Ces gesticulations qui nous privent de démocratie

GÉRALDINE HENNEQUIN-JOULIA
Fondatrice, Idéal Démocrate

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Le débat politique s’est enlisé ces dernières années avec un coup d’accélérateur ces dernières semaines au vu des coups de théâtre – « trahisons », transfuges – et des querelles. À notre grande consternation, le débat politique vole à hauteur de nos chevilles, nous forçant à regarder constamment ce qui colle à nos semelles plutôt que de regarder vers le haut. Certains citoyens, par ailleurs, se désolent aussi que ce qui constitue l’Opposition – parlementaire et extraparlementaire – ne parle pas d’une même voix comme si la diversité des postures est un non-sens, comme si la politique était un bloc monolithe auquel on doit tous adhérer. Soit Pour, soit Contre. C’est ce qui nous a parfois donné des invraisemblables 60 / 0 aux Législatives.
Plus concrètement, que peut inspirer ce marasme politique qui essouffle le pays, rend nos concitoyens blasés dans le meilleur des cas, défaitistes dans le pire des cas.

En tant que citoyenne engagée, il est utile de rappeler qu’au lendemain des élections de 2019, nous avions été une poignée (à compter sur les doigts d’une main) à relever et dénoncer les anomalies qui avaient secoué ces élections. Nous avions même créé une plate-forme qui s’appelait « Pan kapav voter » pour encourager les électeurs qui étaient lésés à se faire connaître. Je mentionnais déjà sur les radios qu’il ne peut pas exister de zone grise en démocratie ! Lors de ces mêmes élections, Jenny Adebiro était sortie sonnée par sa non-élection de quelques voix alors même qu’elle était dans le trio gagnant jusqu’en début d’après-midi, le jour du dépouillement des résultats. Elle, comme d’autres au sein du MMM, savent pourquoi elle était amère, pourquoi le « recount » qu’elle aurait pu demander ce même jour, comme l’avait fait Navin Ramgoolam au N° 10, n’a pas eu lieu ! Est-ce que son parti l’avait freiné des quatre fers pour ne pas contester le jour même les résultats et par là même les méthodes de la Commission électorale que trop nombreux dans ce pays pensaient être au-dessus de tout soupçon ?

Je ne sais pas ce que sera la prochaine étape de la vie politique de cette jeune femme. Rien ne permet à ce jour de dire qu’elle compte chercher ailleurs. L’avenir nous le dira !

Mais qu’est-ce qui a pu motiver cette personne à garder la carte de son parti pendant de si longs mois ? En premier lieu il y a eu l’extraordinaire promesse d’être propulsée en récompense de son silence à la présidence de l’aile féminine ! La belle affaire ! Sidérant !

Quelle femme peut expliquer clairement le bienfondé d’une aile féminine au sein des partis politiques au 21ème siècle ? De quoi y débat-on que les hommes ne peuvent pas débattre ? Quelle idée de génie a émergé un jour de ces instances garages où l’on case les femmes des partis en leur donnant l’impression qu’elles font de la politique active ? Ces ailes féminines peuvent se prévaloir aujourd’hui de quelles grandes avancées pour notre démocratie ? N’est-ce plutôt un placard pour fer zasar ek makrame ek « fer sosial » comme certaines le disent en clignant des paupières ? Où est-ce un boudoir qui ne dit pas son nom pour de précieuses ridicules ? Pendant que les partis politiques du mainstream balancent cette carotte infâme devant des groupies mal inspirées, la politique continue à péricliter. Et si c’est pour la présidence de ce bifteck peu ragoûtant que Mme Adebiro avait troqué son silence, alors elle doit bien s’en mordre les doigts.

