Économie : l’inquiétude gagne le secteur de l’exportation

Renouvellement de l’AGOA : des craintes exprimées pour Maurice

- Publicité -

Les perspectives changent de ton dans le secteur des exportations pour les prochains mois avec la morosité de la situation économique mondiale, caractérisée par une croissance économique en net recul dans les principaux marchés d’exportation de Maurice. L’impact se traduit déjà au tableau du volume d’achat des donneurs d’ordre. Le ministre du Développement industriel, Sunil Bholah, en a fait état lors de son dernier tour d’horizon par rapport à ce secteur. Parallèlement, l’expiration de l’AGOA approche à grands pas et se présente comme une épée de Damoclès pesant sur les opérateurs ciblant le marché américain.

Les dernières prévisions de croissance du Fonds monétaire international (FMI) indiquent que le Global GDP Growth est estimé à 3% pour l’année en cours, soit en baisse comparé à 2022 (3,5%). Sunil Bholah parle de reprise timide après la guerre en Ukraine, sans oublier les pressions inflationnistes causées par le resserrement monétaire dans les principaux marchés, qui continuent de répercuter sur le pouvoir d’achat des consommateurs.
Ce contexte mondial a déjà des effets sur la performance de la filière des Export Oriented Enterprises (EOE) et pour le premier semestre 2023, les exportations ont enregistré une faible croissance de 2,4%, atteignant Rs 24 milliards, contre Rs 23,4 milliards pour le semestre correspondant en 2022. Et les choses pourraient se corser dans les prochains mois.

- Publicité -

D’ailleurs, en se référant aux dernières prévisions de croissance du FMI, notamment pour l’Afrique du Sud (le principal marché de Maurice), la Grande-Bretagne, la zone euro et les États-Unis, le ministre parle d’une situation  inquiétante.

La croissance est en baisse cette année dans tous ces marchés. L’Afrique du Sud devrait ainsi enregistrer une croissance de 0,3%, contre 1,9% en 2022. La Grande-Bretagne progressera de 0,4% contre =4,1% en 2022. Croissance en berne également dans la zone euro, à 0,9%, contre 3,5% en 2022 avec un même scénario morose aux États-Unis, devant enregistrer un taux de croissance de 1,8% en 2023, contre 2,1% l’année dernière.

- Advertisement -

C’est surtout la forte baisse de croissance prévue dans la zone euro qui semble inquiéter davantage le ministre Bholah. « Il ne faut pas oublier que nous avons plusieurs marchés dans la zone euro, dont l’Italie, la France, l’Espagne et l’Allemagne. Et la situation économique dans la zone euro n’est pas brillante… », dira-t-il.

Dans le détail, les exportations de Textile and Clothing  pour les six premiers mois de l’année ont accusé une baisse, passant de Rs 10,3 milliards (en 2022) à Rs 8,8 milliards. Les deux sous-secteurs, soit Wearing Apparel et Yarn and Fabrics  affichent également une chute dans les chiffres à l’exportation pour le premier semestre 2023. Les exportations de bijoux et pierres précieuses sont aussi en régression.

Stock buying

En revanche, certains secteurs affichent une certaine résilience à ce stade, à l’instar de  Fish and Fish Preparations, dont les exportations augmentent de Rs 5,3 milliards à Rs 6,9 milliards. Une même tendance est de mise dans le secteur des dispositifs médicaux, dont les exportations sont en hausse à Rs 1 milliard. L’un des opérateurs de dispositifs médicaux, qui exporte vers les États-Unis, a confié que ses ventes doubleront dans les années à venir, ce qui fait dire au ministre que ce sous-secteur a un avenir prometteur.

La baisse des exportations de Textile and Clothing est due à la situation économique morose à l’échelle mondiale. « Tous les pays exportateurs font face aux mêmes problèmes. Nous sommes face à une récession qui affecte tous les producteurs », laisse-t-il entendre.
Autre facteur ayant contribué à cette baisse : durant les précédents trimestres, les acheteurs ont fait du Stock Buying, dit-il, et sont encore en train d’écouler ces stocks. Sunil Bholah évoque également le phénomène de vente en ligne, qui est sur une courbe ascendante, avec les consommateurs achetant directement en ligne, sans passer par des distributeurs.

Il souligne que les opérateurs locaux se concentrent actuellement sur les pratiques de développement durable, adoptant des méthodes de production exigées par les acheteurs, par exemple en investissant dans des panneaux photovoltaïques, en mettant l’accent sur la protection des travailleurs, etc.

« Ce sont des investissements dans l’avenir afin que nous restions un Preferred Market pour les acheteurs  », dira-t-il. Malgré la progression de 2,4% des exportations totales au premier semestre, Sunil Bholah souligne que « globalement, le volume de devises engrangées est presque le même qu’en 2022, mais il y a beaucoup de travail à faire ».
L’Afrique du Sud demeure le principal marché d’exportation (14%), avec Rs 3,3 milliards pour le premier semestre, contre Rs 3,6 milliards en 2022. Ce pays est suivi de la France (13%) et de la Grande-Bretagne (13%), puis des États-Unis (10%), de l’Espagne (8%), des Pays-Bas (7%), du Vietnam (6%) et de l’Italie (6%).

Maurice exclue de l’AGOA ?

Sunil Bholah a donné des détails sur sa récente mission à Washington, qui cadrait avec la campagne de lobbying pour l’African Growth Opportunity Act (AGOA), d’une durée de dix ans, et qui expire en septembre 2025.

« Il ne nous reste que deux ans. Ce n’est pas beaucoup, car les opérateurs ont besoin de visibilité. Nous ne savons pas si l’administration américaine renouvèlera l’AGOA et, si oui, sous quelle forme », explique-t-il.

Maurice a initié son lobby auprès de l’administration américaine pour une extension de l’AGOA au-delà de 2025. « Dans le cas du renouvellement de l’AGOA, Maurice aura un souci, eu égard à sa progression au niveau du classement de la Banque mondiale dans la liste des High Gross National Income per capita, avec le seuil de USD 13 846. Selon l’AGOA, si un pays atteint ce niveau, il sera exclu. Nous avons fait beaucoup de lobbying sur cet aspect. Nous avons fait comprendre qu’il ne faut pas se fier uniquement à ce Threshold. Si nous sommes exclus, notre économie en souffrira. Et si nos exportations chutent, est-ce que Maurice sera en mesure de se requalifier de nouveau pour l’AGOA ? C’est ce que nous avons discuté avec les autorités américaines »,avance-t-il.

Le ministre soutient que « les Américains ont été bien attentifs à nos explications, cela d’autant que si jamais il y a sanction contre nous, cela va Disrupt nos relations commerciales ». Il réitère qu’il ne faut pas prendre en compte uniquement la Graduation Clause concernant le GNI per capita.

« Cela aura de grandes implications sur le secteur manufacturier, surtout sur les entreprises exportant vers les États-Unis, leurs employés et l’entrée de devises étrangères dans le pays. Au cas où Maurice serait exclue de l’AGOA, nous avons évoqué la possibilité d’un accord de libre-échange avec les États-Unis, mais l’administration actuelle n’y est pas favorable », fait-il comprendre.

EN CONTINU
éditions numériques