Journées mondiales de la jeunesse : À Lisbonne, le pape accueilli en rock-star par 500 000 jeunes catholiques

« Nous sommes la jeunesse du pape »: François a été accueilli en rock-star jeudi après-midi à Lisbonne par quelque 500 000 jeunes catholiques du monde entier pour son premier rendez-vous majeur des Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ).
Dans une ambiance survoltée, au milieu des chants et des drapeaux de nombreux pays, Jorge Bergoglio a béni la foule massée dans un parc du centre de la capitale portugaise lors d’un long tour de « Papamobile », encadré par un lourd dispositif de sécurité.

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« C’est très impressionnant. C’est intense! L’ambiance est super ! », a témoigné à l’AFP Geoffroy Garcia-Benito, un étudiant de 17 ans venu d’Angers, dans l’Ouest de la France.
« C’est un rassemblement de tous les chrétiens du monde, alors on est là pour représenter notre pays », a-t-il ajouté en serrant un drapeau français entre ses mains.

Le pape s’est adressé à eux en espagnol à l’occasion de cette cérémonie de bienvenue, qui précède une série d’autres temps forts parmi lesquels une veillée samedi soir et une messe finale dimanche qui pourraient réunir un million de personnes, selon les organisateurs.
« Bienvenue et merci d’être là, je suis heureux de vous voir ! Et aussi d’entendre le beau vacarme que vous faites et d’être contaminé par votre joie », a-t-il lancé lors de son discours, retransmis sur plusieurs écrans géants disposés dans le parc et les allées alentours, où s’étendait la foule.

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« Ce qui me marque le plus, c’est l’ambiance chaleureuse entre les gens, tous prêts à échanger, faire la fête même avec des inconnus. L’énergie transmise entre différentes nationalités est incroyable », a confié Paolo Lottini, 17 ans, un jeune Italien qui participe aux JMJ pour la première fois.

Dès la mi-journée, des dizaines de milliers de jeunes s’étaient réunis sous le soleil lisboète pour attendre le pape, chantant et dansant au rythme de la sono.
Les autorités portugaises ont estimé l’affluence à environ 500 000 fidèles.
Jeudi matin, François avait rappelé « l’urgence dramatique » du réchauffement climatique, plaidant pour une « écologie intégrale » lors d’une rencontre devant des étudiants à l’université catholique de Lisbonne.

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Le chef spirituel des 1,3 milliard de catholiques est arrivé mercredi à Lisbonne pour une visite de cinq jours à l’occasion des JMJ, événement mondial créé en 1986 par Jean Paul II et articulé autour de rendez-vous festifs, culturels et spirituels (concerts, temps spirituels, conférences, débats…).

Après Rio de Janeiro (2013), Cracovie (2016) et Panama (2019), il s’agit des quatrièmes JMJ pour François, dont la santé apparaît de plus en plus fragile. Hospitalisé trois fois depuis 2021, il se déplace désormais en fauteuil roulant ou appuyé à une canne.

Appel du pape François
« L’urgence dramatique » du défi climatique

Le pape François a rappelé jeudi, devant des jeunes, « l’urgence dramatique » du réchauffement climatique, plaidant pour une « écologie intégrale » au deuxième jour de sa visite à Lisbonne pour les Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ).

« Nous devons reconnaître l’urgence dramatique de prendre soin de la maison commune. Cependant, cela ne peut se faire sans (…) un changement de la vision anthropologique qui est à la base de l’économie et de la politique », a déclaré le jésuite argentin lors d’une rencontre devant des étudiants à l’université catholique de Lisbonne.

« On ne peut se contenter de simples mesures palliatives ou de compromis timides et ambigus », a insisté le pape de 86 ans après avoir entendu des témoignages de jeunes dans cet établissement fondé en 1967 et présidé par les jésuites.

François a de nouveau défendu à cette occasion le concept d' »écologie intégrale », un marqueur fort de son pontificat développé dans son encyclique Laudato Si’ (2015) consacrée à l’environnement, liant écologie et justice sociale et intégrant étroitement les êtres humains à la nature.

