Échiquier politique : Bérenger revient à la charge sur un Full-Fledged ministre des Finances

À l’issue d’un comité central marathon tenu samedi à la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill, le leader du MMM et Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, est revenu à la charge sur l’urgence pour le Premier ministre, Navin Ramgoolam, de procéder à la nomination d’un ministre des Finances à plein temps. Il a livré un diagnostic sans concession de la situation économique nationale. Il estime que les menaces de déclassement international du pays par Moody’s et le risque que le pays se retrouve sur la liste grise de certaines institutions de notation sont réels.

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Paul Bérenger a tenu à dissiper d’emblée toute ambiguïté au sujet de ses ambitions personnelles, tout en martelant une nécessité structurelle pour l’État. « Je n’ai jamais dit que je suis intéressé par le ministère des Finances », a-t-il réputé, réfutant les rumeurs de convoitise. Son constat est purement technique : Maurice ne peut plus se permettre une gestion intérimaire de son économie.

S’il a salué le « courage », dont a fait preuve le Premier ministre en prenant lui-même la responsabilité des Finances pour un premier budget qu’il qualifie d’exercice périlleux, le leader du MMM estime que cette configuration a atteint ses limites.
« Nous allons vers le mur parce qu’il n’y a pas de ministre des Finances Full-Time. J’aime mon pays et je sais qu’il y a des gens capables d’être de meilleurs ministres des Finances », fait-il comprendre. Pour Bérenger, l’absence d’un titulaire à plein temps affaiblit la capacité de réaction du pays face aux chocs extérieurs.

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Le contexte international et régional, décrit comme « très difficile », pèse lourdement sur les perspectives locales. Le conflit ouvert impliquant l’Iran et le Moyen-Orient fait planer une menace directe sur les finances publiques. Le leader du MMM chiffre déjà l’impact: un manque à gagner de Rs 10 milliards pour le prochain budget.

« Le prix des produits pétroliers défonce le plafond et le plus dur est à venir », a-t-il prévenu. Cette fragilité budgétaire place Maurice sous la loupe des institutions internationales. Paul Bérenger évoque un double danger: d’un côté, un déclassement (Downgrading) par l’agence Moody’s, et de l’autre, le risque d’un retour sur la liste grise du GAFI (FATF) et de l’ESSAMLAG. Ce dernier point l’inquiète particulièrement, citant des ingérences gouvernementales au sein des instances de régulation qui pousseraient certains cadres à la démission. Il a critiqué la gestion économique de l’ancien gouvernement estimant que s’il était resté au pouvoir, le pays aurait fini « comme le Sri Lanka ou la Grèce. Heureusement que le MSM a été expulsé à temps, mais le danger reste réel. »
Le dossier de la compagnie nationale d’aviation, Air Mauritius, reste une plaie ouverte. Le leader du MMM n’a pas caché son scepticisme, affirmant que le pays a déjà perdu beaucoup de temps. La nomination de Megh Pillay au conseil d’administration est loin d’être, à ses yeux, la panacée.

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« Cela ne changera rien, à moins qu’il ne soit réellement le patron de la compagnie », a-t-il lâché. Il a fait état de l’épisode Beegoo suivi de celui de Dass Thomas et son équipe pour illustrer l’instabilité chronique de la direction. Il a déploré l’attitude de l’actuel Chief Executive Officer, André Viljoen, notant que ce dernier n’a toujours pas jugé nécessaire de lui rendre une simple visite de courtoisie. Pour le leader du MMM, la gouvernance de la compagnie Paille-en-Queue est symptomatique d’un mal plus profond.

Au sujet des Chagos, il a fait état de ses inquiétudes face aux lenteurs britanniques. Il maintient que malgré le traité entre la Grande-Bretagne et Maurice, il s’inquiète des retards de ratification au niveau du Parlement britannique. « La ratification par la House of Lords et la House of Commons tarde. Cela nous inquiète et nous ne sommes pas satisfaits », dénonce-t-il. Il a toutefois apporté son soutien à la démarche du Premier ministre d’explorer des « avenues légales » (CIJ ou Tribunal de la mer) si la situation ne se débloque pas. Il a vigoureusement dénoncé les faussetés et inventions des Conservateurs anglais à Londres, qui tentent de déformer les propos du gouvernement mauricien pour faire croire que Maurice compte poursuivre le gouvernement britannique. Ce qui est faux, déclare-t-il.
Le Deputy Prime Minister avance que le Port est une question de survie. Le comité interministériel sur le secteur portuaire a, selon lui, abattu un travail considérable avec le soutien du ministre Reza Uteem et des autres ministres. La stratégie est claire: pas de privatisation du port mais un partenariat stratégique pour sauver le port de la concurrence régionale. « Notre transbordement est menacé. Nous préconisons que deux géants mondiaux, Maersk et MSC, deviennent actionnaires de la CHC à hauteur de 40 %, l’État restant majoritaire à 60 % », préconise-t-il.

Ce partenariat permettrait d’apporter de nouveaux équipements et de former les travailleurs. À terme, le projet d’une île artificielle (Island Terminal) nécessitant Rs 50 milliards d’investissement est sur la table, avec un intérêt marqué de l’Inde.
Parallèlement, le leader du MMM voit une occasion extraordinaire dans le secteur des Life Sciences (biotechnologie et pharmacie). Toutefois, il prévient qu’on ne pourra développer ce nouveau pilier économique sans passer par des tests sur les animaux, un dossier qu’il suit de près avec les ministres de tutelle Boolell et Sukon.

Abordant la crise à la Tourism Authority, Paul Bérenger a tenu à commenter le limogeage de quatre membres à la Tourism Authority (TA), dont Mico Arunasalom. Alors que lors du conseil des ministres du vendredi précédent, le ministre du Tourisme avait déclaré que tout se passait très bien au sein de la Tourism Authority, Paul Bérenger s’est élevé contre l’annonce du licenciement de ces quatre membres le même jour.

Il a expliqué qu’après son intervention auprès du Premier ministre, le licenciement de trois a été suspendu mais celui de Mico Arunasalom a été maintenu. Le ministre Duval, alors à Berlin, aurait convaincu le Premier ministre de maintenir le licenciement d’Arunasalom sur la base d’allégations anonymes et sur une déposition à la police concernant un harcèlement sexuel.

« J’ai vérifié: il n’y a pas eu de harcèlement. C’était une mesure de précaution simplement », s’est insurgé Bérenger. Le PM a finalement accepté de suspendre Arunasalom en attendant le résultat d’une enquête formelle. « Nous ne pouvons pas diriger un pays de cette façon », a-t-il fustigé.

Invoquant la discipline gouvernementale qui l’empêche actuellement de s’exprimer pleinement en tant que Deputy Prime Minister, il a promis un grand déballage après le départ de l’invité d’honneur des Seychelles. « Après le 12 mars, en tant que leader du MMM, j’aurai beaucoup de choses à dire et à éclaircir », prévient-il. Le parti se prépare déjà à une assemblée des délégués et à un comité central spécial pour décider de la marche à suivre. Entre-temps, il étudie le projet de loi sur la Serious Crime Agency, un texte qu’il décrit comme extrêmement volumineux et doté de pouvoirs plus vastes que ceux de la police, destiné à remplacer la Financial Crime Commission.

Le bureau politique du MMM se réunira le 15 mars pour faire le point sur l’évolution de la situation. Le pays, indique Paul Bérenger, est à un tournant critique.

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