Le contrat de Dhanjay Jhurry, vice-chancelier de l’université de Maurice, et de ses deux pro vice-chanceliers, Mohammad Santally (Planning & Resources) et Sanjiv Sobhee (Academia), arrivera bientôt à terme. Mais leurs trois années à la tête de cette institution d’enseignement supérieur n’ont pas été de tout repos. Des initiatives ont été prises pour redorer l’image de l’institution et la faire avancer sur de bonnes bases.

La situation financière de l’université de Maurice (UoM) est l’un des sujets les plus critiqués. D’ailleurs, les différents syndicats de cette institution ont, à maintes reprises, dénoncé la manière dont les ressources financières sont gérées. Mais pour le pro vice-chancelier, Mohammad Santally, il n’est pas « exact » de dire que les finances sont dans le rouge. « Notre subvention a diminué à cause de la COVID-19. Je dois dire que nous gérons le fonds public à l’université et nous devons être prudents. Pour la deuxième année consécutive, nous réalisons un excédent, ce qui est très positif », explique-t-il. Il fait ressortir que pour cette année, « les revenus en termes de cours ont augmenté et la fermeture de l’université a aussi été positive sur les revenus ».

Une autre stratégie ayant donné des résultats positifs, selon lui, est « l’admission des étudiants étrangers ». Leur nombre n’a cessé de croître. « Durant ces trois dernières années, nous avons observé une hausse du nombre de nouveaux étudiants étrangers », a-t-il dit. Toutefois, avec la COVID-19, l’UoM n’a pu les attirer. Conformément à cette stratégie, une International Affairs Unit a été mise sur pied, la demande d’admission des étudiants a été rendue plus souple, le paiement se fait plus facilement en ligne et une cellule créée pour l’octroi des visas. Mais selon le pro vice-chancelier, certains points devront être revus, « surtout la façon dont ces étudiants sont évalués ». Il dira que les étudiants locaux sont admis aux cours « à travers une façon compétitive » alors que ceux de l’étranger doivent payer. « Nous devons traiter leur demande séparément. Et de l’autre côté, nous ne pouvons pas dévier de notre objectif premier qui est le développement des capacités des Mauriciens », dit-il.

Pour le pro vice-chancelier, l’UoM ne déviera pas de son mandat et ne dépassera pas le nombre d’étudiants étrangers par rapport aux Mauriciens même si ces derniers apportent plus de ressources financières à l’institution. « Nous mettrons en place un système pour que nous puissions avoir cinq ou dix étudiants étrangers pour chaque programme », ajoute-t-il.

D’autre part, concernant la baisse des “fees” pour des cours “postgraduate”, il a souligné que cette décision a été une « prise de risque » étant donné que l’université de Maurice avait du mal a attiré des étudiants et que d’autres universités proposaient des frais plus compétitifs. « Nous avons pris une décision audacieuse en diminuant nos frais de 20 à 40% dépendant de nos programmes. Grâce à cette décision, nous avons noté une croissance continue du nombre d’étudiants. Malgré la COVID-19, les difficultés financières et les résultats qui ont tardé, nous ne notons pas un grand décalage dans le nombre d’étudiants », dit-il.

La transformation numérique de l’UoM n’a pas été sans aucune résistance. « Ce qui est normal », estime le pro vice-chancelier. Malgré cette résistance, il a dit noter que l’adoption des technologies dans l’éducation est « très satisfaisante ». Même si l’UoM ne connaît pas de soucis majeurs, il a concédé toutefois que des problèmes de démarrage sont enregistrés notamment s’agissant de la bande passante. Mais ce problème, selon lui, « est chose du passé » étant donné des packages lancés par les entreprises de télécommunications et de nouveaux investissements. De plus, il a fait ressortir que des tablettes seront achetées pour les chargés de cours pour qu’ils puissent offrir leurs cours en ligne. À travers un “rapid procurement”, une vingtaine de tablettes ont déjà été achetées. Un autre exercice d’appel d’offres a été lancé pour l’achat d’environ 300 tablettes. Cette initiative, selon Mohammad Santally, soutient le Learner-Centred Credit System (LCCS) introduit par l’UoM. « Un aspect important du LCCS est la technologie et l’enseignement en ligne », dit-il. Pour mettre en place ce projet, il a soutenu que le personnel académique et non-enseignant a été formé et qu’un sondage a été effectué auprès des étudiants.

S’agissant de la gouvernance, Mohammad Santally a déclaré qu’il est recommandé que chaque institution ait un « Anti-Corruption Committee ». Il a concédé que ce comité n’était pas « actif » depuis 2015 mais a été réactualisé il y a trois mois. Ce comité a été approuvé par le Staff Committee et sera présenté lors du prochain conseil. « Le comité commencera son travail pour identifier les domaines où il existe plus de risques de corruption », a-t-il dit.

Pour améliorer le bien-être des employés, le pro vice-chancelier a indiqué que justice a été rendue à ceux qui n’avaient pas les mêmes avantages que les autres. Il ne cache pas qu’il était difficile de changer une pratique déjà établie. « Cela nous a pris trois ans pour que le conseil puisse donner son accord un Staff Welfare Fund pour toute l’université. »

Par ailleurs, la “flexi-time” a aussi été approuvée et mise en place. Ce projet a été élaboré avec le concours des syndicats de l’UoM. Pour Mohammad Santally, il existe une bonne entente entre les syndicats et la direction, et dans la majorité des cas, un consensus est trouvé. Abordant le Performance Management System (PMS), il a avancé qu’un projet « pilote » sera présenté au conseil bientôt. Le PMS a déjà été approuvé pour le corps non-enseignant. Le PMS pour les académiciens vient d’être approuvé. Il garde espoir que le conseil donne son accord l’année prochaine.

Par ailleurs, un Human Resource Assessment sera lancé. Cet exercice intervient après la période du confinement et l’UoM est appelée à avoir une approche cost-effective. « Ce n’est pas soutenable que l’UoM augmente le nombre d’employés », a-t-il fait valoir, à l’exception des cas où certains employés meurent, démissionnent ou partent à la retraite. « Pour ces postes, nous analysons quelles sont les priorités. Pour assurer la durabilité de l’UoM, il faut une main-d’œuvre qui soit efficiente sans penser qu’en continuant à employer des personnes, nous réussirons à atteindre nos objectifs », a-t-il ajouté. D’ailleurs, l’UoM se tourne vers la numérisation afin d’éliminer certaines procédures physiques.

Et toujours dans un souci d’offrir plus de choix s’agissant des cours, plusieurs projets seront bientôt réalisés. Parmi, l’installation d’un laboratoire numérique par une entreprise privée pour la formation des jeunes. Un cours en collaboration avec l’université des Seychelles menant à une maîtrise sera lancé. Mohammad Santally a souligné que l’UoM a mené « un travail sans relâche » et que tous les projets ne se réalisent pas du jour au lendemain. Selon lui, une stratégie doit être développée et des fonds nécessaires doivent être trouvés. « Nous ne disons pas que le système est parfait. Nous sommes humbles pour reconnaître qu’il y a des manquements et en les identifiant, nous allons améliorer les choses. Les indicateurs sont d’ailleurs positifs », a-t-il conclu.