DR DIPLAL MAROAM
Le constat est alarmant à défaut d’être surprenant : les ressources en eau de la planète se détériorent de manière inquiétante sous l’effet des activités humaines au point que certains écosystèmes sont « au bord de la rupture », avertit l’ONU, dans un rapport publié le 21 mars 2023 et dans lequel elle exhorte la communauté internationale à « se serrer les coudes pour inverser la tendance ». En effet, le changement climatique et la mauvaise gestion de la ressource aggravent les sècheresses partout dans le monde – une situation qui met en danger la vie des millions de personnes mais suscitant également de sérieuses conséquences sociales et économiques. Car, comme il fallait s’y attendre, ce sont surtout les peuples des pays les plus pauvres et vulnérables qui sont les plus durement impactés. Dans la région, près de chez nous d’ailleurs, Madagascar a été reconnu officiellement comme premier pays à subir la famine due à la sècheresse prolongée engendrée par le changement climatique.
D’autre part, avec la hausse du niveau de la mer, de plus en plus d’eau douce des nappes phréatiques est contaminée, restreignant ainsi la disponibilité de la ressource pour la consommation domestique. Si l’eau couvre environ 70% de la surface terrestre – d’où le nom de la planète bleue –, 97% de cette masse, c’est l’eau des océans, donc salée, non potable. Des 3% d’eau douce restante, 1,75 à 2% se trouvant dans les glaciers et la neige ; 0,5 à 0,75%, dans les nappes souterraines et moins de 0,01% constitue l’eau de surface, des lacs et rivières. Alors que plus de 2 milliards de personnes vivent déjà dans des pays soumis à un stress hydrique redoutable avec un accès très limité à l’eau potable et à l’assainissement, d’ici 2025, toujours selon le rapport, la quantité d’eau disponible par individu pourrait tomber à moitié du niveau actuel – qui est déjà deux fois plus bas que celui de 1960. Et, selon les estimations, d’ici 2050, entre deux et sept milliards d’êtres humains seraient confrontés à une sérieuse pénurie.
Ainsi, l’eau constitue actuellement une grave crise humanitaire mondiale, qui n’est pas suffisamment répercutée car étant manifestement éclipsée par celle de l’économie, la finance, la dette publique, entre autres. Et le risque de pénurie est d’autant plus élevé que la ressource est extrêmement mal gérée, le secteur agricole absorbant plus de 70% d’eau douce alors que la consommation domestique – rien que 10%. En guise d’exemple, mise à part l’irrigation à grande échelle, la production d’un litre de lait requiert environ 2000 litres d’eau ; 1 kg de blé, 1000 litres et 1 kg de viande de bœuf, 20,000 litres. Or, du fait de l’augmentation de la population globale qui devrait atteindre environ 10 milliards en 2050, de l’urbanisation rapide et la hausse de la qualité de vie d’une section de la population mondiale, la demande en produits alimentaires accuse déjà une croissance considérable, une tendance qui devrait se consolider dans les prochaines décennies. Et la situation concernant la consommation de l’eau risque alors de devenir complètement intenable.
Par conséquent, sans un changement drastique de cap et de mode de vie, la production de 50% de nourriture en plus dont le monde aurait besoin pourrait entraîner une hausse de prélèvements d’eau, pouvant atteindre jusqu’à 35% de la consommation actuelle, prédisent les experts. Selon toute probabilité, une telle augmentation entraînerait des catastrophes socio-économiques considérables, accentuant la rivalité autour de la ressource et favorisant l’émergence de nouvelles zones de conflits. Sur le plan individuel, l’eau représente un des principaux constituants du corps humain, à la hauteur d’environ 60%, volume qui doit être perpétuellement renouvelé et préservé au même niveau pour le maintien de l’homéostasie, c’est-à-dire, le réglage des constantes physiologiques, condition sine qua non pour le bon fonctionnement de l’organisme. Toutes les réactions métaboliques et biochimiques du corps se déroulent dans un milieu aqueux, à un certain pH – potentiel d’hydrogène, unité de mesure d’acidité et d’alcalinité – et à une température constante d’environ 37ºC, maintenue par le mécanisme de la transpiration et de la circulation sanguine.
En outre, étant justement le principal constituant du sang à la hauteur de plus de 90%, l’eau accomplit la fonction vitale de liaison entre tous les organes du corps tout en assurant le transit des substances dissoutes indispensables aux cellules. En permettant le renouvellement continuel de ces dernières, l’eau élimine à travers l’urine, la transpiration et les selles les toxines produites lors du métabolisme qui, autrement, empoisonneraient l’organisme, à l’instar des déchets azotés produits lors de la dégradation des protéines dans le foie et filtrés par les reins. C’est pourquoi, les deux litres d’eau perdue par le corps humain chaque jour doivent impérativement être compensés, au cas contraire, les premiers signes de déshydratation apparaissent en moins de 24 heures. Si l’organisme peut survivre des dizaines de jours sans s’alimenter en puisant dans ses réserves ; sans boire, cependant, pas plus de trois jours !
Ainsi, notre sécurité biologique de même que la sécurité alimentaire future dépendraient, dans une grande mesure, de notre consommation et la protection accordée à nos ressources en eau qui est, malheureusement, très inégalement répartie sur la planète et sur laquelle la tension irait, sans doute, croissante, avec la pression démographique qui s’accentue d’année en année.
