Changement climatique – un combat perdu d’avance ?

Dr DIPLAL MAROAM

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À tous ceux et toutes celles qui expriment encore des réserves sur l’influence des lobbys pétroliers sur les conférences des Nations Unies sur le climat (Conference of Parties), la COP28 à Dubaï est, selon toute évidence, venue apporter une réponse cinglante, ne laissant aucun doute à l’ambiguïté. En effet, les deux chapeaux portés par le grand patron de ce sommet, Sultan Ahmed al-Jaber, ministre de l’Industrie et de la technologie avancée des Émirats arabes unis (EAU), une monarchie pétrolière, sont plus qu’éloquents : c’est lui qui dirige les négociations et oriente les discussions sur la lutte contre les changements climatiques et c’est toujours lui qui est le président de la principale compagnie pétrolière nationale des EAU, ADNOC. Le mois dernier, il avait même balancé un pavé dans la mare en déclarant dans un échange informel en ligne « qu’aucune étude scientifique, aucun scénario ne dit que la sortie des énergies fossiles permettra d’atteindre 1,5».  C’est effectivement ce genre de « lobbys » qui constitue un obstacle majeur à la résolution du problème de réchauffement climatique, lobbys que dénoncent vigoureusement les militants de l’environnement et mouvements écologiques, à l’instar de Fridays For Future de la jeune Suédoise, Greta Thunberg.

Ainsi, s’il y a une chose que les sommets des Nations Unies sur le climat ont permis de mieux cerner au fil des ans, c’est que la crise climatique dépasse de loin les seules questions environnementales et déborde significativement sur le terrain économique mais aussi politique. Alors que les pays riches souhaitent, à tout prix, maintenir leur position dominante à travers le développement et la croissance économiques pour pouvoir mieux orienter et dicter le cours de la politique mondiale, la réduction drastique de l’énergie fossile pourrait constituer un frein considérable à cette tendance hégémonique. Ce sont effectivement les intérêts divergents entre pays du Nord et ceux du Sud qui font que les COPs n’avancent pas. L’année 2023 comme étant la plus chaude de toute l’histoire de l’humanité en témoigne. D’ailleurs, lors de la COP 27 à Sharm El-Sheik l’an dernier, en dépit d’un appel soutenu à « l’abandon progressif de tous les combustibles fossiles », des contrats lucratifs d’approvisionnement en gaz naturel avaient été signés sous prétexte qu’il s’agit là d’une source « d’énergie de transition ». Or, l’on ne peut que s’interroger sur la pertinence de la présence dans l’antichambre des sommets sur la dialectique climatique des lobbyistes et autres groupes de pression de l’industrie des énergies fossiles. Ce qui, dans une certaine mesure, démontre pourquoi l’action climatique globale n’a jamais été à la hauteur du défi à relever.

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Obligation morale

D’autre part, si les pays riches se sont développés de manière fulgurante pendant plus d’un siècle en exploitant à outrance des combustibles polluants et se montrent aujourd’hui réticents à abandonner leurs mauvaises habitudes, ce sont les pays pauvres qui en subissent les conséquences les plus désastreuses. Les 54 pays africains, pourtant, émettent à peine 5% des gaz à effet de serre ; les petits États insulaires, moins de 1% du total ; pour les Tuvalu, d’ailleurs, archipel du Pacifique sud, menacé par la montée des eaux, les émissions étant si minimes qu’elles n’apparaissent même pas dans les statistiques globales. Mais le problème de changement climatique a ceci de particulier qu’aucun État, aussi puissant soit-il, ne peut échapper à ses conséquences sur différents plans. Car même un pays à émission zéro n’en serait pas moins touché par le phénomène, nourri par les activités polluantes d’autres pays.

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Cependant, il convient de souligner que les COPs ont permis tout de même aux peuples de toute la planète, du Nord au Sud comme de l’Est à l’Ouest, de prendre conscience du danger auquel est exposée toute l’humanité indistinctement. Les 195 pays qui ont paraphé l’accord de Paris en 2015 sont désormais tenus à transmettre à l’ONU dans un registre public le niveau de leurs émissions des gaz à effet de serre et du progrès accompli, ce qui leur impose une obligation morale quoique légalement non contraignante. Et il va sans dire qu’aucun État ne souhaiterait porter le bonnet d’âne. D’autre part, pour les pays les plus vulnérables, dont le nôtre, la COP représente le seul forum où leur voix résonne au niveau planétaire. Ce qui a favorisé la tendance de leur part à agir de concert lors des négociations pour une meilleure prise en compte de leurs revendications.

Contributions

D’ailleurs, à l’ouverture même de la COP28 le 30 novembre dernier, les pays riches ont tenu à concrétiser leur engagement pris en 2021 à Glasgow en créant un fonds de compensation des « pertes et dommages » pour les catastrophes climatiques subies par les pays vulnérables. Et dans le sillage de l’annonce d’une contribution de 100 millions de dollars par les EAU, des pays de l’UE, notamment la France, l’Allemagne, l’Italie ont également promptement réagi en annonçant une enveloppe similaire chacune même si la somme de 100 milliards de dollars réclamée par les pays en développement, historiquement moins responsables du réchauffement, est loin d’être atteinte. Soulignons, à propos, que les États-Unis, le plus grand pollueur de la planète, ont annoncé une contribution de 17,5 millions de dollars seulement.

C’est pourquoi, dépendant des conditions qui seront exigées pour avoir accès à ce fonds, la présence des chefs d’État et de gouvernement des pays concernés est jugée indispensable afin d’apporter plus de poids à la présentation et la soutenance de leurs dossiers. C’est, dans cet esprit, que le président des Seychelles, Wavel Ramkhelawan, par exemple, était monté à la tribune avec beaucoup de conviction et de détermination pour tenter de démontrer dans quelle mesure son pays, l’archipel des dallons, qui dépend majoritairement du tourisme et de la pêche, a été affecté par le phénomène du réchauffement climatique.

En ce qui concerne Maurice, le PM a tout bonnement brillé par son absence à Dubaï. À une question des journalistes lors de l’inauguration de la route La Vigie – La Brasserie le 4 décembre 2023, il devait toutefois faire des commentaires très pertinents sur le sommet, particulièrement sur le fonds « pertes et dommages » qu’il juge « insuffisant » et que « malheureusement trop de temps a été perdu ». Notre pays est d’ailleurs classé au 51e rang des pays les plus exposés aux risques naturels et ambitionne d’atteindre 60% d’énergie verte dans son mix énergétique d’ici 2030 – un engagement qui, selon toute évidence, nécessiterait des investissements colossaux, estimés à des milliards de roupies. Or, pour mener à bien ce projet, l’implication directe et personnelle du chef du gouvernement est primordiale et il est temps qu’il en prenne bonne note.

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