Le monde ressemble souvent à une collection de fils séparés, s’effilochant parfois sur les bords ou se déchirant dans des moments de tension. En regardant les gros titres, nous voyons un paysage défini par des frontières — géographiques, religieuses et culturelles — et pourtant, chaque année, le 28 janvier, la Journée internationale de la coexistence pacifique nous invite à observer de plus près la tapisserie que nous tissons ensemble. Cette journée est bien plus qu’un simple appel à l’absence de guerre ; c’est une invitation à reconnaître une étape active et organique du développement humain qui culmine dans l’unité de toute l’humanité.
Selon la perspective bahá’íe, cette transition est un passage inévitable à l’âge adulte pour notre espèce, un mouvement qui nous éloigne de siècles de discorde vers une maturité caractérisée par l’unité et la coopération. Après des millénaires d’errance dans l’obscurité, l’heure est venue de nous tourner vers la clarté, portés par le souffle de la fraternité et de l’affection.
Cette transition vers la paix n’est pas seulement un vœu pieux, elle est soutenue par une compréhension rigoureuse de la nature humaine. Trop souvent, le pessimisme ambiant suggère que la violence est inscrite dans nos gènes. Pourtant, la science moderne vient confirmer la vision spirituelle de l’unité. En 1986, un groupe de scientifiques de renommée mondiale a adopté la Déclaration de Séville sur la violence, affirmant catégoriquement qu’il est « scientifiquement incorrect de dire que nous avons hérité de nos ancêtres animaux une propension à faire la guerre » ou que la violence est « codée dans notre nature génétique ».
Cette déclaration, parrainée par l’UNESCO, brise les chaînes du déterminisme biologique : la guerre est une invention sociale, et ce que l’humanité a inventé, elle a aussi le pouvoir de le défaire. En comprenant que la violence n’est pas une fatalité biologique, nous libérons le potentiel nécessaire pour construire consciemment une culture de paix.
Si la science nous dit que la paix est possible, Bahá’u’lláh, le Prophète-fondateur nous montre comment la construire. Son approche repose sur la prémisse que « la paix du monde ne peut être établie que si son unité est fermement fixée ». Il a tracé une voie où la souveraineté nationale est harmonisée avec les besoins de la planète entière à travers un système de sécurité collective et une fédération mondiale. C’est un plan de réorganisation totale, où les ressources mondiales sont gérées pour le bien de tous.
Pour donner vie à cette structure, le principe de la paix exige un changement profond dans la conscience humaine. La paix politique restera fragile tant qu’elle ne sera pas enracinée dans une « paix spirituelle » — une unité des cœurs capable de transcender tous les préjugés. L’humanité ne peut progresser que si elle embrasse l’harmonie entre la science et la religion, car l’une apporte la compréhension matérielle tandis que l’autre fournit la motivation morale. Dans cette perspective narrative, l’éducation universelle devient l’instrument principal pour dissiper les ténèbres de l’ignorance qui ont historiquement alimenté les flammes des conflits.
Pour bâtir ce foyer mondial, nous devons fonder nos efforts sur la réalité spirituelle selon laquelle tous les peuples sont créés d’une même poussière. Cette reconnaissance de l’unité de l’humanité sert de fondement à la justice, que Bahá’u’lláh a décrite comme « la plus préférée de toutes choses à Mes yeux ».
Une partie centrale de ce récit est la compréhension qu’une société ne peut s’élever vers la paix si elle reste déséquilibrée. