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Pêcheurs, chauffeurs de taxi et commerçants, entre autres, entendent exprimer leur ras-le-bol

Le Sud-Est du pays, qui porte encore les séquelles de la marée noire provoquée par le naufrage du MV Wakashio, sera en première ligne du rendez-vous de la marche du 13 février à Port-Louis. Une vingtaine d’autobus quittent Mahébourg, ce samedi, en direction de Port-Louis. Ceux qui se mobilisent ne sont pas seulement des activistes politiques, mais aussi des citoyens affectés par la marée noire qui se disent « abandonnés par les autorités ». Ils veulent ainsi apporter leur pierre à l’édifice pour un vrai changement dans le pays, où les citoyens seront au centre de toute décision.
La Mahébourgeoise Virginie Parisot, très active dans la mobilisation citoyenne, suivant la marée noire suite au naufrage du MV Wakashio, fera le déplacement en tant que citoyenne. Elle s’en fait même un devoir, après les difficultés qui s’accumulent depuis des mois et les scandales qui éclatent au grand jour. « Je marche pour contribuer à mettre la pression sur le gouvernement. Il est temps que ceux au pouvoir laissent la place à une nouvelle force qui mènera le pays à bon port, car ils n’arrivent plus à gérer le pays. »
Toutefois, précise la citoyenne, il ne s’agit pas de remplacer le parti au pouvoir par ceux de l’opposition, car « ceux qui étaient là avant n’ont rien fait non plus pour changer les choses ». Elle ajoute : « Donc, pour moi, cette mobilisation, ce n’est non seulement un signal fort au gouvernement, mais aussi à l’opposition. Car nous ne sommes pas en train de marcher pour eux. En même temps, si nous nous abstenons, le gouvernement nous dira sans doute un grand merci. »
Virginie Parisot rappelle les conditions difficiles auxquelles sont confrontées les Mahébourgeois depuis la marée noire d’août 2020. Elle regrette qu’à ce jour, il n’y ait eu « aucun député qui n’est venu se rendre compte de leur situation ». Elle poursuit : « Aujourd’hui, il nous faut recommencer à zéro. J’ai un petit commerce et je n’ouvre plus qu’une fois la semaine car il n’y a pas de clients. Nous dépendions des hôtels, des activités de la mer, mais il n’y a plus rien. Il y a eu un effet domino. De plus, nous n’avons toujours aucune indication sur la qualité de l’eau. Sans compter qu’il y a toujours des gens qui vous disent qu’ils tombent malades. Mais personne ne semble s’en préoccuper. »
Elle insiste également sur le fait que les allocations perçues par certains jusqu’ici, ont été payées par les Japonais. « Là encore, cela laisse à désirer. Et le gouvernement ? Qu’a-t-il fait pour nous ? » En sus des difficultés rencontrées en raison de la COVID-19 et de la marée noire liée au naufrage du MV Wakashio, dit-elle, il faut maintenant faire face à une crise politique. « Le pays, lui-même, est comme le Wakashio. On est en train de sombrer de jour en jour. »
Youssah Dinmahamed, chauffeur de taxi et conseiller du village de Mahébourg, sera à Port-Louis. Cette présence, dit-il, est pour exprimer son ras-le-bol, car cela fait des mois que les chauffeurs de taxi de la localité attendent de recevoir une allocation, suivant la marée noire dans le Sud-Est. « On nous mène en bateau. D’abord, on a annoncé un paiement pour décembre, puis on a dit au plus tard le 15 janvier et, maintenant, on nous dit avant la fin de février… Nous ne savons plus ce qu’il faut croire ou pas. Quand on appelle pour chercher des informations, la personne concernée ne répond pas. »
Il se dit également interpellé par les différents éléments de l’affaire Sawmynaden. En tant que citoyen, avance-t-il, c’est son devoir de se mobiliser pour contribuer à un vrai changement. « Le pays ressemble actuellement à un camion sans frein sur une descente. Si on ne fait rien, il va s’écraser devant. » Youssah Dinmahamed, qui est également président de l’association des taxis de Mahébourg, affirme toutefois que sa démarche est personnelle. « Mes membres sont libres d’aller à la marche ou pas. Nous n’avons pas de mot d’ordre. Moi, j’ai décidé d’y aller. Les autres sont libres de leur choix. »

Les pêcheurs donnent de la voix

Même son de cloche du côté des pêcheurs. Ce samedi matin, la Federation of Sea Fishermen Association réunit ses membres de la côte Sud-Est à la Maison des pêcheurs de Mahébourg, en vue de décider de la marche à suivre concernant les réclamations pour la marée noire. « Après cela, chacun est libre de faire ce qu’il veut », avance Atma Shanto, le porte-parole. « La fédération n’a pas donné de mot d’ordre. Chaque pêcheur décidera de ce qu’il veut faire ou pas. En ce qui me concerne, je serai à la marche en tant que militant syndical. Cela ne veut pas dire pour autant que j’accorde mon soutien à l’opposition. Car on connaît la réalité et les rôles qu’ils ont joués quand ils étaient au pouvoir. J’attends aussi de voir quelle tournure cela prendra par la suite. »
Joseph St Mart, pêcheur de la localité, a déjà fait son choix. Il ne cache pas sa couleur politique et estime que c’est un devoir pour lui de se rendre à la marche. « Mahébourg est très mobilisé. Nous aurons entre 15 et 20 autobus qui feront le trajet pour Port-Louis. Je pars pour écouter car je veux savoir où nous allons. » À 64 ans, il se dit prêt à combattre et regrette que parfois les jeunes aient peur de s’engager. Seul bémol, précise-t-il : « J’ai participé à trois marches jusqu’ici, mais je ne vois aucun changement. J’espère que cette fois on pourra faire bouger les choses. Tant qu’on restera tranquille, il y aura toujours des abus. »
Il se dit « motivé » par la situation décourageante dans le secteur de la pêche notamment. Il estime qu’à son âge, il aurait dû bénéficier d’une pension du gouvernement et donner sa carte à un jeune. « Il y a beaucoup de jeunes qui sont en train de faire ce métier sans pouvoir obtenir une carte. Si on avait accordé une pension aux pêcheurs âgés, nous aurions pu nous retirer et donner notre carte à des jeunes. »
De son côté, Tony Apollon, au-delà de son engagement politique, qui a été très actif aux côtés des plaisanciers pendant la crise du Wakashio, mobilise aussi ses troupes. Il affirme : « Les gens sont très motivés et il n’y a pas de gros efforts à faire pour les encourager à prendre part à la marche. Pour la première fois en si peu de temps, un gouvernement se retrouve ainsi
confronté à la détermination des gens à exprimer leur indignation. »
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En Avant Moris : « Nous serons aux côtés des citoyens »

« Au sein d’En Avant Moris nous sommes rassurés par le fait qu’il y ait une démarche citoyenne pour atténuer le caractère partisan de cette marche. On ira à cette marche non pas pour s’associer à ceux qui incarnent la vieille garde qui a soutiré et profité de ces méthodes dont nous héritons des conséquences, mais pour être aux côtés des citoyens avec qui nous partageons la conviction qu’il faut se débarrasser de tout ce système », explique Patrick Belcourt. Il poursuit : « Les Mauriciens affichent une grande persévérance et expriment avec constance leur volonté de s’opposer et de faire partir ce gouvernement dont la légitimité demeure contestée à ce jour devant les tribunaux ».