Une polémique (stérile ?) a émergé dans le sillage d’une communication officielle de la National Agency for Drug Control (NADC) autour de la question – délicate – de filmer des consommateurs de drogues synthétiques, le tristement célèbre simik.
On comprend certains citoyens ahuris, déconcertés, décontenancés et carrément choqués de voir des jeunes, parfois même de très jeunes, comme ce gosse d’une dizaine d’années, et même des filles, dans des états lamentables. Ce genre de scène n’est pas et ne doit pas être courant chez nous. Et dans un souci de déplorer, dénoncer, susciter une réaction des autorités, ces citoyens pensent bien faire en filmant, téléphone portable en main, ces zombies.
Et réaction il y a eu, puisque la NADC exhorte chaque Mauricien, témoin de telles scènes, à appeler les secours, solliciter une ambulance et/ou faire venir la police. Cette décision est mue aussi par un souci d’amener chaque Mauricien à prendre conscience de l’ampleur des dégâts que peuvent causer la capture de telles images et leur mise en ligne. On ne sait que trop bien, depuis l’avènement d’Internet, fiévreusement soutenu par les réseaux sociaux, à quel point des torts peuvent être causés à un individu, sa famille, son entourage, ses proches et amis, ses collègues… Faut-il rappeler que Maurice est un tout petit caillou dans l’océan Indien ? Que sakenn konn sakenn ? Que ce qui est écrit se perd, tandis que sur la Toile, ça reste ?
Il est reproché, toujours à la NADC, de réagir « en retard ». Pourtant, même tardivement, l’organisme d’État a réagi ! Contrairement à la force policière qui, elle, est toujours absente, malgré les innombrables vidéos, documents et autres preuves où l’on voit des personnes s’adonner au business de la mort. La police est pourtant mandatée et détient des prérogatives d’agir. Contrairement à la NADC qui ne détient aucun pouvoir d’exécution !
Loin de nous l’idée de dédouaner la NADC. Ces hommes et femmes qui ont été choisis, nommés en raison de leurs qualifications et expériences, savent et peuvent très bien se défendre et justifier leurs actions. Il convient cependant, au lieu d’entrer dans des débats stériles, de se retrousser les manches, mettre la main à la pâte. C’est ce que demande la NADC en conseillant d’appeler les secours et/ou la police. L’idée, c’est d’amener les Mauriciens à agir comme des citoyens responsables. Pour ce faire, la NADC aura besoin de former société et professionnels. Car cette situation est inédite. Nous devons tout inventer, ensemble. Plutôt que de nous déchirer.
Nombre de compatriotes, il est triste de le reconnaître, se contentent d’être des spectateurs, vissés derrière les écrans de leurs smartphones ou ordi. Se la jouant monsieur ou madame donneur de leçons et exacerbé par le syndrome “mo pli mari ek mo pli kone ki twa”. Mais plutôt que de critiquer, pourquoi ne pas aider ? Est-ce trop demander ? Trop difficile ?
La NADC pêche par certaines faiblesses. Par exemple, le dossier des parents des toxicomanes n’a pas été, à ce jour, à l’agenda. Pourtant, il y a des centaines de familles en détresse. Avant le 10 novembre 2024, plusieurs de ceux qui occupent aujourd’hui des maroquins prioritaires au gouvernement avaient reçu, écouté, pleuré et promis qu’une fois au pouvoir, ils allaient faire quelque chose pour ces pauvres mères et pères. Et à ce jour ? Que dalle. Entre-temps, des parents sont tombés sous les coups mortels de leurs enfants sous emprise des simik. D’autres consommateurs tuent des innocents sur les routes et dans des maisons.
La NADC a été mise sur pied parce qu’il y a urgence. Et qui dit urgence sous-entend levée de boucliers populaire. Engagement citoyen massif. Solidarité et soutien. Plutôt que d’envenimer une situation déjà quasi apocalyptique avec des discours intéressés !
Se tient à Paris, actuellement, l’exposition organisée par Médecins Sans Frontières (MSF), “Gaza : We did what we could”. Ces mots sont d’un des médecins tués par les frappes israéliennes pendant qu’il soignait des Palestiniens. Malgré un cessez-le-feu intimé par le shérif autoproclamé de la planète, Donald Trump, en octobre 2025, l’armée de Benjamin Netanyahou continue de tuer des Palestiniens. L’horreur se poursuit encore et toujours tandis que certains déplacés rentrent dans ce qui avait été chez eux et qui aujourd’hui est un amas de pierres et de poussière…
Husna Ramjanally

