En marge de son centenaire prévu le 11 juin : Gabriel Vencatasamy, soldat de la 2e guerre mondiale, nous raconte son parcours…

LUC AH-CHOON

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Ce 11 juin, sauf imprévu, le citoyen Gabriel Vencatasamy, alias « Monsieur Georges », entrera de facto dans le cercle select des centenaires de la République de Maurice car, ce jour-là, il aura cent ans.

En ce jour sublime, il occuperait de nouveau l’actualité car il serait au centre d’intérêt d’une grande fête familiale au cours de laquelle ses proches auront la chance de lui exprimer d’une voix unanime leurs joies d’être en sa compagnie. Il serait comblé de cadeaux, de baisers de paix et de félicitations.

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En la circonstance, il serait entouré, entre autres, de son épouse, Marie, de son fils, Jacques, de sa belle-fille, Brigitte, de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. Et, la cérémonie est prévue dans un hôtel de la région de l’Est.

SOLDAT DE LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

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Voilà une belle opportunité qui s’offre à nous pour connaître les grandes lignes de la vie de cet humble compatriote qui s’apprête en toute quiétude à célébrer dignement son centenaire et, cela, d’autant plus que son histoire contient un cachet historique dans le sens qu’il a participé à la Deuxième Guerre Mondiale sous le drapeau britannique en tant que soldat ravitailleur. Aujourd’hui, il est l’un des derniers Mauriciens encore en vie parmi tous nos compatriotes ayant participé d’une manière ou d’une autre à cette guerre qui a dominé l’histoire du monde de 1939 à 1945.

Qui est le citoyen Gabriel Vencatasamy ? Quels sont ses sentiments à la veille de la célébration de son centenaire ? Il répond à toutes nos questions…

SA VIE ACTUELLE

Autrefois, il habitait à Stanley et, depuis une trentaine d’années, il s’est fixé à Camp Levieux, une banlieue qui se situe presque au pied du majestueux Corps de Garde. Il y vit dans une maison en dur en compagnie de ses proches.

D’emblée, il nous déclare : « D’abord, je remercie le Très-Haut pour tous ses bienfaits à mon égard, j’ai eu une longue vie bien remplie et au cours de laquelle je n’ai pas eu à faire face à des problèmes insurmontables ; j’en suis heureux. Ensuite, je dois des remerciements également aux proches qui vivent en ma compagnie et qui me soutiennent d’une manière indéfectible et durant la journée et durant la nuit. Voilà qui est fait… »

Il est doté d’une grande taille et d’un corps bien bâti et, en d’autres temps, il a été un gars plein de vie, mais, à présent, en raison d’une récente défaillance physique, il ne peut se déplacer que dans un fauteuil roulant. Armé d’une volonté de fer, il regarde vers demain…

Une chose bien grave lui est arrivée il y a quelque vingt ans de cela : à cette époque, il avait des troubles visuels et, en conséquence, il s’est fait admettre au « Eye Hospital », à Moka, en vue d’une intervention chirurgicale à ce niveau, mais, malheureusement, l’opération s’est soldée par un échec lamentable et il a perdu la vue. Maintenant, au lieu de lire les journaux et de regarder la télévision, ce qu’il faisait auparavant, il passe ses journées à écouter la radio et il se réjouit du fait que, de nos jours, notre paysage audiovisuel est agrémenté de chaînes de radio privée car cela lui procure une belle variété de programmes.

UNE VIE PROFESSIONNELLE RÉUSSIE

Issu d’une famille modeste qui se compose d’une fratrie de trois enfants, dès l’âge de l’adolescence il apprend le métier de menuisier. D’une étape à l’autre, vers 1955, il met fin à son statut de célibataire en épousant Marie Alèche, originaire de Port-Louis. Subséquemment, de leur union naîtra un unique enfant, Jacques, qui est entrepreneur de profession.

