Le Mauritius Freeport Development (MFD) innove en se tournant vers le fret aérien. Jusque-là, l’opérateur s’est concentré sur la logistique du fret maritime avec des services à forte valeur ajoutée pour des clients locaux, régionaux et internationaux et ce, grâce à ses entrepôts de 100 000 m2. Mais désormais l’opérateur basé au port franc à Mer Rouge a les yeux rivés sur un nouveau pôle pour contribuer à sa croissance future : l’aéroport.

La pandémie de COVID-19 a laissé quelques séquelles sur les finances du groupe MFD car ses profits ont chuté. Mais l’opérateur est resté déterminé à aller de l’avant avec son ambitieux projet d’opérer un centre de logistique et de distribution de 4 500 m2 à côté de l’aéroport. MFD planche sur ce projet depuis quelques années et son objectif est ambitieux. Dès un retour à la normale sur le plan de la pandémie et des liaisons aériennes rétablies, la nouvelle filiale du groupe, MFD Sky, créée pour offrir des services de logistique et de distribution à l’aéroport, devrait générer quelque 10% de son chiffre d’affaires global.
Pour parvenir à ses fins, MFD peut compter sur une solide expertise de 20 ans dans le domaine de la logistique industrielle. À Mer Rouge, MFD a développé un impressionnant centre logistique – le plus important de l’océan Indien – qui offre une pléthore de solutions pour la gestion de la chaîne d’approvisionnement grâce à un éventail complet d’équipements et d’installations conformes aux principales normes du secteur à l’échelle mondiale, soit HACCP et ISO.

Au fil des ans, MFD a affiné le concept de la gestion de la “supply chain” pour créer une plateforme unique offrant un ensemble logistique sécurisé permettant de fournir des services pointus à une clientèle de plus en plus exigeante, dont un accès internet privé pour une meilleure traçabilité de leur flux et stock. Les opérateurs bénéficient aussi des avantages du port franc mauricien.

Expliquant la genèse de MFD Sky, Dimitri Lagesse, Chief Process & Information Officer chez MFD, explique, que « nous avons des entrepôts et une zone industrielle au port, mais notre stratégie était d’étendre nos compétences dans l’aérien également ». Et d’ajouter : « Nous étions restés concentrés sur la logistique portuaire, mais il y a eu au sein du groupe toute une réflexion sur la possibilité d’offrir nos services à l’aéroport. Le projet a vu le jour très récemment. Nous avons obtenu un bout de terrain d’Airports of Mauritius et nous démarrons les opérations le 15 décembre. »

De son côté, Jean-Claude Leste, General Manager de MFD Sky (ancien haut cadre d’Air Mauritius, recruté par MFD pour ses compétences en cargo aérien), fait ressortir que la présence de MFD dans l’aérien est « essentielle ». L’aventure démarre donc officiellement le 15 décembre pour MFD Sky mais les opérations seront « fully operational » début 2021. Elle offrira les mêmes prestations qu’au port. « Nous allons interagir avec d’autres acteurs, traiter d’autres types de produits et clients, mais dès que des marchandises entrent dans notre entrepôt, nous avons notre propre expertise. Certes, il y a certaines spécificités aériennes mais nous les maîtriserons au fur et à mesure », dit Dimitri Lagesse.

À l’aéroport, l’entrepôt de MFD Sky est situé dans la “cargo zone” d’AML. L’entrepôt couvre 4 500 m2, mais avec possibilité d’extension. Il consiste en un espace de 1 200 m2 pour le traitement du fret froid en chambre froide (avec une température de deux à huit degrés), hermétiquement fermé avec “racking”, ainsi que d’un espace de 2 100 m2 dédié au “general cargo” (fret sec) qu’il va manutentionner et conditionner en fonction des exigences de chaque client. L’espace MFD Sky comprend également une surface de 1 200 m2 dédiée au développement d’activités dites “light industrial”, où certains produits pourront être transformés pour être exportés/réexportés. « Cet espace pourra être agrandi en fonction de la demande », précise Jean-Claude Leste.

Le projet MFD Sky a été conçu depuis trois ans pour répondre à une lacune à l’aéroport : le manque cruel de services de logistique/distribution/stockage. Avant MFD Sky, il y avait seulement l’“import warehouse” et l’“export warehouse” d’Air Mauritius. « Il y a quelques facilités dans l’ancien terminal aéroportuaire mais elles sont très restreintes. Nous allons être le premier à offrir ces services logistiques sur la plateforme de l’aéroport. Toutes les marchandises qui rentrent au pays par avion, c’est du “bulk cargo”. Les clients vont les récupérer mais doivent se débrouiller par eux-mêmes. Nous allons “take care of their logistics” de A à Z. Nous nous positionnons comme un partenaire du client. On récupère la marchandise, on l’entrepose, on prépare les commandes par rapport aux magasins et on livre. Jusqu’à maintenant, ce service était inexistant dans la zone aéroportuaire », explique Dimitri Lagesse. MFD Sky cible donc les importateurs et exportateurs locaux et les exportateurs de la région. Pour les clients étrangers, ils peuvent faire transiter la marchandise par Maurice pour la préparation des commandes et la réexpédition vers d’autres marchés, par exemple en Afrique. Les produits expédiés par avion sont différents des produits acheminés par bateau. MFD Sky cible ainsi les produits pharmaceutiques, les fruits et légumes, les fleurs, les équipements électroniques, les produits alimentaires fabriqués à Maurice ou importés de la région. « Les produits transportés par avion ont généralement une durée de vie plus courte. Ce sont des “fast-moving goods”. Les produits frais, par exemple, nécessitent une logistique beaucoup plus complexe et rapide. Et nous, nous sommes capables de rapidement récupérer du cargo, le stocker, préparer des commandes et les réexpédier », soutient Jean-Claude Leste.

En moyenne, 10 000 tonnes de fret aérien entrent au pays chaque mois et presque le même volume en sort. MFD a fait des études de marché et compte prendre une bonne part de ce marché. Il a déjà prospecté des clients locaux et exportateurs régionaux, dont certains « qui n’utilisaient pas Maurice » car il n’y avait pas ce type de facilités à l’aéroport.
Par ailleurs, Maurice a des atouts dans le domaine de la logistique que n’ont pas les îles avoisinantes. Et elle est desservie par une vingtaine de lignes aériennes, contrairement à La Réunion qui n’en compte que trois ou Madagascar qui reçoit cinq compagnies aériennes. À la MFD, on se dit convaincu que le fret aérien « va se développer rapidement » dans les prochaines années.


Cargo v/s Covid

L’incertitude et le manque de visibilité sur la réouverture totale des frontières fait qu’un volume réduit de cargo transite par l’aéroport depuis mars. Mais avant la pandémie, le volume de fret aéroportuaire augmentait en moyenne de 5 à 10% chaque année. La COVID-19 a évidemment affecté les opérations du groupe, mais elle a su développer une certaine résilience, en proposant à ses clients – notamment ceux de la grande distribution – des solutions, afin de poursuivre le travail pendant le confinement. Opérateur essentiel dans le bon fonctionnement des activités essentielles du pays, MFD a d’ailleurs été l’une des premières compagnies à décrocher 200 WAPs (Work Access Permit), ce qui a permis à une partie de son personnel (200 personnes) de travailler pour assurer les services essentiels.