Jane Madarbuccus, (Coup de cœur de Lottotech Seed) : « Écrire L’invisible est un atelier créatif et thérapeutique »

Écrire L’invisible – Écrire, Ressentir, Vibrer…. Telle est la démarche de Jane Madarbuccus dont le projet Écrire L’invisible, porté par Coupdeplumes et récompensé lors de la sixième édition de Coup de Cœur de Lottotech Seed, propose un espace inédit d’écriture créative et thérapeutique axé sur le bien-être émotionnel. Cette distinction souligne la valeur sociale et culturelle du projet et de sa contribution au soutien du bien-être mental et de l’expression créative à Maurice.

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Jane Madarbuccus a mis en place des ateliers à l’intention des élèves, professionnels et jeunes adultes en vue de leur permettre d’explorer leurs expériences personnelles dans un espace sûr et bienveillant. Dans un pays riche de sa diversité culturelle et linguistique, Écrire L’invisible favorise le dialogue, le soutien et la confiance en soi. C’est un coup de pouce à la promotion de la santé mentale et la créativité.

Le public vient de vous découvrir à travers la sixième édition du Lottotech Seed, où vous avez eu le prix Coup de Cœur du jury. Qu’en est-il de votre parcours personnel et pourquoi avoir choisi le sobriquet de coupdeplumes ?

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Je dois dire que je suis fière d’être une enfant de la Cité Richelieu, venant d’une famille de quatre enfants. Je suis l’aînée de cette fratrie (qui compte trois frères). J’ai fréquenté le Richelieu Government School et, par la suite, j’ai poursuivi mes études secondaires au Collège London de Port-Louis, avec un passage d’une année au City College. Et j’ai composé mon SC au Medco Cassis Secondary School. Le social est ancré dans mon ADN et tout a commencé à travers le groupe de Richelieu, dirigé par mon père, qui a été en quelque sorte mon mentor. Je me suis formée sur le terrain en faisant du bénévolat, notamment auprès de PILS, de la Natresa, du Centre de Solidarité pour une nouvelle vie et de l’association Kinouété.

Linley Emilien a monté une troupe de théâtre et cela a été le déclic. Une autre aventure… Je me souviens qu’en 2009, j’ai eu le prix de “Most Promising Young Actress”. Raj Gokhool m’a alors demandé de rejoindre sa troupe La Comédie Mauricienne où j’ai été actrice et animatrice de théâtre. Ce qui m’a conduite à l’écriture de scénarios. Coupdeplumes prend naissance très tard dans ma vie.

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Ce n’est qu’en 2021 que tout prend forme dans ma tête. Je devais avoir entre 16 ou 17 ans, quand j’ai écrit mon premier poème à une amie qui m’a tout de suite dit que j’avais le potentiel dans cette voie. C’est une phrase que j’ai gardée dans un coin de ma tête. J’écrivais tout le temps, mais je n’avais aucun but précis, j’écrivais juste pour écrire jusqu’au jour où mon voisin lit un de mes textes et me demande de contacter Stewerderson Casimir afin que je puisse participer à une scène de slam. J’ai participé à deux concours avec eux et j’ai aussi participé à la Journée de la Francophonie en décrochant la troisième place. Comme je n’aime pas trop me montrer en vidéo ou être sur la scène, je me suis mise à écrire.

L’écriture m’aide énormément, je me suis dit pourquoi ne pas en faire profiter aux autres . E j’ai écrit un premier recueil de slam, en kreol morisien, durant le Covid. J’ai ensuite écrit un livre qui parle des réalités ayant pour titre Réalités. Et le petit dernier est un livret sur le développement personnel avec des questions-réponses. C’est Coupdeplumes qui m’a choisie car c’est aussi mon nom de plume. Je dis toujours que les gens poussent des coups de gueule. Et pourquoi ne pas pousser des Coupdeplumes et en même temps inspirer les autres ?

Quelle vision avez-vous pour Coupdeplumes ?