« Nous avons besoin d’une écologie intégrale, d’écouter la souffrance de la planète en même temps que celle des pauvres ; de mettre le drame de la désertification en parallèle avec celui des réfugiés ; le thème des migrations avec celui de la dénatalité », a-t-il plaidé.
« Pas des polarisations, mais des visions d’ensemble », a ajouté le pape lors d’une intervention à laquelle ont assisté 6.500 personnes selon les autorités locales.
Auparavant, lors d’un rendez-vous qui ne figurait pas au programme officiel, Jorge Bergoglio a rencontré une quinzaine de pèlerins ukrainiens parmi les 500 qui se sont rendus à Lisbonne pour les JMJ, a indiqué le Vatican.

Suite à sa visite à l’université catholique, il s’est rendu en fin de matinée à Cascais, emblématique station balnéaire située à une trentaine de km à l’ouest de Lisbonne, où il a rencontré des jeunes du réseau éducatif international Scholas Occurrentes.
Le chef spirituel des 1,3 milliard de catholiques est arrivé mercredi à Lisbonne pour une visite de cinq jours à l’occasion de cette semaine de rendez-vous festifs, culturels et spirituels, en présence de centaines de milliers de jeunes de tous les continents.
Après une première journée consacrée aux autorités portugaises et au clergé local, il présidera jeudi après-midi une cérémonie dans un parc du centre-ville avec l’ensemble des pèlerins.

Après Rio de Janeiro (2013), Cracovie (2016) et Panama (2019), il s’agit des quatrièmes JMJ pour François, dont la santé apparaît de plus en plus fragile. Hospitalisé trois fois depuis 2021, il se déplace désormais en fauteuil roulant ou appuyé à une canne.
Créé en 1986 par Jean Paul II, les JMJ constituent le plus grand rassemblement catholique au monde et s’articulent autour de nombreux rendez-vous (concerts, temps spirituels, conférences, débats…).

Pédocriminalité: « le cri de douleur des victimes »

Le pape François a exhorté mercredi le clergé portugais à « accueillir et écouter » le « cri de douleur des victimes » de violences sexuelles dans l’Eglise, au premier jour de sa visite à Lisbonne et six mois après la publication d’un rapport qui a choqué ce pays.
Devant les prêtres, diacres et évêques réunis au monastère des Hiéronymites, Jorge Bergoglio a évoqué « la déception et la colère que certains ressentent à l’égard de l’Église, parfois à cause de notre mauvais témoignage et des scandales qui en ont défiguré le visage ».

Selon lui, ces scandales « appellent à une purification humble et constante, en partant du cri de douleur des victimes, toujours à accueillir et à écouter ».
En février, un rapport commandé par la conférence des évêques portugais, mais réalisé par une commission d’experts indépendants, a établi qu’au moins 4.815 mineurs avaient été victimes de violences sexuelles dans un contexte religieux depuis 1950.

Ces violences ont été dissimulées par la hiérarchie de l’Église de façon « systémique », ont-ils conclu après avoir recueilli plus de 500 témoignages dans un pays où 80% de la population de dix millions d’habitants se définit comme catholique.

La hiérarchie ecclésiastique a demandé pardon aux victimes et reconnu qu’il fallait « changer la culture de l’Eglise » mais, selon un sondage, 68% des personnes interrogées considéraient que son image s’était détériorée.
Avant l’arrivée du pape à Lisbonne, un groupe de soutien aux victimes a installé en ville trois grandes affiches évoquant les « plus de 4.800 enfants abusés par l’Église catholique au Portugal ».

L’initiative de ces citoyens anonymes avait pour but de « lutter contre l’effacement des victimes de l’agenda médiatique, focalisé sur la célébration d’une institution qui les voue au silence », ont-ils expliqué sur leur site internet.

Selon la Conférence épiscopale portugaise, le pape François doit rencontrer en privé des victimes d’agressions sexuelles, mais ce rendez-vous ne figure pas dans le programme officiel.

De l’Irlande à l’Allemagne en passant par les Etats-Unis, la multiplication des scandales sexuels dans l’Eglise a constitué l’un des plus douloureux défis pour le pape François.
Prônant la « tolérance zéro », il a rencontré à plusieurs reprises des victimes et créé une commission consultative pour la protection des mineurs, finalement intégrée à la Curie, mais très critiquée.

À l’image de la levée du secret pontifical sur les violences sexuelles du clergé et de l’obligation pour les religieux et laïcs de signaler tout cas à leur hiérarchie, le chef spirituel de l’Église catholique a aussi multiplié les mesures, mais le secret de la confession demeure absolu.

