs fruits. Donc, est-ce que c’est suffisant ? Il est difficile d’y répondre. Même si c’est un soutien certain pour les consommateurs.

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Quelles sont ces mesures qui sont susceptibles d’avoir un impact sur le coût de la vie, le pouvoir d’achat et l’inflation ?

Les baisses de prix sur des produits, tels que les couches pour les bébés et le retrait de la taxe sur certains produits alimentaires. Mais, de l’autre côté, quand il y a augmentation de revenus, cela peut aussi engendrer un effet inflationniste parce que lorsque les gens ont plus d’argent, ils dépensent davantage et il faut alors importer davantage vu que nous ne produisons pas beaucoup. Il ne faut donc pas écarter l’effet inflationniste.

Quelles mesures le gouvernement peut-il prendre dans une telle situation ? Le gouvernement a annoncé par exemple une application où les supermarchés afficheront leurs prix permettant aux consommateurs de savoir où ils peuvent trouver le produit le moins cher. Mais, si cette plateforme n’est pas accompagnée de règlements, elle n’apportera pas les résultats escomptés.

Admettons qu’un commerçant affiche un sachet de riz à Rs 200. Lorsque vous vous rendez au supermarché en question à 10h, le stock du produit en question est déjà épuisé. Il n’y a en effet aucune loi qui dit que quand un commerçant a mis une promotion, il doit avoir le stock requis pour satisfaire la demande. Il y a donc beaucoup d’éléments qui, s’il n’y a pas une bonne gestion, peuvent entraîner un effet inflationniste. Qui dit plus d’argent dit frénésie d’achats.

Qu’en est-il des plus pauvres de la société ? Ce budget constitue-t-il pour eux une bouffée d’oxygène ?
La CTSP l’a dit à maintes reprises : quand le salaire minimum avait été introduit, nous l’avions décrit comme une somme d’argent qui est en mesure de garantir une sécurité alimentaire. Aujourd’hui, pour garantir une sécurité alimentaire, la CTSP estime qu’il faut une somme de Rs 15 000.

Ce n’est pas une mesure sociale, c’est juste une garantie pour qu’une personne ne bascule pas dans la malnutrition. Ce qui signifie qu’une personne qui gagnait Rs 12 000 plus une allocation CSG de Rs 1 000 a aujourd’hui Rs 15 000. Définitivement, cela va aider cette personne au plus bas de l’échelle. Idem pour les mesures comme l’allocation de Rs 2 000 aux bébés. Cela aidera les personnes au bas de l’échelle.

Les mesures que vous trouvez les plus pertinentes dans l’optique de lutte contre la perte du pouvoir d’achat ?

En fait, il n’y a pas eu des mesures pour empêcher la perte du pouvoir d’achat. Le gouvernement n’a pas introduit de mesure pour contrôler les prix. Ce qu’il a fait plutôt, c’est qu’il a donné un soutien au pouvoir d’achat. Il permet aux consommateurs de limiter l’effet inflationniste.

Toutefois, bien des facteurs ne dépendent pas de Maurice et qui engendreront un effet inflationniste. Si notre roupie continue à s’affaiblir et qu’il y a des pénuries au niveau mondial qui font monter les prix – nous venons d’apprendre qu’en juillet, l’Arabie saoudite réduira sa production de pétrole d’un million de baril par jour – aucune des mesures budgétaires ne pourra empêcher la hausse des prix. Les économistes s’attendent d’ailleurs à ce que les prix des carburants augmentent.

Certaines mesures s’annoncent lourdes pour les caisses de l’État, à l’instar notamment de l’augmentation de la pension de vieillesse, à plus forte raison sur le long terme, compte tenu du vieillissement de la population. Votre opinion ?
Je ne pense pas que cela pèsera lourd sur les caisses de l’État, et ce, pour deux raisons. Quand nous nous trouvons dans une situation inflationniste, les revenus de l’État augmentent. Vu qu’on a un taux de TVA fixe, cela veut dire que les revenus de l’État aussi augmenteront avec la consommation.

De l’autre côté, nous aurons davantage de travailleurs étrangers qui indirectement payent la taxe. Ce sont des personnes qui bénéficient de protections sociales mais pas de pension de retraite vu qu’ils ne prendront pas leur retraite à Maurice. Il est donc tout à fait juste que ces revenus fiscaux qui rentrent dans les caisses de l’État à cause de l’inflation et grâce à la consommation des étrangers soient redistribués aux personnes qui sont dans le besoin.

Je ne pense donc pas que l’augmentation de la pension entraînera une crise sociale. Au contraire, lorsque les seniors ont une pension suffisante pour vivre, il n’ira pas chercher du travail mais aidera les petits commerces à vivre en consommant.
Pour résumer donc, à quel point les mesures et autres allocations du dernier budget aident-elles à compenser la perte du pouvoir d’achat des consommateurs depuis 2020 ?

Depuis 2020, il y a d’abord eu le Government Wage Support Scheme, ce qui implique qu’aucune personne n’est restée sans revenu même si l’économie était en berne. Par ailleurs, jamais dans notre histoire la compensation salariale n’a-t-elle atteint Rs 1 000.

Même si en 2008, il y avait la crise financière, que notre inflation était à deux chiffres, le gouvernement d’alors avait accordé Rs 100 et Rs 125. Il y a donc eu une politique très sociale qui a soutenu les gens au bas de l’échelle ce qui a valu que nous avons pu éviter une crise sociale dans le sillage du Covid-19 et de l’inflation. Donc, les mesures ont porté leurs fruits.

 

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