L’enquête judiciaire concernant la mort suspecte de John Mick Martingale, ordonné par le Directeur des poursuites publiques (DPP) sous la section 111 du District and Intermediate Courts Act (DICA), a été appelée ce jeudi 5 février 2026 devant le magistrat Denis Jonathan Vellien, siégeant en Cour de district de Rose-Hill.
John Mick Martingale avait été arrêté le 29 octobre 2022 à l’aéroport SSR. Écroué à la prison centrale de Beau-Bassin sous une charge provisoire d’importation de drogue, il avait été retrouvé pendu dans sa cellule le dimanche 8 septembre 2024 aux petites heures du matin. Il était âgé de 32 ans au moment de sa mort.
Une première autopsie, effectuée par le Dr. Ananda Sunnassee, Police Medical Officer, avait attribué son décès à une asphyxie due à la pendaison, et privilégié la thèse de suicide. Ses conclusions ont été sévèrement critiquées par le médecin légiste sud-africain, le Dr. Sipho Mfolozi, dont les services ont été retenus par la famille Martingale.
Ce dernier avait effectué une contre-autopsie le 15 octobre 2024. Selon lui, le détenu avait été sauvagement agressé, et il était mort asphyxié par obstruction de sa bouche et de son nez, et par la compression de son cou. Le DPP avait ordonné la présente enquête judiciaire à la demande de Me Rama Valayden, et après qu’il avait pris connaissance de rapport du Dr. Mfolozi. Le Dr. Sipho Mfolozi sera à Maurice vers mars, où il déposera en cour.
En début de séance ce jeudi 5 février, le représentant du DPP, Me Yorgesh Bookhun, a agréé à ce que Me Rama Valayden reçoive une copie du rapport d’autopsie du Dr. Sunnassee.
Plusieurs garde-chiourmes ont répondu présents en cour, ayant reçu un avertissement de la cour, après qu’ils avaient fait fi de leur convocation la dernière fois. Toutefois, vu l’heure tardive, un seul parmi eux a été appelé à la barre des témoins.
Kritish Ghoora, après avoir prêté serment, est revenu sur la nuit fatidique du 7 au 8 septembre 2024. Alors Trainee Prison Officer, il avait commencé son service vers les 20 heures le 7 septembre, dans le Block B, où se trouvait la cellule 71, occupée par Martingale. C’était l’Assistant Superintendent of Prisons (ASP) Ramtoolah, qui était l’Officer-in Charge de ce Block.
Le garde-chiourme Ghoora devait patrouiller le Block et jeter un œil dans chaque cellule. Il a expliqué qu’il pouvait voir ce que chaque détenu faisait grâce à un judas dans la porte en bois. Vers 20 h 20, arrivé à la cellule 71, il pouvait entendre une conversation à voix basse dans cette cellule. En regardant par le judas, il avait pu voir un portable dans la main de John Mick Martingale. Selon lui, il y avait assez de place pour 5 ou 6 personnes dans cette cellule.
Yorgesh Bookhun (YB) : Vous avez alors rapporté cela au gardien Constant, qui se trouvait dans le bureau de l’ASP Ramtoolah ?
Kritish Ghoora (KG) : Oui
YB : Qu’ont fait l’ASP et Constant ?
KG : L’ASP Ramtoolah a rassemblé plusieurs gardes-chiourmes et nous avait ordonné d’effectuer une fouille dans la cellule.
YB : Veuillez nous donner les noms de ces garde-chiourmes.
[Le témoin donne le nom de cinq personnes].
YB : Quelle est la procédure pour effectuer une fouille ?
KG : On soumet un rapport à l’ASP. C’est lui qui décide quels gardiens vont aller fouiller les cellules. Toutes nos instructions émanent de l’ASP.
YB : Donc dans le cas présent, toutes vos instructions émanaient de l’ASP Ramtoolah ?
KG : Oui.
YB : Avez-vous informé le Control Room de la prison, où l’on peut surveiller partout par caméras CCTV, de ce qui se passait ?
KG : Non.
YB : Comme un officier responsable, il vous incombait de dire qu’il fallait mettre le Control Room au courant ?
KG : …
YB : L’ASP Ramtoola, les gardiens N., V., et vous-même êtes restés à l’extérieur ?
KG : Oui.
YB : Le gardien Constant était entré à l’intérieur ?
KG : Oui.
YB : Il a pris le portable et le chargeur ?
KG : Oui.
YB : Le détenu avait-il opposé de la résistance ?
KG : Non.
YB : Combien de temps cela a-t-il pris ?
KG : Moins de dix minutes.
YB : John Mick Martingale avait parlé au gardien Constant ?
KG : Oui. Il lui avait demandé quelles seraient les conséquences.
YB : Il avait peur ?
KG : Oui. Des conséquences. Par exemple, d’être transféré dans une autre prison.
YB : Il y avait une fenêtre dans cette cellule ?
KG : Une imposte en haut. [Il indique la hauteur.]
YB : Il y avait des barreaux à cette imposte ?
KG : Oui.
Des tendances suicidaires, selon le gardien
Le gardien a ensuite expliqué qu’il avait établi un rapport, qu’il a signé, suivant la fouille dans la cellule de John Mick Martingale, connu comme un « scrap report » mais ne sait pas où se trouvait ce rapport, ce qui a provoqué l’incrédulité de Me Bookhun.
Invité à décrire le caractère de John Mick Martingale, le témoin a indiqué qu’il y avait déjà eu un problème avec lui lors d’une distribution de méthadone à l’intérieur de la prison. Il n’était pas au courant si les gardiens N, V, et l’ASP Ramtoolah ont déjà eu de problèmes avec John Mick Martingale. Selon lui, ce dernier s’était déjà mutilé la main.
YB : Et cela indique qu’il était suicidaire ? C’est là votre opinion ?
KG : Les prisonniers se blessent pour diverses raisons. Parfois, pour aller à l’hôpital ou pour ne pas être mis en quarantaine, mais aussi dans des tentatives de suicide.
YB : Vous vous basez sur quoi pour dire qu’il avait des tendances suicidaires ?
KG : Quand il s’était coupé la main, je lui avais demandé pourquoi il avait fait cela. Il m’avait dit qu’il voulait se suicider.
YB : Quand cet incident a-t-il eu lieu ?
KG : 6 ou 7 mois avant sa mort.
YB : Un rapport a-t-il été établi suivant cette blessure ?
YB : Oui.
YB : Qui est en possession de ce rapport ?
KG : Un infirmier.
YB : Quel est son nom ?
KG : Je ne me souviens pas.
YB : Vous allez me faire croire que vous ne vous souvenez pas de son nom ? Je peux faire appeler tous les infirmiers, s’il le faut…
Vu l’heure tardive, le magistrat Vellien a mis fin à la séance. Cette affaire reprendra le 19 février prochain, toujours avec l’interrogatoire du garde-chiourme Ghoora.