La jeunesse ukrainienne entre douleur et fête

Drapeau ukrainien sur le dos, Olena Shevchuk a retrouvé, le temps de quelques jours, le goût de la fête aux Journées mondiales de la Jeunesse à Lisbonne. Mais la douleur de la guerre qui ravage son pays ne quitte pas ses pensées.

« C’est très difficile pour nous de comprendre que la vie est normale ici », confie à l’AFP cette étudiante de 24 ans venue participer, comme quelque 500 Ukrainiens, à ce grand rassemblement catholique international autour du pape François.

À l’image des avions de ligne volant bas dans le ciel lisboète, elle avait « perdu l’habitude » des scènes de la vie quotidienne dans une capitale européenne en paix depuis l’invasion des troupes russes en février 2022.

« Ici il y a de la musique partout, les cafés et restaurants sont ouverts la nuit, vous pouvez aller où vous voulez », une réalité qui tranche avec le couvre-feu imposé chaque soir à 23H00 dans sa ville du centre de l’Ukraine, Vinnytsia.

Comme elle, ses camarades – souvent vêtus de la traditionnelle chemise brodée – tentent d’oublier la guerre durant cette semaine de rendez-vous festifs, culturels et spirituels. Une parenthèse au contact des centaines de milliers de pèlerins du monde entier qui ont inondé les rues de Lisbonne, drapeaux à la main et sac sur le dos.

« Malgré la guerre, toutes les difficultés », après un long voyage et quinze heures de blocage à la frontière polonaise, « nous sommes bien là », se réjouit le père Roman Demush, vice-responsable de la pastorale des jeunes ukrainiens grecs-catholiques, qui représentent quelque 8% de la population du pays.

Les jeunes qu’il accompagne « vivent dans une réalité terrible, avec des bombardements quotidiens (…) Ils sont venus pour retrouver un peu de paix », affirme le prêtre devant l’église qui leur sert de QG dans le quartier de Graça, sur une des collines du vieux Lisbonne.

« Tout le monde nous dit bonjour, on nous dit qu’on prie pour nous, c’est très émouvant », constate Olena, yeux bleu-vert et cheveux roux. Sur son drapeau, des mots inscrits au feutre noir: « La France vous aime! »

« Pleurer » avec le pape
Un peu plus loin, devant un stand, des bénévoles proposent aux passants des casques de réalité virtuelle plongeant le spectateur dans l’Ukraine en guerre, des scènes de chaos à 360° qui contrastent avec la musique et les couleurs chatoyantes de ce quartier animé avec vue sur le Tage.

Jeudi matin, une quinzaine de membres du groupe ont rencontré le pape en privé.
« Il a écouté les histoires des familles, des massacres causés par la Russie sur notre territoire. Nous avons pleuré ensemble, parlé, prié et à la fin on a partagé symboliquement du pain et de l’eau », raconte le père Demush.

Le jésuite argentin avait évoqué une initiative commune entre jeunes ukrainiens et la poignée de Russes présents à Lisbonne. Mais l’initiative est jusqu’ici restée lettre morte.
Les Russes? « Nous ne les voyons pas, et tant mieux », lâche le père Demush, qui estime qu’une telle rencontre causerait « encore davantage de souffrances » aux jeunes.

« On ne peut pas faire dialoguer un assassin et une victime. Bien sûr, les jeunes ne sont pas coupables, mais ils doivent prendre position contre la politique de leur pays », estime-t-il.
« Ce serait étrange, inconfortable », confirme Olena Syniuha, 19 ans, originaire de Lviv (ouest). « Parce que la douleur vit dans notre cœur, nous ne souhaitons aucune forme d’interaction avec eux, c’est vraiment douloureux de voir ce qu’ils font. »

Au sein du groupe, une écrasante majorité de filles. Et pour cause: la loi interdit aux hommes de quitter le territoire pour honorer leur service militaire dès leur majorité.
« C’est vraiment très triste, bien sûr il y a beaucoup de garçons qui voulaient venir (…) mais ils ne peuvent pas », déplore Olena Syniuha. À son poignet, un bracelet offert par des pèlerins espagnols.

« Nous ressentons une sorte de mission que nous devons être ici présents en leur nom. Nous devons absorber tout le soutien reçu et le leur donner », glisse-t-elle.
La jeune femme fait le vœu de « revenir en Ukraine pleins de joie, d’espoir, de soutien afin qu’ils puissent le ressentir ». « Et peut-être qu’aux prochaines JMJ, ils pourront venir avec nous. »

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