Le MMM avait finalement décidé de suivre le pas des Travaillistes pour porter l’affaire en Cour et demander un recount ! On connait la suite.
La question demeure : a-t-elle claqué la porte pour des promesses tout aussi stupides que présentées par son ancien parti ou est-ce par un ras-le-bol du système ? Sa conférence de presse n’a pas eu le mérite de nous éclairer ! À l’heure où les Mauriciens réclament de la transparence, il faut avoir le courage de ses convictions et de ses décisions !
Ce retournement de veste donne le pouls de l’état de délitement dans lequel sont les partis. Le renouvellement de la classe politique s’y fait depuis des décennies selon votre communauté (clairement votre religion), votre nom et l’épaisseur de votre porte-monnaie. La plupart de ceux qui ont approché un parti mainstream le savent. Dire le contraire, c’est nous prendre pour des imbéciles. C’est un déni qui nous a menés au bord du gouffre.
Toute cette affaire a donné lieu à un débat médiatique entre deux autres politiciens qui se sont affrontés sur la crise évidente qui secoue la Commission électorale. Personne ne peut nier ceci non plus. Le dernier sondage de Afro-Barometer (que j’ai évoqué dans la page Forum) souligne clairement que les Mauriciens ne font plus confiance, dans leur grande majorité, à nos institutions. Et la Commission électorale est dans le top de ce classement avec la Police !

La Commission a une responsabilité énorme dans le maintien de notre démocratie. Car à quoi bon voter si les listes électorales sont faussées ? La Commission a été des années durant garant de la fiabilité de ces listes. Jusqu’à récemment. Jusqu’à ce que des forces obscures fassent sauter ce dernier verrou.

Vous, citoyens mauriciens, permettez-moi de vous dire combien de temps notre pays nous donne pour nous assurer que notre nom est bien sur les registres électoraux et dans le cas contraire pour s’enregistrer. Je vais prendre l’exemple d’une circonscription. Évidemment le N° 17, là où je suis née !

La Commission électorale a l’obligation d’ouvrir les enregistrements deux fois par an ! Seulement deux fois. C’est déjà une ineptie dans une démocratie qui se respecte. L’année dernière, soit en 2021, la Commission électorale ne l’a fait qu’en une occasion. Alors, sortez vos calculettes et comptez avec moi.

Du 16 juillet au 6 août dernier, dans chaque circonscription, la Commission avait aménagé des « bureaux ». À Curepipe, c’était dans deux centres communautaires, complètement excentrés du cœur de ville. Tenez-vous bien, ces bureaux étaient ouverts uniquement de 16h à 17h30, soit une heure et demie par jour et de 9h à 13h les samedis. Si je sais compter cela faisait initialement 36 heures, en tout et pour tout, lors desquelles les 60 000 électeurs de la circonscription numéro 17 pouvaient, soit venir sur place vérifier, soit s’inscrire si nécessaire. Si seulement 10 % des électeurs faisaient cette démarche, cela voudrait dire qu’ils auraient chacun 36 secondes. Vous avez bien lu !

Et si 1% sont des primo votants (s’inscrivent pour voter pour la première fois), faites le calcul. Ils auraient moins de 4 minutes pour s’inscrire.
Voilà ce que nous offre notre très, très démocratique République aujourd’hui ! Elle ressemble à la République bananière du personnage fictif Mamane sur RFI.

À Idéal Démocrate, nous estimons urgent qu’une réforme digne de ce nom soit posée sur la table.

Des questions restent en suspens :
1. Pourquoi est-ce qu’un jeune qui va avoir 18 ans hors période d’enregistrement ou de recensement ne peut pas s’inscrire sur ces listes ?
2. Quand un citoyen s’enregistre au moment du recensement (porte-à-porte) ou en se déplaçant lors des exercices d’enregistrement comme cela se fait actuellement, pourquoi la Commission électorale lui refuse un reçu/récépissé/ any kind of acknowledgement form pour dire qu’il s’est fait enregistrer (reçu, sms, message par mail ?).
3. Si l’électeur s’est inscrit mais n’est toujours pas sur les registres quand la liste est rendue publique ou si son nom est mal écrit, de quel recours dispose-t-il pour assurer que son droit constitutionnel (celui de voter) est respecté ?

Les exemples qui permettent au citoyen de s’inscrire à tout moment de l’année avec une date butoir avant la tenue des élections existent dans toutes les démocraties qui se respectent.
Je ne demande pas à la Commission électorale d’inventer l’eau chaude !
Il y a deux mots qui doivent guider la commission et ceux qui s’engagent en politique : Transparence et Responsabilité.

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