Connecté.e.s au réseau naturel

RACHNA BHOONAH

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Chercheuse en analyse

de cycle de vie et qualité de l’air

Oiseau emblématique de notre pays, de la famille du pigeon, dodu et docile, dont le nom voyage à travers le monde, qu’on retrouve même dans certains musées européens, mais qui s’est pourtant éteint il y a plusieurs centaines d’années… a-t-il un lien avec le climat ? Ce n’est pas forcément le réchauffement climatique qui a causé sa disparition, mais ce sont bien les actions humaines qui l’ont mis en danger. Ce n’est qu’un exemple des multiples extinctions causées par notre espèce, à travers notre domination sur l’environnement qui nous entoure. Le changement climatique, certes sujet de haute importance, n’est malheureusement pas le seul dommage environnemental causé (ou accéléré) par les humains.

Toutes nos actions ont des conséquences, parfois néfastes, sur l’environnement naturel : nos ressources (surtout non-renouvelables), la biodiversité et notre santé. Ces trois sphères sont liées, et quand l’humain agit sur l’environnement, tout un réseau est affecté. Prenons notre île comme exemple : il ne reste plus que 2 % de la forêt primaire. Nous avons détruit 98% de cette vaste étendue luxuriante pour nos plantations de canne à sucre et pour bâtir des infrastructures comme des rues, des maisons ou des usines, et non sans conséquence sur les espèces qui y habitaient. Aujourd’hui, d’après le National Parks and Conservation Service (NPCS), des 900 espèces de plantes présentes sur notre île, 311 sont endémiques – et donc impossible de les trouver ailleurs. Plus d’un tiers des espèces endémiques sont en danger, et, parmi elles, une moitié est en danger d’extinction. Une espèce en danger d’extinction signifie qu’il reste moins de 10 spécimens dans la nature. En ce qui concerne les animaux, on connaît très bien la disparition du dodo, mais il y a six autres espèces qui ont subi un destin semblable.

La géologie de Maurice, formée par des éruptions volcaniques, est vieille de 10 millions d’années. Sa formation s’étale sur plus de 9 millions d’années, avec des explosions de volcans, la naissance des sommets comme le Morne Brabant ou Corps de Garde, et la solidification des laves. La dernière éruption volcanique date d’il y a 25000 ans. Depuis, une belle flore s’est épanouie dans un environnement paradisiaque et une riche faune s’y est installée. La nature a agi pendant très longtemps. Il nous aura fallu plus ou moins 300 ans pour presque tout détruire.

Mais d’où vient exactement le problème ? Le facteur le plus évident, c’est la déforestation. Les grands espaces verts ont été rasés afin d’artificialiser nos sols. Un autre contributeur, c’est la combustion d’énergie fossile, non-renouvelables, pour produire de l’électricité ou pour alimenter des véhicules. Les fumées qui sont produites contiennent des substances nocives à la santé des humains mais aussi d’autres animaux et des plantes.

En remontant plus loin dans la chaîne, ces combustibles fossiles ont dû être extraits, par des travailleurs principalement dans des pays du Nord de l’Europe, le Nord des États-Unis ou les Émirats Arabes Unis. Il en est de même pour d’autres minerais de métaux, y compris l’uranium, dans diverses régions du monde. L’extraction de ces matières impose une exposition élevée des travailleurs à des substances toxiques ou radioactives. L’extraction des minéraux induit aussi la pollution des sols et des eaux, tout comme l’utilisation non réglementée de pesticides et de fertilisants, ou encore des produits chimiques dans des industries (la teinture dans l’industrie textile, par exemple).

