Le Fisheries Bill, présenté par le ministre de l’Économie bleue et des Ressources marines, Sudheer Maudhoo, a été adopté mardi soir par l’Assemblée nationale. Les ministres Ganoo et Lesjongard sont également intervenus lors des débats.
Pour le ministre Maudhoo, les critiques de l’opposition consistaient à créer une tempête dans un verre d’eau. Il a estimé que lors des prochaines élections « une vague orange s’abattra sur le ménage à trois ». Cela, avant de mettre en exergue que les seules ressources naturelles exploitables dont dispose Maurice sont les ressources marines naturelles.
Pour lui, l’ambition du gouvernement consiste à faire de Maurice un leader dans la gestion responsable du stock de pêche. « Pour cela, il faut que le secteur de la pêche soit suivi scientifiquement, géré au niveau régional et disposant d’un encadrement légal », dit-il.
Répondant aux critiques de l’opposition selon lesquelles la législation a été présentée dans la précipitation sous la dictée de l’Union européenne, Sudheer Maudhoo a expliqué que la vie de milliers de Mauriciens « dépend de ce secteur, représentant 19% de nos exportations ». Il a indiqué que les principaux marchés mauriciens sont l’Union européenne et la Grande-Bretagne.
« Il est donc tout à fait normal que nous prenions en considération les recommandations formulées par l’UE dans la préparation du projet de loi afin de s’assurer que les produits correspondent aux conditions en vigueur sur le marché européen. C’est cela la vérité et non pas la peur de voir l’émission d’une carte jaune. L’Union européenne a toujours été un partenaire économique privilégié de Maurice, non seulement dans le domaine de la pêche mais également sur le plan de l’agriculture et de la manufacture. Et nous partageons les mêmes valeurs que l’Union européenne. La question n’est pas que nous soyons menacés ou dictés par un pays mais nous avons écouté un partenaire économique afin de ne pas mettre en péril notre économie », affirme le ministre.
Sudheer Maudhoo s’est ensuite appesanti sur l’allocation des quotas du thon jaune. À ce propos, il a démenti les accusations formulées par l’opposition et qui sont susceptibles de donner l’impression qu’il pratique une politique de méchanceté vis-à-vis d’une compagnie de pêche française. Il a expliqué « que la compagnie concernée rencontrait des difficultés financières et avait été mise en liquidation ». Il maintient que le quota de poissons appartient au gouvernement mauricien « et qu’en cas de vente le quota ne peut être transféré à une autre compagnie ».
D’autre part, le ministre a montré une correspondance de la compagnie adressée à ses employés pour leur annoncer la cession de trois senneurs. Il a affirmé que prenant en compte l’incertitude quant à la possibilité pour cette compagnie de fournir le quota de poisson, le ministère a autorisé d’autres compagnies à pêcher dans les eaux mauriciennes « d’autant plus qu’une des compagnies a promis de fournir du poisson sur le marché local ».
Il explique que la réallocation des contrats « constitue un signal fort pour les nouvelles compagnies qui devront s’aligner sur la vision de Maurice ». Il a reproché au leader de l’opposition, qui a été ministre des Finances dans le passé, de n’avoir pas fait ce qu’il a accompli aujourd’hui. Le texte de loi a été adopté en comité avec des amendements.
LE MINISTRE ALAN GANOO : « L’opposition s’inflige des cartons jaunes et rouges »
Alan Ganoo affirme d’emblée que compte tenu de l’importance du secteur de la pêche, «le Fisheries Bill représente une feuille de route pour la croissance et le développement du secteur de la pêche. » Il se dit déçu des points de vue exprimés par les membres de l’opposition qui, selon lui, sont sans doute décontenancés par ce projet de loi.
Le ministre a ensuite fait une sortie en règle contre le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval. Il relève des « contradictions » dans les propos de ce dernier concernant ce projet de loi, notamment le carton jaune servi par le directorat-général des Affaires maritimes de l’Union européenne.
Or, Alan Ganoo maintient que Maurice a entériné plusieurs accords de pêche avec l’Union européenne dans le cadre du dialogue. Il maintient qu’en ce qui concerne le Fisheries Bill, il n’y avait ni plus ni moins que le processus normal de l’Union européenne, qui agit de même avec ses autres partenaires. Pour Alan Ganoo, les contradictions entre les membres de l’opposition sont « comme des cartons jaunes et rouges qu’ils se sont infligés sur eux-mêmes ».
