DANS LE CADRE DE LA COP 27  PESTICIDES : entre exigence  financière et urgence sanitaire

Dr DIPLAL MAROAM

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À Maurice, comme partout ailleurs, l’exigence des profits, condition essentielle à la survie du système du capital, est en train d’hypothéquer, de manière sournoise, l’existence même de l’homme et un des domaines les plus concernés est, bien évidemment, le secteur agricole. Pendant des millénaires, l’agriculture était pratiquée sans l’apport d’intrants chimiques, ce qui avait alors permis un épanouissement de la biodiversité et une meilleure espérance de vie par rapport à celle d’aujourd’hui. C’est effectivement l’avènement de l’agriculture industrielle, particulièrement intensive, avec l’exigence des rendements et la maximisation des profits, qui a suscité la mise à contribution, parfois même de manière abusive, des produits de synthèse avec toutes les conséquences que cela comporte pour l’environnement, le climat mais aussi et surtout pour la santé humaine. Et il va sans dire que la monoculture, pratique agricole malheureusement très répandue à Maurice, requiert une utilisation encore plus conséquente des produits phytosanitaires pour améliorer les récoltes.

Un rapport du National Audit Office sur l’utilisation des pesticides dans l’agriculture au ministère de l’Agro-industrie et de la Sécurité alimentaire couvrant la période de juillet 2018 à juin 2021 formule des critiques à peine voilées à l’égard du ministère et l’une d’elles met en exergue l’absence d’un plan portant sur la mise en œuvre de certains objectifs tels que le nombre de planteurs à former au programme de l’Integrated Pest Management (IPM), la mise en œuvre de bonnes pratiques agricoles et la réduction de l’utilisation des pesticides qui, à propos, est en constante hausse ces dernières années, passant de 2500 tonnes en 2016 à 2700 tonnes en 2020.

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Alors que les directives de la FAO, compilées dans un document intitulé Pest and Pesticide Management Policy Development publié en 2010 fournit des orientations de base pour l’élaboration des politiques visant à réduire les risques liés à l’abus des pesticides dans les champs et à promouvoir une production agricole durable, l’Audit note que le ministère de l’Agro-industrie n’avait même pas encore introduit une politique globale conforme aux guidelines de la FAO. En avril 2022, à l’exception de la méthode visant à déterminer le Maximum Residue Level (MRL) et des pesticides non recommandés utilisés par les planteurs, le rapport déplore que le ministère ne disposait même pas d’un programme fiable de collecte et de stockage de données, ni d’analyses et de communication de celles-ci en vue d’une prise de décisions rapides et efficaces. En moyenne, pour la période de 2019 à 2021, plus de 10% des échantillons des produits contenaient des résidus de pesticides non recommandés.

Cependant, même si parfois les analyses aléatoires des échantillons de fruits et légumes, de la terre, de l’eau et de l’air indiquent des résultats légalement acceptables, il demeure néanmoins compliqué d’estimer leur impact sanitaire dans la chaîne alimentaire. Car les effets à long terme de même que les risques liés à la combinaison de plusieurs molécules – pratique malheureusement très répandue à Maurice –, sont encore mal connus. Or, à cause de leur propriété cumulative, les produits toxiques pourraient avoir causé des dommages latents irréversibles dans l’organisme avant qu’ils ne soient enfin détectés. Cependant, la réticence des agriculteurs à changer leurs habitudes n’est certainement pas pour arranger les choses.  Si le projet du ministère de l’Environnement visant à vulgariser l’utilisation des biofertilisants chez les particuliers dans le but de réduire le volume des déchets organiques est louable en soi, un vaste programme de sensibilisation et d’assistance pratique au niveau national est indispensable afin de promouvoir la sécurité sanitaire en diminuant la dépendance sur les produits toxiques dans les champs.

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Aujourd’hui, il ne fait point de doute que notre pays insulaire, agricole et touristique avec un équilibre écologique si fragile, subit depuis des années voire des décennies, un stress environnemental considérable. Il y a urgence donc à revoir nos pratiques agricoles en misant davantage sur la méthode biologique et organique, écologiquement plus saine et sanitairement plus favorable. D’autre part, si les combustibles fossiles constituent le plus grand responsable de l’effet de serre, la part des produits phytosanitaires ne peut toutefois être négligée. En effet, en altérant les écosystèmes et accélérant la perte en biodiversité, les pesticides contribuent également à l’instabilité atmosphérique et au changement climatique. « Le monde est au bord d’un suicide collectif. L’humanité a un choix, coopérer ou périr ». Cette mise en garde dramatique d’Antonio Guterres prononcée lors de son discours d’ouverture au COP 27 à Sharm-El-Sheik le 7 novembre 2022 tonne comme un coup de semonce à l’égard des plus grands pollueurs de la planète. Mais, à la fin du jour, qui oserait même résister à la puissance incommensurable du capital ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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