C’est de publier des livres et faire prendre conscience aux autres que la santé mentale est super importante. Et que parfois écrire l’invisible (le nom de mon projet) peut-être libérateur. Avec le temps, je voudrais aussi former une autre personne qui pourrait aussi animer les ateliers. Ce sont des ateliers pour tous, étudiants, adultes et professionnels. La personne ne doit pas être écrivain car le but c’est d’écrire, de partager et surtout de pouvoir se sentir soi-même.

Quelle place a l’écriture dans votre vie aujourd’hui?

J’écris pour mes non-dits, pour créer de nouvelles choses et surtout, j’écris pour me sentir bien. J’ai un carnet secret où j’écris ce que je ressens et ce que je vis, ou tout simplement ce que je ne peux pas montrer au monde. L’écriture me permet de m’évader. Mais il y a aussi des jours ou j’ai le syndrome de la page blanche.

Comment le jury de Lottotech Seed a accueilli votre projet « Écrire L’invisible » et que retenez-vous de votre participation?

Parler d’écriture avec des gens, c’est toujours un peu compliqué et, dans mon cas, je devais défendre ce projet en lequel j’avais foi. Je me souviens encore qu’après mon pitch, l’un des membres du jury m’a dit : « Waow ». Et là, je me suis dit c’est bon, tu l’as fait. Les jurés me posaient des tonnes de questions et dans ma tête c’était l’euphorie, j’étais en mode “mais tu as réussi et tu réalises ton rêve le plus fou”. Le but n’était pas de gagner mais de pouvoir parler de ce que je fais dans l’ombre depuis tant d’années et que cela puisse intéresser des gens. Car tout abandonner pour écrire et participer à Lottotech Seeds, c’était vraiment un pari osé. La phrase qui m’a le plus marquée, c’est : « Ma fille, ton projet est unique et authentique comme toi. »

L’écriture est pour vous un exutoire. Vous souhaitez aussi à travers des ateliers d’écriture libérer la parole. En quoi cette démarche est-elle salutaire pour ceux qui suivent vos ateliers ?

Je vois des femmes se libérer de beaucoup de choses qui pèsent sur elles depuis toujours. Aider les autres a toujours fait partie de ma vie, depuis très jeune j’étais à fond dans le social avec mon papa. Et voir des personnes pouvoir s’exprimer en écrivant, c’est satisfaisant. Et lorsqu’une personne vous écrit pour vous dire merci, je ne pensais pas que cela allait me faire autant de bien. Je suis contente que mes ateliers plaisent. Je reçois beaucoup de messages dont un que je vais partager avec les lecteurs du Mauricien. Celui de Chloé qui me dit en ses mots : « Mo pa ti atan ki sa bann atelie dekritir la tipou aport sa kantite sanzman la dan molavi. Monn dekouver ki mo ti dan enn plas safe kot personn pa ziz personn par so ekri, ni par bann zafer ki monn partaze dan latelie. Monn kapav defoul mwa ek partaz mo bann resanti lor seki lezot inn ekrir. Sa inn permet mwa exprim boukou kitsoz ki mo pa ti pe kapav exprime avan avek mo labous. A traver latelie sa inn motiv mwa pou ekrir inpe pli souvan. Mo fier monn fer parti sa group la et mo anvi dir mersi pou sa bann latelie lekritir la. »

Coupdeplumes, votre atelier d’écriture relève d’un concept original visant à faire de l’écriture un outil puissant de bien-être, de clarté mentale et d’expression personnelle. Pouvez-vous nous en dire plus?

L’écriture est bien plus qu’un simple exercice créatif, c’est un véritable outil de transformation personnelle. L’atelier est conçu comme un espace bienveillant où chacun peut se reconnecter à soi, poser ses émotions et clarifier ses pensées. À travers des exercices guidés, des questions introspectives et des moments de partage, nous aidons les participants à explorer leur monde intérieur en toute liberté, sans jugement. Que l’on écrive depuis toujours ou que l’on débute, l’atelier s’adapte à chacun. Il ne s’agit pas de « bien écrire », mais d’écrire vrai. Écrire L’invisible, c’est finalement une invitation à se rencontrer soi-même ou de se redécouvrir tout simplement.

