TEXTE : AMARNATH HOSANY
ILLUSTRATIONS : KRISHAV SWARIT SANAYASI

C’est un ilot qui flotte sur l’océan. Une petite communauté comprenant des oiseaux, des insectes et des animaux y habite en permanence. D’autres sont de passage comme les pailles-en-queue qui font une pause durant leur long voyage. 
Sur le sable blanc qui entoure ce lieu, des crabes et des tortues de mer jouent à cache-cache. Au milieu de cette nature luxuriante qui couvre ce petit bout de terre, se dressent une rangée de sapins et des flamboyants. Les nombreux moineaux y trouvent refuge. Perchés sur les branches, ils admirent le beau paysage en chantonnant.
– Cui cuit tirit, Noël approche les amis !
– Ouiii, les flamboyants sont en fleur, il faut se préparer !
– Triit, on doit commencer les répétitions pour les chants !
– Triiiiit, Jingle Bell…Jingle bell.
– Croink Croink!
Cette voix rauque et étrange perturbe la bonne humeur des petits moineaux.
– Cuiii, c’est quoi ?
– Triiit, c’est qui ?
En peu de temps, les sapins se vident de leurs occupants.
Le soir tous les habitants de l’ilot se réunissent et les moineaux parlent de la présence d’un inconnu avec une étrange voix.
– C’est peut-être un mauvais plaisantin qui a voulu vous faire peur ! conclut Turbo la tortue. 
– Oublions tout ça et concentrons-nous sur les préparatifs pour Noël, les amis, ajoute le pigeon des mares.
– Tu as raison, reprenons les répétitions ! propose Turbo.
Tout le monde reprend en chœur.
– Petit papa Noël, quand tu descendras du ciel…
– Croink Croink Croink !
Les chanteurs se figent ! Les regards partent dans toutes les directions. On cherche partout. Dans les arbres, sur les branches, sous les feuilles et finalement sous les arbres. Rien !
Les habitants se résignent à aller se coucher. Or personne n’a sommeil. Qui est ce perturbateur ?
Le lendemain matin, les rayons du soleil réchauffent le cœur des habitants. La joie revient et les voilà qui profitent d’un bain matinal dans le lac sacré. On dit que son eau est bénéfique et lave les impuretés. Les canards, les oies et les oiseaux pataugent dans le lac. Des grenouilles et des lézards prennent un bain de soleil sur les feuilles de lotus. Juste au-dessus, quelques libellules survolent la surface de l’eau.
– Écoutez les amis, après la baignade, on décore le sapin !
L’ambiance s’amplifie mais personne ne remarque la présence d’une paire d’yeux qui les observe, caché sous une feuille de bananier.
Un peu plus tard, c’est un attroupement autour du sapin choisi. Petit à petit, l’arbre de Noël commence à prendre forme. Des lianes, des fleurs et des fruits remplacent les guirlandes et autres objets décoratifs.
Un petit moineau échoue d’accrocher une étoile au sommet du sapin. Celui-ci est sur le point de terminer sa tâche quand il se trouve bec à bec avec un étrange volatile. Il est complètement noir et il fixe le petit moineau de ses yeux blancs. Pris de peur, celui-ci fait une chute du haut de l’arbre. Dans la panique, il oublie de battre les ailes.
Heureusement un jeune paille-en-queue vole à son secours. Sa chute est amortie par les grandes ailes de l’oiseau blanc. Tout le monde pousse un soupir de soulagement.
Entretemps, les autres oiseaux ont encerclé l’intrus.
– C’est un corbeau !
– Un oiseau de malheur, il faut le chasser d’ici.
– Attendez ! Je ne suis pas un corbeau ni un oiseau de malheur ! dit l’étrange oiseau.
– Qui es-tu donc et que fais-tu ici ? lance le pigeon des mares.
– Écoutez-moi !
Aussitôt l’étrange oiseau noir se met à parler.
– Je suis originaire de l’Amazonie et je me trouvais sur un grand navire. L’équipage faisait la fête, le navire a heurté les récifs et a fait naufrage.
– Que faisais-tu sur ce navire ? demanda Turbo.
– On a été capturé par des trafiquants d’Aras et il nous transporte pour la vente.
– Mais un Ara est un oiseau au beau plumage alors que toi, tu es noir comme un corbeau ! s’exclame un crabe.
– Je suis tombé dans une nappe d’huile qui fuitait du navire et voilà le résultat.
L’oiseau semble faible, il a du mal à parler et à bouger.
– Vite, il faut se débarrasser de cette huile qui le couvre ! dit une grenouille.
– Emmenons-le au lac ! propose Turbo.
– Comment ? s’interroge les autres.
– Posez-le sur ma carapace, je fais le nécessaire. Ajoute la tortue.
Aussitôt dit aussitôt fait. Le bord du lac est envahi par toute la communauté de l’île. Dans un premier temps, on frotte tout le corps de l’Ara avec de l’herbe. Une fois qu’il arrive à bouger, une équipe de martins le soulève et le plonge graduellement dans l’eau. On s’assure de ne pas le lâcher complètement. 
L’eau du lac fait son effet. La masse d’huile se détache du plumage de l’Ara. Tout à coup, celui-ci se met à se débattre et se libère des martins. Puis il plonge dans l’eau.
Les autres se penchent en avant et attendent impatiemment. Rien !
L’attente se fait longue, l’inquiétude est palpable. Soudain, une silhouette colorée jaillit de l’eau. L’Ara est tout fier de montrer ses vraies couleurs. Il ne peut s’empêcher d’exprimer sa joie.
– Croink Croink Croink.
Un grand éclat de rire envahit le lac sacré.
On est le 24 décembre, tout le monde est réuni autour du sapin. L’Ara trône au sommet, quelques moineaux sont perchés un peu plus bas. Un majestueux paille-en-queue plane autour. Les autres animaux sont installés au pied de l’arbre de Noël. Turbo en chef d’orchestre fait un signe de la patte. La communauté reprend en chœur.
– Jingle bell, jingle bell…. Petit papa de Noël quand…Croink Croink !
La magie de Noël s’opère, l’Ara est adopté même s’il chante faux.
