DR DIPLAL MAROAM
Tout comme 2020, cette année 2021 qui s’achève a également été marquée par les effets désastreux et morbides de la crise sanitaire sur la vie quotidienne des gens et sur le système socio-économique, ébranlé mais sauvé par l’intervention massive de l’État dans presque tous les pays du monde. Qu’en sera-t-il l’an prochain ?
Certes, par rapport à l’an dernier, cette année a connu l’avènement des vaccins et de la vaccination à grande échelle mais l’émergence des variants plus transmissibles comme le Delta et, tout récemment, l’Omicron, a tenu la communauté internationale en haleine et maintenu l’économie mondiale dans une situation de profonde incertitude. Cependant, force est de constater que si la campagne de vaccination n’est pas uniformisée sur le plan global l’an prochain – en moyenne, à fin novembre 2021, 147 doses ont été administrées à 100 habitants dans les pays riches contre seulement 8 doses dans les pays pauvres, selon l’OMS –, le risque d’apparition de nouvelles souches potentiellement plus contagieuses et virulentes, n’est pas à écarter.
L’épidémie, qui connaît une résurgence inquiétante en cette fin d’année dans de nombreux pays du Nord comme du Sud, s’ajoute aux conditions socio-économiques précaires existantes provoquées, dans une grande mesure, par des conflits armés et des guerres de pouvoir qui n’ont point connu de répit en 2021, comme tel est le cas, entre autres, au Soudan, Yémen, en Éthiopie et Irak – une situation abominable qui freine considérablement tout programme d’aide destiné à la réduction de la pauvreté dans le monde. À ce jour, plus de 500 millions de personnes vivent dans des pays touchés par des conflits et, sauf changement majeur de la part des parties concernées, aucune lueur d’espoir n’est prévue à l’horizon de 2022.
Par ailleurs, il n’est un secret pour personne que, sur le plan global, la courbe du pouvoir d’achat et de la consommation l’an prochain prolongera indéniablement sa descente infernale. Car avant même l’apparition de la Covid-19, le signal d’alarme sur la situation économique était déjà tiré. En effet, entre 2017 et 2019, la croissance mondiale subissait un ralentissement d’environ 50%. Puis, pour ajouter l’insulte à l’injure, est venu le nouveau coronavirus qui a fini par parasiter l’économie. Entre effondrement quasi-généralisé de la demande des biens et services, licenciements des travailleurs quand ceux-ci ne sont pas poussés vers la précarité, perte de recettes des entreprises, le choc a été vif et impitoyable.
En outre, selon toute probabilité, la chute de la production agricole qui se ressent déjà par une hausse vertigineuse des prix à la consommation, maintiendrait sa tendance l’an prochain, d’autant que les plans de sauvetage et de protection sociale des États ne sont pas sans limites. Avant même que n’apparaisse la pandémie, des centaines de millions de personnes souffraient déjà de la faim et la malnutrition et la Covid-19 est venue enfoncer le clou, mettant en exergue l’urgence d’un changement radical de la politique de production et de distribution.
Ces jours-ci, les mesures visant à contrôler ou atténuer l’épidémie affectent considérablement les chaînes d’approvisionnement alimentaires car les restrictions et verrouillage des frontières ralentissent les récoltes, laissant sur le carreau des millions de travailleurs saisonniers, sans moyens de subsistance, tout en réduisant la capacité de transport des denrées alimentaires vers les marchés. Et en raison de la baisse de la demande et du manque de moyens adéquats de stockage dans certains pays producteurs, des agriculteurs sont contraints d’abandonner leurs produits dans les champs. Pour l’instant, à la faveur de bonnes récoltes de 2019, les marchés mondiaux des céréales de base tiennent le coup. Mais qu’en sera-t-il dans les mois à venir ?
Finalement, l’inaccessibilité des produits de consommation de première nécessité à des populations financièrement exsangues mais de plus en plus nombreuses risque de susciter des situations totalement inextricables dans le domaine de l’approvisionnement. L’attente de l’apaisement de la pandémie, comme c’est le cas actuellement dans de nombreux pays, pour tout recommencer comme avant relève de l’insouciance et l’irresponsabilité pure et simple. Les leçons du SARS-CoV-2 doivent impérativement être tirées car il est temps de changer de cap. Seules des actions courageuses et concrètes, impliquant la solidarité internationale, seraient à même de renverser la vapeur en 2022.

