Chagos : une lumière au bout du tunnel

Le revirement de Donald Trump sur le dossier des Chagos, jeudi dernier, a relancé une dynamique que beaucoup croyaient compromise il y a encore quelques jours. Après avoir qualifié l’accord de « grande stupidité », le président américain estime désormais qu’il s’agit du « meilleur compromis possible ». Une volte-face qui redonne de l’élan au processus de rétrocession de l’archipel à Maurice.
Aussitôt son retour de Chine où il a décroché plusieurs contrats majeurs, le Premier ministre britannique Keir Starmer a, comme promis, rencontré le président Trump pour faire le point sur le dossier des Chagos. Encore une fois, il a manifesté sa maîtrise de ce dossier puisqu’il a convaincu le président américain de l’importance du traité signé avec Maurice et qui prend en compte la sécurité de la base militaire américaine à Diego Garcia. La réaction de Donald Trump n’a pas tardé. « I understand that the deal Prime Minister Starmer has made is the best he could make », coupant ainsi court à tous les détracteurs chagossiens et britanniques qui avaient capitalisé sur la première déclaration de Trump forçant la Chambre de lords à reporter les débats sur le traité. À Maurice, le nouveau développement a été accueilli avec soulagement.
Olivier Bancoult, figure emblématique de ce combat, souligne : « Nous nous réjouissons qu’avec le traité, les Chagossiens soient enfin pris en compte dans la décision du gouvernement britannique d’autoriser leur relogement. » Visiblement, la voie est désormais ouverte pour l’entrée en vigueur du Traité vers le mois de mai prochain.
Les garanties imposées par Donald Trump ne devraient pas poser de problème car Maurice n’est pas contre la base militaire, tout en maintenant son droit de souveraineté sur les Chagos incluant Diego Garcia. Les propos de Trump affirmant qu’en cas de rupture de l’accord anglo-mauricien ou de menace sur cette installation stratégique, les États-Unis interviendraient pour la défendre ne constituent pas une surprise.
Il est de notoriété publique que pour Washington comme pour Londres, les Chagos restent avant tout un pivot militaire majeur dans l’océan Indien. Les objectifs de Maurice sont d’exercer son droit de souveraineté nationale sur tout son territoire qui comprend les Chagos, et demain Tromelin, de permettre la réparation après l’excision illégale de Chagos de son territoire et le droit d’un peuple déraciné de retrouver sa terre.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la portée des propos tenus, jeudi, à Londres devant le Human Rights Committee par l’avocat international Philippe Sands : sans accord, les Chagossiens ne rentreront jamais aux Chagos. La reconnaissance officielle de la souveraineté mauricienne, combinée à la perspective d’un retour des habitants, marque une avancée historique après des décennies de déni. L’épisode Trump–Starmer illustre une vérité constante des relations internationales : les principes n’avancent que lorsqu’ils rencontrent les intérêts stratégiques.
Maurice semble aujourd’hui avoir franchi un cap décisif. Le moment du “make it or break it” est peut-être derrière nous. Mais la fenêtre reste étroite. Le moindre faux pas pourrait faire dérailler le processus. La diplomatie mauricienne avance sur un fil, entre affirmation de souveraineté et nécessité de rassurer ses partenaires occidentaux. Pour les Chagossiens, toutefois, cette opportunité est peut-être unique. Après plus d’un demi-siècle d’exil, l’espoir d’un retour, même progressif, représente bien plus qu’un symbole : c’est la possibilité de refermer une blessure coloniale toujours vive. L’Histoire ne se gagne pas seulement avec le droit, elle ne peut se construire durablement sans justice. Mais il ne faut surtout pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
Alors que le dossier Chagos avance dans la bonne direction, la surprise cette semaine est venue des Maldives. Son président, Mohamed Muizzu, a déclaré jeudi que les Maldives sont opposées à un accord entre le Royaume-Uni et Maurice concernant les îles Chagos. Il a également annoncé la décision de son gouvernement de retirer une lettre adressée à Maurice le 22 août 2022 par l’ancien président des Maldives, Ibrahim Mohamed Solih, reconnaissant la souveraineté mauricienne sur l’archipel des Chagos. Maurice n’a pas encore donné la réplique.

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Jean Marc Poché

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