ÉCONOMIE | Prévisions de croissance : Taux ramené à 3% sous réserve d’une courte guerre en Iran

 

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…avec un risque de ralentissement à 2,3% en cas d’un Worst Case Scenario au Moyen-Orient

 

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La trajectoire de croissance de l’économie pour 2026 s’inscrit désormais dans un climat d’incertitude accrue. Les dernières estimations de Statistics Mauritius misent sur un taux de croissance du PIB de 3% cette année, à condition que la guerre au Moyen-Orient reste de courte durée. Une hypothèse loin d’être acquise, alors que les tensions géopolitiques, les perturbations du commerce mondial et la flambée des prix internationaux pèsent déjà sur les perspectives.
Dans la dernière édition des National Accounts Estimates, le Bureau des Statistiques souligne qu’en début d’année, la croissance était initialement projetée à 3,4%, portée notamment par un rebond du tourisme et une dynamique plus soutenue de l’investissement privé. Mais l’éclatement du conflit en Iran est venu rebattre les cartes :« with the outbreak of the conflict in the Middle East, the level of uncertainty has increased substantially. »
Face à cette situation, deux scénarios ont été élaborés. Le scénario dit Baseline repose sur l’hypothèse d’un conflit « relatively short-lived and ends by June 2026 », permettant au pays de maintenir une croissance à 3%. En revanche, le scénario Worst Case, dans lequel les tensions se prolongeraient jusqu’à la fin de l’année, ferait chuter la croissance à 2,3%. Statistics Mauritius précise d’ailleurs que ces prévisions restent évolutives, soit « these projections will be updated in view of policies that could be implemented to respond to the challenges of the conflict as well as measures to be taken in the next Budget. »
Dans le détail, la croissance repose sur des dynamiques sectorielles contrastées. Le secteur agricole devrait progresser de 3,7%, soutenu par les activités hors canne à sucre, alors que cette dernière resterait stagnante.
Le secteur manufacturier afficherait une amélioration relative avec une croissance de 2,4%, contre 1,4% en 2025. Toutefois, cette progression masque des disparités importantes. Le textile, notamment, devrait connaître une stagnation après une forte contraction l’an dernier, conséquence directe de la visibilité limitée liée au renouvellement à court terme de l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA). De leur côté, les entreprises orientées vers l’exportation amorceraient un léger rebond de 1,0%, après un recul en 2025.
Le secteur de la construction, en revanche, resterait sous pression avec une nouvelle contraction de 1%, malgré la poursuite de projets publics d’infrastructures et de logements sociaux.
Du côté du tourisme, les activités d’hébergement et de restauration devraient croître de 2%, avec des arrivées touristiques estimées à 1,465 million, en légère hausse par rapport à l’année dernière.
Au-delà des secteurs productifs, les indicateurs de demande interne témoignent d’un certain ralentissement. La consommation finale des ménages et de l’État devrait progresser de 2%, contre 2,4% en 2025, signe d’un environnement économique plus contraignant. L’épargne nationale brute afficherait une légère amélioration, atteignant 17,6% du Pib, mais cela ne suffit pas à compenser la faiblesse persistante de l’investissement.
Du côté de l’investissement, les inquiétudes sont plus marquées. La formation brute de capital fixe (FBCF) ne devrait croître que de 0,3% en 2026, après une contraction de 3,1% en 2025. Cette timide reprise repose essentiellement sur le secteur public, dont les investissements devraient bondir de 9,6% après un recul l’an dernier. À l’inverse, l’investissement privé continuerait de se contracter, bien que de manière moins prononcée (-1,7% après -2,8% en 2025). Le taux d’investissement global reculerait ainsi à 19,3% du Pib, confirmant une tendance préoccupante pour le potentiel de croissance à moyen terme.
En 2025, la croissance économique s’est établie à 3,2%, en nette baisse par rapport aux 4,9% enregistrés en 2024. Ce fléchissement traduit à la fois un essoufflement du rebond post-pandémie et l’impact croissant des incertitudes externes sur une économie fortement ouverte. Entre volatilité des prix énergétiques, tensions commerciales et incertitudes géopolitiques, les marges de manœuvre restent limitées. Dans ce contexte, les prochaines annonces budgétaires seront déterminantes pour soutenir l’activité économique, relancer l’investissement privé et renforcer notre résilience.

 

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