Vous dites à un certain moment que derrière les sourires et la résilience, beaucoup d’émotions restent invisibles. Est-ce à dire que c’est pour cette raison que vous avez choisi un espace inédit d’écriture créative et thérapeutique ?

Écrire L’invisible est tout simplement un cri pour dire que rien n’est perdu et que tout peut encore changer. La dépression est courante au sein de notre société, on travaille dur, la vie coûte de plus en plus cher et les gens hésitent énormément à s’ouvrir aux autres. Créer un espace de bien-être pour que les gens puissent s’exprimer, se libérer et ressentir des émotions encore plus intenses, c’est vraiment un rêve qui se concrétise.

Vous êtes aussi slameuse. Quelle est la force du slam pour faire passer des messages?

J’ai participé à des concours de slams dans le passé. Et pouvoir s’exprimer sur une scène et pouvoir dire ce que l’on ressent à travers des mots est une chose puissante. Et le mieux, c’est lorsqu’on arrive à faire passer des messages ou à toucher quelqu’un.

Vous parlez beaucoup de santé mentale et dites que parfois « Écrire L’invisible » peut être libérateur…

Écrire L’invisible est libérateur. J’ai été touchée par une maladie en 2018, et cela a complètement changé ma vie. Et en 2023, j’apprends que je dois encore lutter contre autre chose. En tant qu’être humain, cela vous fout un coup au moral. Dans les deux cas, écrire sur mes maladies invisibles m’a aidée à mieux gérer cette partie de ma vie. Parfois, j’écris uniquement pour moi car c’est la seule façon dont j’arrive à m’exprimer.

D’où vous vient cette inspiration, voire cette motivation, pour créer ce style d’ateliers d’écriture ?

Des gens autour de moi. Car après certaines réflexions, je pense que les jeunes sont de moins en moins enclins à lire, et surtout à écrire avec un stylo, je précise car presque tout se fait en tapotant sur le clavier de nos jours.

Y a-t-il eu un moment ou une expérience spécifique qui a déclenché le projet ?

Oui, je voulais faire une pause professionnelle et je me suis dit pourquoi ne pas se lancer maintenant. Pourquoi ne pas tout faire et mettre les chances de mon côté pour transformer cette passion, et surtout de pouvoir la partager avec les autres ?

Comment cette distinction de Lottotech Seeds met-elle en relief votre contribution sociale et culturelle au soutien mental et à l’expression créative à Maurice ?
La distinction obtenue lors de Lottotech Seeds vient légitimer et mettre en lumière une réalité souvent sous-estimée à Maurice, le besoin d’espaces d’expression émotionnelle et de bien-être mental accessibles à tous. Nous proposons une approche différente, à la croisée du culturel et du social. L’écriture devient un outil simple mais profondément puissant pour se reconnecter à soi, libérer la parole et briser certains silences encore très présents autour de la santé mentale. Recevoir ce prix, c’est aussi envoyer un message fort : prendre soin de sa santé mentale et encourager l’expression personnelle ne sont pas des luxes, mais des nécessités.

Que comptez-vous faire avec les Rs 25 000 obtenues lors de cette sixième édition de Lottotech Seed?

Très bonne question. Je viens de lancer The Elle Diary, écrit par Stacey Antoinette. Je viens de terminer mon manuscrit ayant pour titre Parcours, et un autre livret, Lavi An Kestion. Je prévois de continuer de proposer mes ateliers d’écriture et de continuer à écrire encore et encore. The Elle Diary a pris naissance par un simple : «Tu peux me donner un coup de main ?» Stacey est ma partenaire chez Coupdeplumes, elle s’occupe principalement de toute la partie graphique de mes livres. Elle a aussi participé aux ateliers d’écriture. À noter que c’est une personne qui n’aimait vraiment pas écrire. The Elle Diary est un livret avec des questions essentiellement pour les femmes. Car souvent les femmes pensent aux autres plus qu’à elles-mêmes. À travers ce livret, les femmes peuvent se reconnecter à elles-mêmes et répondre à des questions toutes simples.

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