« Et maintenant, que vais-je faire ? »

            Paula Lew Fai

« Et maintenant, que vais-je faire ?

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Je vais en rire pour ne plus pleurer

Je vais brûler des nuits entières

Et puis un soir dans mon miroir

Je verrai bien la fin du chemin… »

 

Beaucoup l’ont chanté, à la suite de Gilbert Bécaud. Beaucoup l’ont vécu, douloureusement : « Toutes ces nuits, pourquoi, pour qui 

Et ce matin qui revient pour rien »

Aujourd’hui, au niveau d’un petit pays aux lendemains qui déchantent, nous sommes tentés de rire pour ne plus pleurer.

Et pourtant, l’heure est à des choix graves.

Pour tous les leaders et aspirants leaders qui se doivent de penser à « la fin du chemin ». Mais en sont-ils capables car le miroir, ça fait longtemps que certains l’ont brisé pour ne plus se voir et rougir du personnage qu’ils sont devenus. 

« Le roi est nu » 

Il n’y a pas que Trump.

Ici aussi, nous avons de petits empereurs, vaniteux, qui à l’instar du conte d’Andersen, obsédés par le prestige et les atours du pouvoir, sont dupés par des escrocs se faisant passer pour des experts et conseillers capables de créer un tissu invisible pour les stupides/malhonnêtes. De peur d’être considéré comme stupide, lors d’une procession en l’honneur de l’empereur, tout le monde vante hypocritement la beauté de ses nouveaux habits jusqu’à ce qu’un enfant, innocent et sans préjugé, s’écrie que l’empereur est nu, révélant l’illusion. Ainsi est démasquée la vanité, en soulignant l’importance de l’honnêteté et de l’innocence.

L’Inertie : L’illusion du changement

Alliance du changement. Changement ?  Qui fut aussi téméraire ou imprudent / inconscient pour proposer un tel programme pour une alliance déjà problématique dans sa gestation et conclusion ? 

Sans doute fallait-il un mot accrocheur pour catalyser des énergies dispersées, dépourvues de ressources liées à l’espérance ? Mais sans illusion, le peuple aurait malgré tout voté pour un nouveau leadership, plus en phase avec la réalité de la vie dure.

Une réalité, malheureusement très fortement fondée aujourd’hui, sur l’inertie.

L’inertie est une force puissante, non seulement dans le monde physique mais aussi dans le domaine du comportement humain. C’est la tendance à ne rien faire ou à rester inchangé. La résistance au changement est ainsi une inclination humaine naturelle, enracinée dans le désir fondamental de sécurité et de certitude. Le statu quo est alors considéré comme la situation de base, et tout changement par rapport à cette situation de base est perçu comme une perte. Il est étroitement lié à l’aversion à la perte et à l’effet de dotation : les gens attribuent plus de valeur à ce qu’ils possèdent déjà qu’à ce qu’ils pourraient gagner. Il est profondément enraciné dans le désir de prévisibilité et de contrôle.  Les prises de décision sont minimalistes.

Au niveau individuel comme au niveau institutionnel, on peut relever différentes sortes d’inertie.   

1) Inertie sociale : Nos cercles sociaux, surtout quand les préjugés, les instincts claniques fonctionnent dans des sortes de ghettos renforcent l’inertie. Toutes les innovations et améliorations sont fortement découragées. Le sabotage est récurrent.  Explorateur, innovateur, investigateur, altruiste, perfectionniste, ces profils sont marginalisés.

2) Inertie émotionnelle :  La familiarité de notre état actuel procure un sentiment de sécurité et constitue un obstacle important au changement.  La peur et le sentiment d’insécurité empêchent toute velléité de prendre des risques. 

3) Inertie physique : Elle se manifeste dans la réticence à démarrer de nouveaux programmes physiques / environnementaux qui semblent écrasants. 

4) Inertie cognitive : Les schémas de pensée, croyances et jugements ne peuvent être contestés ou réfutés. Le besoin de contrôler, d’avoir raison prime sur la concertation et le débat. 

Se libérer de l’inertie nécessite un effort conscient. De longue haleine. De la résilience. Une vraie estime de soi. 

Cela implique de reconnaître les schémas qui freinent, de remettre en question leur validité, d’être ouvert à l’exploration de nouvelles façons de penser et d’agir, de changer la perception des obstacles et des tensions dans les relations interpersonnelles et institutionnelles, de diminuer le besoin de validation extérieure et de gagner en stabilité intérieure. 

Alors, quid de nos leaders et aspirants leaders ?

Leurs motivations profondes, leur sens de l’engagement, leurs capacités de réflexion, la cohérence entre discours et pratiques, la stabilité psychologique, fortitude et ancrage dans le réel sont des critères entre autres qui nous permettent d’évaluer leur consistance, ne serait-ce que tant soit peu. Mais s’il est bien compliqué de croiser toutes ces dimensions de leurs personnalités, il y a un seul qui doit alimenter leur positionnement. C’est la réflexion sur l’inertie à ce fameux changement si bien vendu.

Effectivement, chaque composante de cette alliance du changement se doit aujourd’hui de prendre position quant à des inerties personnelles, aux appâts du statu quo, aux échappatoires qui fragilisent les institutions et un pays sur le chemin de la décadence.

« Le roi est nu ».  Vive le prophète ! 

Le changement ne viendra pas par la rue. Nous aimons trop notre confort personnel.

Le changement ne viendra pas par le rouge ni le bleu. Trop teintés de pouvoirisme.

Le changement ne viendra pas par le mauve décoloré par le soleil du désert.

Le changement ne viendra pas par les papillons, objets d’étude pour leur vol, reproduction et métamorphose.

On ne veut plus entendre parler de changement quand l’inertie a gagné le pari sur lui. 

Nous voulons des hommes et des femmes honorables, qui parlent un langage vrai, engageant nos ressources endormies par des promesses non tenues. Nous voulons de vrais combattants de la vie quotidienne, qui cassent les innombrables inerties, personnelles / institutionnelles et tiennent vraiment compte de la vie dans toute sa complexité. Sans alibis et renoncements à la vérité. Qui donnent l’exemple des choix draconiens nécessaires à faire pour que notre pays ne sombre pas.

« Qui [sans honneur] a consumé sa vie laisse de soi, sur terre, autant de trace que fumée en les airs, écume en l’onde »

Dante Alighieri, La Divine Comédie, L’Inferno, XXIV 

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