Et si Lénine était de ce monde…

Lénine au IIe Congrès des Soviets, le 26 octobre 1917 à l’institut Smolny à Petrograd©Vladimir Serov/1954/DR

Si Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine (1870-1924) pouvait sortir de son mausolée sur la Place Rouge à Moscou pour constater ce qu’est devenu l’État qu’il avait fondé 105 années de cela, il ne retournerait certainement pas à son sépulcre mais implorerait les dirigeants russes pour qu’il soit enterré, non pas à la place d’honneur au pied du mur du Kremlin, comme l’ont été tous ses successeurs, notamment Staline, Khrouchtchev, Brejnev, Andropov et Tchernenko mais dans le cimetière du commun des mortels et que son nom soit, à jamais, effacé de la mémoire collective.  En effet, aurait-il pu consentir au retour en force d’un système social qu’il a tant combattu durant toute son existence, au démembrement de son pays en de nombreux États qu’il avait tant donné pour rassembler sous une ombrelle commune et qui se déchirent aujourd’hui par la force des armes ? Comme, par exemple, le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur la controverse du Nagorno-Karabakh ; la tension entre la Moldavie et la Russie sur la question de la Transdniestrie et aujourd’hui, la guerre qui fait rage entre la Russie et l’Ukraine, etc.

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Entre ces deux dernières républiques voisines d’ailleurs, les blessures sont tellement profondes que ce n’est pas demain que disparaîtront les cicatrices laissées par la guerre. Même si, à la fin du jour, un compromis est trouvé, la tension à la frontière demeurerait certainement très vive pendant des années et ce, indépendamment de l’entrée ou non de l’Ukraine au sein de l’OTAN ou de l’UE. D’aucuns évoquant même l’érection virtuelle d’un nouveau « mur de Berlin » à quelques centaines de kilomètres à l’est, plus de trois décennies après son démantèlement en Allemagne. Et il va sans dire que de deux côtés de cette frontière, l’on revendiquerait la victoire et jetterait le blâme sur l’autre d’avoir provoqué la guerre. Du côté de Moscou, l’on mettrait l’accent sur la démilitarisation, la dénazification et la protection de la population russophone dans l’est de l’Ukraine alors que Kiev évoquerait sans doute la liberté retrouvée de choisir sa voie mais surtout le mérite d’avoir pu tenir en échec une des plus puissantes armées au monde.

Mais quoi qu’il en soit, cette guerre en Ukraine doit également être placée dans une perspective plus large. Car, au-delà d’une assistance accordée à un pays ami, les Occidentaux, menés par les États-Unis, auraient pour objectif d’anéantir le noyau dur de l’ex-URSS afin de faire échec à toute tentative d’un regroupement dans le temps des pays dispersés et le retour d’un ordre mondial antagoniste, comme ce fut le cas pendant la majeure partie du XXe siècle. Mais les relations internationales étant ce qu’elles sont, force est de constater que la plus grande maladresse commise par la Russie aurait été de fonder une croyance naïve sur le fait que la seule conversion de son système politique du socialisme au capitalisme serait suffisante pour être acceptée en tant que membre à part entière du club des Occidentaux comme l’ont été d’ailleurs les pays de l’Europe de l’Est.

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Or, la Russie réalise aujourd’hui qu’elle aurait tout bonnement été menée en bateau – de la même façon par rapport aux frontières de l’OTAN – par les Américains et pourrait même saisir « l’opportunité » des sanctions contre elle pour faire émerger son propre système de développement économique en partenariat avec d’autres pays évoluant sur la même orbite commerciale comme la Chine et l’Inde, deux géants asiatiques représentant à eux seuls environ 30% du marché mondial. En effet, des sanctions contre des géants ne sont d’habitude qu’un coup d’épée dans l’eau et ce n’est certainement pas Donald Trump qui dira le contraire lorsqu’il avait voulu affaiblir la Chine en déclarant une guerre commerciale et tarifaire à l’encontre de Pékin. Ainsi, constatant que les mesures prises par ses partenaires jusqu’ici n’ont guère atténué la force de frappe de Moscou, Volodymyr Zelensky exige de nouvelles sanctions. Or, vu le contexte particulier de cette guerre, il ne peut y avoir 36 solutions vers la paix mais une seule et qui serait à l’avantage prioritaire de l’Ukraine et des Ukrainiens qui ont tant souffert sur une question d’ego – l’ouverture des négociations, sous l’égide de l’ONU ou autrement, en vue d’un cessez-le-feu immédiat.

 

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