Le plan de paix en 12 points proposé par la Chine pour mettre un terme à la guerre en Ukraine et qui a constitué un des thèmes majeurs du sommet sino-russe tenu à Moscou du 20 au 22 mars dernier doit impérativement obtenir l’approbation de Washington – et non pas de Kiev – avant toute considération en vue d’une possible mise en œuvre.
Mais d’ores et déjà et comme il fallait s’y attendre, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, l’a balayé d’un revers de la main, estimant que les propositions « ne feraient qu’avantager militairement la Russie ». Entre-temps, sur le terrain, la guerre fait rage sans aucune indication d’un quelconque dénouement.
Cependant, il n’y a pas lieu de chercher midi à quatorze heures pour déterminer que, dans le concret, contrairement aux généralités que propose le plan chinois, tout projet élaboré en vue d’une paix durable doit s’articuler autour de trois axes principaux. D’abord, le retrait des troupes russes de tous les territoires occupés, y compris la Crimée et qui représentent environ 20% de la superficie du pays ; ensuite, l’abandon par l’Ukraine de son ambition d’adhérer à toute organisation occidentale à vocation militaire ou autres, en particulier, l’OTAN, pour adopter un statut de neutralité, à l’instar de la Suisse, ce dans le but de ne pas compromettre la sécurité frontalière et territoriale de son voisin et, finalement, le respect des droits à l’existence, de la culture et de la langue des Russes et de la population russophone vivant dans le pays. Des exigences que les Ukrainiens, peuple meurtri, seraient manifestement prêts à considérer en échange de la paix et la stabilité pour la reconstruction de leur pays mais pas les Américains qui, selon toute vraisemblance, ont en tête, un objectif inavouable, notamment de consolider leur mainmise sur le plan global et cela passerait d’abord par damer le pion à la deuxième puissance militaire mondiale à travers l’Ukraine.
Pour le Kremlin donc, la visite de Xi Jinping est tombée à point nommé, non seulement à un moment où le président Poutine est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale mais également lorsque Washington déploie tous les moyens possibles et imaginables pour tenter d’acculer et d’isoler son pays sur le plan global. D’ailleurs, le gaz et pétrole russes auxquels les Occidentaux ont renoncé pour asphyxier davantage Moscou sont désormais acheminés en Chine et ailleurs. Dans une déclaration commune à l’issue du sommet, les deux leaders ont vivement critiqué l’Occident, accusant les États-Unis de « saper la sécurité internationale pour conserver leur avantage militaire », et exprimé leur « préoccupation face à la présence croissante de l’OTAN en Asie ».
Ainsi, de par cette visite, Xi Jinping n’a fait que démontrer que le précepte de son illustre prédécesseur, Mao Zedong, selon lequel « Nous devons soutenir tout ce que notre ennemi combat et combattre tout ce qu’il soutient », est plus que jamais d’actualité car jamais, depuis des décennies, la virulence anti-occidentale n’a été aussi forte au sein du régime chinois, mais pas seulement. Cependant, vu que la Chine entretient des relations commerciales importantes avec Washington – relations qu’elle tente graduellement de restreindre au profit, entre autres, de son propre marché qui, rappelons-le, est le plus vaste du monde –, elle doit tout entreprendre afin d’éviter de jeter le bébé avec l’eau de bain. C’est pourquoi, Pékin s’est parallèlement embarqué dans une politique de « dédollarisation » de son économie et d’internationalisation de sa monnaie, le yuan.
Selon toute certitude, un nouvel ordre mondial est en pleine gestation et pourrait déplacer significativement le centre de gravité des relations internationales. Déjà, la Chine intensifie sa présence non seulement sur le continent africain – ce qui pourrait même contrarier les pourparlers en cours en vue d’une éventuelle rétrocession à Maurice des Chagos, comme le démontrent d’ailleurs les récentes correspondances échangées à Washington – mais également en Asie centrale, notamment en Iran, Arabie Saoudite, etc ce, bien évidemment, pour tenter de contrer l’influence occidentale.
À côté de la diplomatie, il y a également l’économie, secteur dans lequel les États-Unis sont talonnés de très près par la Chine, qui pourrait même leur ravir la première place dans quelques années, selon le FMI. Or, s’estimant porteur d’une mission civilisatrice universelle, Washington éprouve manifestement une crainte pathologique constante pour les puissances extérieures qui risquent de compromettre sa suprématie dans le monde. Aujourd’hui, le modèle chinois, le capitalisme d’État, ébranle sérieusement ses certitudes. En effet, la montée en puissance d’une alternative menaçante à côté d’un système néo-libéral dont la marche est fréquemment freinée par des crises de toutes sortes, ne peut laisser indifférents les dirigeants politiques globaux.
Finalement, force est de constater que le monde se trouve aujourd’hui dans un tourbillon de son histoire. En effet, depuis la fin de la 2e guerre mondiale, la tension et les menaces qui pèsent sur notre existence n’ont jamais été aussi conséquentes qu’elles ne le sont actuellement. Ce alors que les principaux dirigeants du monde se regardent en chiens de faïence. Ayant détourné des parts significatives de leurs richesses nationales pour la fabrication et le stock d’importantes quantités d’armes létales et de destruction massive, ils ont conduit la planète au bord d’une déflagration exterminatrice. Ces hommes, de par leur insouciance à l’égard du bien commun, sont dangereux. Toute l’humanité est assise sur une véritable poudrière. Il est urgent de désamorcer la bombe avant qu’il ne soit trop tard.

