La récente hausse du prix de la bonbonne de gaz ménager de Rs 190 à Rs 250 suscite de vives inquiétudes de la part des associations de consommateurs. La Consumer’s Union (CU) et l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM) redoutent en effet une flambée des prix des produits de consommation.
Le président de la CU, Deepak Benydin, met ainsi en garde contre les dérives possibles. Il craint que certains commerçants ne profitent de cette situation pour gonfler leurs marges de manière abusive. Face à cette menace, il plaide pour un renforcement des subventions afin de protéger les consommateurs les plus vulnérables.
Selon lui, la pression sur le coût de la vie ne cesse de s’intensifier sur le marché local. Produits laitiers, biscuits, jus et boissons gazeuses… : plusieurs denrées de base enregistrent déjà des hausses successives. Une inflation persistante qui, souligne-t-il, pèse lourdement sur les ménages à revenus modestes, malgré les mesures d’accompagnement mises en place.
Il attribue cette situation à un contexte international tendu et à un système économique mondial qu’il qualifie de déséquilibré. « Nous sommes dans une véritable loi de la jungle, où les plus puissants imposent leurs règles », déplore-t-il, pointant du doigt les politiques ultralibérales et les dérives du libre marché.
Deepak Benydin évoque également les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, qui perturbent l’approvisionnement en carburants et en gaz. Des stratégies des grandes puissances visant les pays producteurs de pétrole aux conflits régionaux, tous ces facteurs contribuent à la volatilité extrême des prix. Le détroit d’Ormuz, axe stratégique du commerce mondial, reste particulièrement sous surveillance : toute perturbation pourrait faire exploser les coûts du fret maritime.
Il appelle par ailleurs à la vigilance concernant les stocks disponibles et les pratiques commerciales, s’interrogeant sur d’éventuels profits excessifs (Windfall Gains) réalisés par certains opérateurs. Il affirme qu’en période de crise, notamment durant la pandémie de Covid-19, l’État avait su intervenir pour stabiliser les prix et garantir l’approvisionnement.
L’ACIM abonde dans le même sens. Elle souligne que la hausse du prix du gaz fait suite aux attaques contre des infrastructures de production au Qatar. Une situation qui risque d’avoir des répercussions directes sur les ménages les plus vulnérables.
Jayen Chellum, porte-parole de l’ACIM, redoute également des hausses disproportionnées dans la restauration de rue (Street Food), notamment chez les marchands de fritures et de dholl puri. Elle met en garde contre des effets boule de neige, alimentés par la hausse des coûts du fret et des assurances dans les mois à venir.
L’association appelle ainsi le gouvernement à instaurer un encadrement des marges (Mark-Up) sur certains produits et à surveiller de près les pratiques commerciales. « Sans contrôle strict, les augmentations risquent de devenir déraisonnables », prévient-elle. Elle invite aussi les consommateurs à rester vigilants : comparer les prix et éviter les achats impulsifs deviennent essentiels dans ce contexte inflationniste.
Le MLC invite le GM à explorer d’autres sources d’approvisionnement
Le président du Mauritius Labour Congress, Haniff Peerun, estime que cette situation était prévisible. Selon lui, la guerre a profondément bouleversé les équilibres économiques mondiaux.« Il fallait anticiper et adapter notre mode de vie. La hausse du diesel, du gaz et d’autres produits était inévitable », déclare-t-il. Il est d’avis que si la majoration de Rs 190 à Rs 250 de la bonbonne de gaz de 12 litres peut sembler supportable pour certains, mais ajoute qu’il reste lourd de conséquences pour de nombreux foyers.
Haniff Peerun déplore également que certains commerçants aient profité de leurs stocks pour réaliser des profits importants après l’annonce de la hausse dans la soirée de vendredi. Il met l’accent sur la nécessité pour Maurice de renforcer ses capacités de stockage afin de mieux faire face à d’éventuelles pénuries.
S’il salue la mise en place d’un comité interministériel pour évaluer les retombées de la guerre, il appelle à une approche plus stratégique. « Il ne faut pas réagir uniquement par des augmentations. Il est impératif d’explorer d’autres sources d’approvisionnement et de privilégier les négociations d’État à État », devait-il conclure.

