Le CEO de la National Agency for Drug Control (NADC), le Dr Fayzal Sulliman, aborde la nouvelle année avec beaucoup de positivité. Le médecin de carrière a œuvré auprès des patients au sein de l’équipe du Centre Idrice Goomany (CIG) et il compte un long parcours comme consultant auprès de l’agence Onusienne United Nations Office on Drugs & Crime (UNODC). D’entrée de jeu, il estime que “2026 sera une phase-clé pour la NADC.” Le Dr Fayzal Sulliman pose les bases pour une approche, sertie d’une méthodologie appuyée par des stratégies avérées et fiables pour aborder la lutte contre les drogues dans notre pays, en cette nouvelle année. Sachant que les attentes sont énormes, le CEO de la NADC soutient que “ La lutte contre la drogue repose sur une responsabilité collective et une coordination nationale soutenue.” Il donne, ainsi, les paramètres pour une action concertée et adéquate, se reposant sur les bonnes pratiques et les projets ayant fait leurs preuves, à l’étranger, tout en respectant les spécificités distinctes de la situation dans notre pays.
Quelles sont vos priorités immédiates pour ce début d’année ?
Le début de l’année 2026 correspond à une phase clé pour la NADC. Les priorités immédiates portent sur trois axes principaux : primo, la consolidation de la coordination inter-institutionnelle entre la prévention, le traitement, les méthodes de réduction des risques et la réduction de l’offre. Secundo, il y a le renforcement de la qualité, de l’accessibilité et de l’efficacité des services de traitement. Et tertio, l’opérationnalisation d’outils de suivi et d’évaluation permettant de mesurer concrètement l’impact des interventions. L’objectif global étant d’ancrer l’action de la NADC dans des résultats progressifs, mesurables et durables.
Quelles sont les principales réalisations de la NADC à ce jour ?
À ce stade, la NADC est pleinement opérationnelle sur le plan institutionnel.
Nos principales réalisations comprennent la mise en place des structures prévues par la loi ; la finalisation du National Drug Control Master Plan 2025–2029, qui constitue désormais le cadre stratégique national ; la création de mécanismes de coordination avec les ministères, les forces de l’ordre, les ONG et les partenaires internationaux ; et également, le lancement de groupes de travail techniques, notamment dans le domaine du traitement et de la réduction des risques.
Ces éléments constituent la base sur laquelle l’Agence intensifie désormais ses actions.
En matière de traitement, quelles sont vos orientations pour les personnes dépendantes aux opiacés et pour celles qui consomment les drogues synthétiques (communément appelées « simik ») ?
Pour les personnes dépendantes aux opiacés, la NADC soutient une modernisation des dispositifs existants? Cela comprend le traitement à base de la méthadone, avec un accent renforcé sur la qualité des soins, la continuité thérapeutique et l’intégration psychosociale.
Parallèlement, nous sommes en faveur de l’introduction progressive d’autres options thérapeutiques. Cela, bien entendu, conformément aux recommandations internationales. Ces avenues sont à l’étude.
Concernant les consommateurs de drogues synthétiques, l’approche est nécessairement différente. Il n’existe pas de traitement de substitution standardisé. La prise en charge repose donc sur : l’intervention médicale précoce, le suivi psychosocial, la réduction des risques et la prévention des rechutes.
Dans tous les cas, la NADC promeut une approche individualisée, fondée sur la santé publique et les données probantes.
Quelles avancées ou pratiques internationales inspirent actuellement la NADC ?
La NADC s’appuie sur plusieurs évolutions internationales majeures, notamment les modèles de prévention fondés sur des données scientifiques robustes, en particulier ceux axés sur les facteurs de protection chez les jeunes; les systèmes d’alerte précoce permettant de détecter rapidement l’émergence de nouvelles substances psychoactives et les approches de traitement intégrées, qui combinent soins médicaux, accompagnement psychosocial et réinsertion.
Ces expériences montrent qu’une réponse équilibrée et coordonnée est davantage plus efficace à long terme.
Quelles mesures la NADC estime nécessaires pour soutenir les parents de personnes dépendantes ?
Les familles, et en particulier les parents, jouent un rôle central mais sont souvent insuffisamment soutenues et encadrés. La NADC considère nécessaire, voire, impératif, de développer, en ce sens, des dispositifs d’accompagnement et d’écoute destinés aux familles ; des programmes d’information afin de mieux comprendre les mécanismes de la dépendance de même qu’un soutien psychosocial visant à réduire l’isolement, la stigmatisation et l’épuisement des proches.
Le renforcement du soutien aux familles contribue directement à l’efficacité des parcours de soin.
De quoi la NADC a-t-elle besoin, à ce stade, pour renforcer son action ?
Pour renforcer son action, la NADC a principalement besoin de ressources humaines spécialisées, notamment dans les domaines clinique, analytique et de la prévention ; d’un partage de données plus structuré et plus fluide entre les institutions concernées ; et d’un appui continu des autorités compétentes afin d’accélérer certains processus administratifs et opérationnels.
La lutte contre la drogue repose sur une responsabilité collective et une coordination nationale soutenue.
Y a-t-il un autre enjeu que vous souhaitez particulièrement mettre en avant ?
Un enjeu central demeure la prévention précoce, en particulier auprès des enfants et des adolescents. Sans une action suffisamment précoce et structurée dans les écoles, les familles et les communautés, les politiques publiques resteront principalement réactives.
La prévention constitue un investissement stratégique à long terme, indispensable pour réduire durablement l’impact des drogues sur la société.
La NADC envisage-t-elle une évolution des politiques publiques en matière de drogues, notamment face aux nouvelles substances psychoactives et au débat sur certaines substances comme le cannabis ?
FS : Bien entendu ! Nous avons à cœur et des intérêts à mettre en place une/des politiques les plus larges et qui font provision pour chaque cas. Il ne faut pas oublier qu’en ce qu’il s’agit des addictions et dépendances, et les traitements, il faut privilégier toutes les avenues intéressantes. Car il n’y a certainement pas de traitement standard, et surtout, pas question de “one size fits all” ! De fait, nous avons à cœur, notamment, en priorité, de permettre d’aborder un débat de société actuel. Nous envisageons, dans la même veine, de mettre en valeur le rôle technique et scientifique de la NADC, et, toujours dans la même optique, d’ouvrir la discussion sans aucune posture idéologique.

