Aissa Baccus, une grand’mère de… 76 ans, qui fera prochainement face à un procès pour trafic d’héroïne aux Assises, n’a pas obtenu la liberté conditionnelle. Ainsi en a décidé le juge Mehdi Manrakhan dans un jugement rendu hier.
Cette affaire remonte au 11 avril 2019. Un dénommé Alhaji Kamara, un ressortissant du Sierra-Leone de 37 ans, avait atterri au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, venant de Dubaï. Il avait été intercepté par les douaniers et des limiers de l’ADSU après un contrôle.
Par la suite, le passeur avait purgé 50 pastilles qu’il avait ingurgitées. Ces pastilles contenaient de l’héroïne, d’un poids total de 875,18 g et d’une valeur marchande d’environ Rs 13 millions. Il attend actuellement l’instruction de son procès en Cour d’assises pour le délit d’importation et trafic d’héroïne.
Le jour même de son arrivée sur le sol mauricien, Aissa Baccus se trouvait à l’extérieur du hall d’arrivée à l’aéroport et prenait des photos de tous les passagers d’apparence africaine avec son portable. Elle avait été conduite dans les locaux de l’ADSU où les limiers devaient constater que la photo d’Alhaji Kamara figurait dans un message WhatsApp sur le portable en question.
Le lendemain, avec Alhaji Kamara ayant déjà purgé une partie des pastilles, elle était retournée à l’aéroport avec son avocat suite à une convocation de l’ADSU, et placée en état d’arrestation. Elle a été maintenue en détention préventive depuis cette date.
En présence de son avocat, Aissa Baccus avait avoué aux policiers qu’elle travaillait comme cuisinière chez un étranger à Flic-en-Flac. Elle avait l’habitude d’accompagner cet étranger à l’aéroport. Quand les passagers convoyant de la drogue avaient pu passer entre les filets de la police et de la douane, le duo se rendait à l’hôtel, récupérait la drogue et la livrait aux trafiquants locaux. L’argent qu’il recevait était ensuite transféré aux trafiquants de drogue nigérians. L’identité de cet étranger a été communiquée à la police mais il avait pu fuir Maurice depuis le 12 avril 2019 pour rejoindre l’île de La-Réunion.
Une charge de trafic d’héroïne a été logée contre elle, et son procès fixé en Cour d’assises pour le 9 septembre 2024. Aissa Baccus s’était rétractée sur sa version des faits, expliquant qu’elle était passée aux aveux sous les menaces des policiers. Sur le fait que son avocat était toujours présent lorsqu’elle faisait ses aveux à la police, elle a accusé ce dernier de lui avoir conseillé de tout avouer pour que son calvaire puisse prendre fin rapidement. Elle affirme maintenant qu’elle ignorait qu’une photo d’Alhaji Kamara avait été trouvée dans un message WhatsApp sur son portable.
Elle s’était ensuite tournée vers la Cour suprême pour obtenir une libération conditionnelle. Le bureau du DPP avait objecté, vu qu’il existe un risque réel d’Absconding. Compte tenu du fait qu’Aissa Baccus fait face à une accusation très grave, et qu’elle peut s’attendre à une lourde peine de prison, et qu’il y a des preuves solides contre elle, sous la forme de ses aveux faits en présence d’un avocat, le juge Manrakhan est parvenu à la conclusion qu’il existe un risque réel que l’accusée ne réponde pas à son procès si elle est remise en liberté sous caution.
Le juge a aussi refusé que la prévenue se serve de sa vieillesse pour être libérée sous caution, vu qu’elle agissait en toute connaissance de cause et vu la gravité du délit qu’on lui reproche. Sa demande d’être remise en liberté sous caution a donc été rejetée.