La nature est un tissage parfait. Tout est lié, communique et s’entraide. Par exemple, une simple journée au marché représente tout un réseau. Chaque tomate, laitue, banane ou carotte a besoin d’eau. Les plantes demandent aussi une pollinisation pour se reproduire. Comme on l’a vu dans nos cours de science à l’école primaire, certaines plantes portent des fruits (y compris la tomate, les courgettes, l’aubergine, le poivron…) qui contiennent des graines, qui vont par la suite germer pour devenir des plantes. On a besoin de ces fruits, et donc des pollinisateurs (abeilles et autres insectes), pour continuer à s’alimenter. Les petits vers de terre aèrent le sol pour que les racines puissent s’épanouir, alors que les petits escargots, qui ne pointent leurs antennes que dans l’absence de pollution, vont se nourrir de feuilles ou de bois morts. Nos sols sont de moins en moins riches et demandent de plus en plus de fertilisants et pesticides. Les pollinisateurs et autres organismes souffrent gravement de l’intoxication à ces substances. De plus, quand il pleut, ces produits chimiques sont lavés des plantes et du sol, se retrouvant ainsi dans des cours d’eau et terminent leur course dans la mer. Je vous laisse imaginer leurs impacts sur les organismes aquatiques, qu’on catégorise comme « écotoxicité aquatique ».

L’utilisation massive de plastique dans le monde a mené à un niveau de pollution alarmant. Nous avons tous vu des images déchirantes d’îlots en plastique en mer ou d’animaux marins pris dans des emballages. Le microplastique, dans sa forme presque invisible, est aussi devenu un problème omniprésent : on assimilerait une quantité équivalente à une carte de crédit chaque semaine. Miam. Des chercheurs ont trouvé des traces de plastique dans le sang, le lait maternel ou même la selle humaine. D’après une étude Nature de l’université de Newcastle en Australie, la principale source serait l’eau potable (en bouteille ou du robinet). Ces petites particules de plastique sont soit produites intentionnellement par des fabricants, de paillettes par exemple, ou formées par la dégradation de plus gros bouts de plastique.

Que faire, quand on a l’impression que tout autour de nous est synonyme de pollution et de destruction ? La réponse, pas si simple à mettre en place, mais pourtant simple et belle à dire : apprendre à cohabiter avec les autres espèces. Les villes/villages de demain ne seront plus des lieux urbanisés pour l’humain, mais intégreront de la végétation prompte à accueillir une belle biodiversité. Les toits, les façades et trottoirs seront végétalisés. Des arbres borderont nos rues et nous aurons de grands parcs naturels, où plusieurs espèces trouveront un habitat, intégrés à nos villes. Nous encouragerons chacun à avoir un raisonnement « réseau », où on questionnera chaque élément d’un nouveau produit/projet pour en étudier la manière dont il impacte, directement ou indirectement, l’environnement. Des chercheuses et chercheurs dans le monde étudient cette question pour fournir des outils fiables et simples à mettre en place, notamment des méthodes de calcul d’impact sur l’environnement avec l’analyse de cycle de vie (ACV). L’ACV, basée notamment sur des données d’étude épidémiologique pour prédire les impacts sur le vivant, permet d’avoir une approche précautionneuse, aidant à éviter des impacts en phase amont de la fabrication.

À l’échelle individuelle, nous apprendrons à acheter plus local, à encourager une agriculture biologique et raisonnée. Nous sourirons aux insectes de notre jardin, au lieu de les chasser à coup de pesticides, et créerons un environnement sain pour eux, en laissant tomber notre tondeuse à gazon. Nous opterons pour des contenants en verre réutilisable, pour des sacs en tissu ou des paniers en vacoa, laissant de côté le plastique. Nous chercherons des paillettes biodégradables pour se maquiller. Nous nous déplacerons en transports doux (à vélo ou à pied) ou en transports en commun, et plus rarement en véhicules individuels motorisés. Nous utiliserons l’énergie naturelle du soleil et du vent pour nos activités quotidiennes. Nous éduquerons nos enfants à respecter leur entourage : animaux humains et non-humains, insectes, plantes et leurs habitats. Le monde de demain n’appartient pas qu’aux humains, mais aussi à tout organisme vivant.

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