Sa vie professionnelle se concrétise petit à petit sur des bases assez solides car, à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, fort de son statut d’ancien combattant, il obtient la chance d’intégrer une équipe d’ouvriers qui travaille pour le compte du gouvernement colonial, et s’ensuivra une période d’apprentissage dans le domaine de la menuiserie. Puis, grâce à sa persévérance, il finira par être titularisé comme un menuisier qualifié pour les différents départements du gouvernement colonial. Ce qui lui permet, aujourd’hui, de jouir d’une retraite paisible en compagnie de ses proches.

« BRITISH SOLDIER »

C’est de son plein gré qu’il s’engage dans l’armée britannique en septembre 1941 à l’âge de 17 ans. Normalement, il faut être âgé de 20 ans pour être recruté dans l’armée, mais, dans son cas, à défaut d’avoir l’âge requis, Gabriel Vencatasamy avait une grande taille et, aussi, une grande carrure. Donc, vraisemblablement, l’un a compensé l’autre, et il a été ainsi recruté à ses dires. Et, pour cet engagement militaire, il recevra une solde de 30 roupies par semaine.

Après avoir complété les formalités d’usage, le contingent de soldats mauriciens est embarqué sur un navire à destination de Port Saïd, en Égypte. Après le débarquement, ils seront acheminés vers un lieu, proche du désert égyptien, sur une base de l’armée britannique.

En tant que soldat ravitailleur ou avitailleur, sa principale tâche consiste à décharger et les navires et les wagons de leurs munitions de guerre et de bouche et à les réembarquer sur de gros camions ; ceux-ci les achemineront vers les points névralgiques du champ de guerre.

La peur y est présente à tous les instants, mais Gabriel Vencatasamy se plie aux exigences de son métier de soldat ravitailleur et il est tenu à observer les rigoureux règlements militaires. Tous les matins, il se soumet à des exercices physiques y relatifs, il apprend le maniement des armes et maîtrise aussi des méthodes de défense. Il y a, là, environ 30 000 soldats de diverses nationalités et ils sont tous munis de leurs armes et de leurs munitions.

Il creuse aussi des tranchées dans le sable pour abriter les soldats de la ligne de front. Ainsi de suite, il sera témoin des grandes batailles de l’Afrique du Nord dans les déserts libyen et égyptien respectivement, c’est-à-dire, la bataille de Tobrouk et, surtout, la fameuse bataille d’El Alamein, qui a été une victoire capitale pour l’armée des Alliés.

Par la suite, les soldats alliés traverseront la Méditerranée dans un bateau et débarqueront à Calabria, une plage sise au sud-ouest de l’Italie. Après d’autres péripéties, il y aura la bataille de Castelfort, en Italie, bataille remportée par les Alliés. Après d’autres batailles, dans une Italie libérée des forces allemandes, notre compatriote aura la chance de voir le Pape Pie XII donnant sa bénédiction aux soldats libérateurs de l’Italie.

Durant sa carrière de « British Soldier », Gabriel Vencatasamy indique qu’il sera victime de deux faits néfastes, à savoir : primo, il sera fait prisonnier, dans le désert de la Libye, avec un groupe de soldats alliés et les conditions de détention sont insupportables ; par exemple, ils seront privés du droit de se laver et comme nourriture ils n’ont droit qu’à un pain et une bouteille d’eau quotidiennement, ensuite, au bout de six mois, ils seront tous libérés grâce à une action audacieuse des Alliés ; secundo, il sera assez grièvement blessé par une grenade lancée par les soldats allemands et, en vue de trouver la guérison, il passera une semaine en un lieu aménagé en un hôpital dans le désert.

Ce qui ne l’empêchera pas, plus tard, de rentrer au pays sain et sauf.

Finalement, mettant fin à la conversation, il nous dit qu’il attribue sa longévité à son mode de vie qui est basé sur les caractéristiques suivantes : la sobriété, la persévérance, l’honnêteté et l’amour du prochain.

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