Consolidation des liens entre les Seychelles et Maurice

Deux événements ayant à divers degrés une portée géopolitique importante dans la région de l’océan Indien ont marqué la semaine écoulée. Il y a eu en premier lieu la visite fraternelle effectuée par le président de la République des Seychelles, Wavel Ramkalawan, et en deuxième lieu l’adhésion de l’Union européenne comme partenaire de dialogue au sein de l’Indian Ocean Rim Association (IORA), dont le siège se trouve à Ébène.

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Le président des Seychelles a encore une fois touché le cœur des Mauriciens, tant par sa sagesse, son franc-parler et sa conviction dans l’importance des relations entre nos deux pays. On se souvient qu’après son élection à la présidence des Seychelles, il avait effectué sa première visite officielle à l’étranger à Maurice. Cette fois, il s’est avéré être une des personnes les mieux qualifiées pour être l’invité d’honneur du gouvernement à l’occasion de la fête de l’abolition de l’esclavage. Il compte de nombreux amis à Maurice, tant dans le gouvernement que dans l’opposition. Aucune rencontre avec ceux de l’opposition n’a toutefois été organisée lors de sa visite.

Ce n’est pas un hasard si son discours prononcé au Morne à l’occasion de la cérémonie commémorant le 189e anniversaire de l’abolition de l’esclavage a été chaudement applaudi par l’assistance. Non seulement en raison de son soutien indéfectible à Maurice concernant le dossier des Chagos. Il a répété avec force que la position des Seychelles est claire. « Nous soutenons entièrement et sans réserve Maurice dans sa lutte pour que les Chagos retournent à la souveraineté mauricienne. Notre soutien est fondé sur le principe de la justice, de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et du respect du droit international. Maurice a tous les droits sur les Chagos. Nous nous souvenons de Maurice dans le parcours en vue d’obtenir la souveraineté sur les Chagos. Zot simin, nou simin ! ».

Les Mauriciens ont aussi découvert avec une pointe d’émotion qu’il a des relations familiales intimes avec Maurice. Son arrière-arrière-grand-père originaire de Bihar figurait en effet parmi les premiers travailleurs engagés arrivés à bord du bateau les ayant transportés depuis Calcutta. Par la suite, sa grand-mère s’est installée à Praslin, aux Seychelles. Son message a par conséquent une résonance forte dans le coeur des Mauriciens, surtout lorsqu’il rappelle que Mauriciens et Seychellois ont vécu ensemble les souffrances de l’esclavage parce que faisant à l’époque partie de la même colonie. Il rappelle aussi comment l’esclavage a façonné l’identité de nos deux peuples. « Cependant, au milieu de l’horreur qu’est l’esclavage, l’esprit de résistance et de résilience est apparu comme une flamme ardente pour détruire l’injustice et l’oppression », a-t-il dit.

Ce message coïncide avec l’approche adoptée par les Mauriciens, tous partis politiques confondus. Sur un plan géopolitique, il faut reconnaître que les Seychelles jouent un rôle de leader dans le groupe des pays insulaires en développement, et dont la vulnérabilité est mise en exergue par les effets du changement climatique.

Par ailleurs, on ne peut passer sous silence l’entrée de l’Union européenne comme partenaire de dialogue au sein de l’IORA. Mieux vaut tard que jamais. Lors du lancement de la stratégie européenne pour l’indopacifique sous la présidence française il y a deux ans, très peu d’importance avait été accordée aussi bien à l’IORA qu’à la Commission de l’océan Indien. Or, l’IORA regroupe quelque 23 pays de la région et compte désormais 12 partenaires de dialogue. Elle se présente comme incontournable dans toutes les stratégies régionales dans le cadre de l’Indo-pacifique. L’océan Indien, où transite une très large partie du commerce mondial, s’impose aujourd’hui comme une des régions les plus convoitées, aussi bien par les grandes puissances que par les puissances régionales. Maurice a une carte à jouer. Saura-t-elle le faire ?

 

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