INSPIRATIONS – Flamme d’espérance à Chatila

PRAVINA NALLATAMBY

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C’est l’automne. Les jours raccourcissent, le crépuscule est déjà là. On voudrait allumer mille lampes pour éviter de trébucher dans la pénombre. On voudrait trouver son chemin dans les ténèbres et préserver une petite lumière dans son cœur quand tout parait gris. Un feuillage pourpre et or jonche le sol alors qu’une brise fraiche revivifie le cœur en chassant la brume matinale. Les frênes arborent leur parure dorée majestueusement. Quelques gouttes de rosée sur les feuilles aux reflets d’or tourbillonnent, glissent doucement au sol. Ces éclats de lumière, qu’embrasse le regard, scintillent dans le paysage automnal.

Le ciel sombre, bas et lourd nous pèse ? Pourquoi ne pas lever le regard vers le ciel et contempler quelque belle étoile qui brillerait inéluctablement dans la nuit noire ? Qui sait ? On pourrait saisir la lueur d’espoir enfouie dans un cœur jadis meurtri, une lueur qui nous donne une leçon de vie.

Dans un camp de réfugiés palestiniens à Chatila au sud de Beyrouth, une lumière brille au pays du Levant. On tremble d’effroi en entendant le nom de cette ville marquée au fer rouge suite aux hostilités de 1948. Depuis la Nakba, catastrophe qui signa le destin de milliers de Palestiniens, le camp de Chatila résiste pour survivre et se reconstruire. Dénués d’identités, vivant dans des conditions déplorables, vacillant entre violence et insécurité, ils luttent désespérément pour un droit de retour chez eux. Tout doucement, grâce à la protection de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency), ils commencent à avoir accès à l’eau, à l’électricité, aux soins de santé, à un peu d’éducation et de vie communautaire.

Dans son livre-documentaire, Une lumière à Chatila, Tarek Charara, photographe professionnel, nous fait découvrir les coulisses de ce camp. Très engagé dans les causes humanitaires, il a immortalisé des moments de la vie qui reprend chez quelques familles durement frappées par les événements. Son ouvrage apporte un bel éclairage sur la reconstruction des réfugiés. Avec des photos et des témoignages recueillis dans un contexte bien précis, Tarek Charara montre la force de la résilience et le pouvoir de la solidarité humaine. Suite au jumelage des villes de Chatila et de Bagnolet, signé en 2005 après moult négociations et résistances, une série d’actions ont été menées en faveur de la construction progressive d’un camp « vivable ». Des échanges ont eu lieu entre les deux villes. Tarek Charara nous présente trois familles du camp de Chatila. Le photographe pointe son objectif sur des scènes de la vie quotidienne pleines d’espoir : une mère aide ses enfants à préparer leurs cartables, quelques jeunes participent à un stage de théâtre, d’autres à une excursion ; certains, initiés au scoutisme, s’entraident et s’épanouissent ensemble. La vie continue. Les journées sont rythmées par les courses au marché, la corvée de l’eau potable, la pause-café, la pause-narguilé et les échanges entre amis. Une photo nous montre la famille Ahmad devant ses deux sources d’électricité. « Lorsqu’une s’arrête, on met en marche l’autre avec un bâton. Quand les deux s’arrêtent, on sort les bougies », souligne Tarek Charara. En parallèle, ou plutôt en photos-miroirs, Tarek Charara nous dévoile la vie de trois familles de Bagnolet engagées dans les échanges avec Chatila. Issues de l’immigration, elles bâtissent leurs vies et font leurs chemins aussi. Des deux côtés, elles ont accepté leurs passés et ont transcendé les épreuves contre vents et marées. Dans les deux villes, on retrouve le même bonheur familial, le même sourire serein des parents, la même joie de vivre dans le regard des enfants ! L’authenticité des moments de gaieté et de sérénité captée parfois dans un habitat de fortune est particulièrement mise en valeur grâce aux photos prises en noir et blanc.

Une lumière à Chatila est un témoignage poignant et plein de tendresse qui nous rappelle que la flamme de l’espérance demeure dans notre âme malgré les souffrances les plus atroces. Cette flamme s’est nourrie d’éclats de courage, de détermination et de volonté chez les réfugiés du camp de Chatila depuis des décennies, comme cette réparation de longue haleine sublimée au fil d’or, nommée kintsugi. Derrière la lumière, on devine des blessures profondes, des lignes de failles transformées en lignes de force…

26 novembre 2021

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