Revenant au projet de loi, Alan Ganoo a fait ressortir que le contexte mondial de la pêche a évolué. Il y a ainsi eu la déplétion des ressources marines à un taux alarmant, le changement climatique, l’effet de serre et la pollution plastique. Or, le projet de loi vise à promouvoir une gestion durable des stocks de pêche, tout en préservant l’écosystème marin et aussi à préserver le gagne-pain des pêcheurs, tout en assurant la sécurité alimentaire, et cela pour des générations à venir. L’objectif déclaré est que l’économie bleue devienne un pilier de notre économie.
Le ministre a conclu son discours en félicitant son collègue de la Pêche, qui a apporté un projet de loi compréhensif sur un sujet complexe. « Si l’opposition est honnête, elle doit reconnaître que ce projet de loi est avant-gardiste et englobant tout le secteur », soutient-il.
LE MINISTRE JOE LESJONGARD : « Aucun diktat de l’Union européenne »
Le ministre de l’Énergie, Joe Lesjongard, a fait ressortir que toute loi doit évoluer, et que la Fisheries and Marine Resources Act de 2007 ne répondait plus aux défis actuels. Le Fisheries Bill vient ainsi renforcir le cadre légal pour une meilleure protection de la zone économique exclusive et pour une lutte accrue contre la pêche illicite qui, selon le ministre, peut se chiffrer en millions de roupies, voire en milliards.
Il a tenu à répondre aux arguments avancés par Arvin Boolell à l’effet que Maurice a subi le diktat de l’Union européenne en ce qui concerne ce projet de loi. Il a accusé le député de l’opposition d’avoir induit l’Assemblée en erreur, et a fait preuve d’un manque d’égards envers les partenaires de Maurice. Pour le ministre, l’Explanatory Note est explicite : le projet de loi abroge l’ancienne loi sur les recommandations du directorat-général des Affaires maritimes de l’Union européenne.
Il a souligné que l’Union européenne demeure partenaire privilégié de Maurice. Il faudrait préserver la réputation de Maurice et de ses institutions auprès des organismes comme l‘Union européenne ou la Banque mondiale pour pouvoir bénéficier de leur aide. L’aide des pays amis comme l’Inde et France est nécessaire pour combattre la pêche illégale.
Il ajoute que Maurice doit sauvegarder l’accès aux marchés étrangers, tout en étant conforme aux normes de ces marchés. C’est dans ce contexte que Maurice doit accepter les recommandations de l‘Union européenne, menant à ce projet de loi moderne, mieux adapté aux défis actuels.
En ce qui concerne le montant des amendes, provoquant des inquiétudes dans les rangs de l’opposition, Joe Lesjongard dressé un parallèle avec la situation prévalant dans des états côtiers comme les Seychelles ou le Sri Lanka, qui sont connus pour décourager la pêche illicite par de fortes pénalités. Il a réitéré que les pénalités sous le Fisheries Bill visent avant tout les grands navires engagés dans la pêche illicite, générant des chiffres d’affaires se traduisant en millions, voire en milliards, sans parler des dégâts, occasionnés aux ressources marines dans la zone.
Le ministre a aussi commenté des points soulevés par Xavier Luc Duval. En ce qui concerne la sécurité sur les bateaux de pêche, il rassure que des Regulations en ce sens sont en train d’être rédigées sous le Fisheries Bill. Il a aussi expliqué que les petites embarcations nouvellement construites devront être enregistrées, en vue d’une meilleure sécurité en mer, et que cet enregistrement peut se faire au niveau de la localité.
Il a également passé en revue les dispositions de loi par rapport à la pêche sportive et le besoin des pêcheurs d’informer au préalable, soit un jour à l’avance, les autorités de toute sortie hors du lagon. Il a concédé que cette dernière obligation pourrait s’avérer contraignante avec des amendements à venir.
Joe Lesjongard a conclu que le secteur de la pêche a un gros potentiel sur le plan des exportations, mais que beaucoup reste à faire, et que le projet de loi constitue une étape importante dans la bonne direction.

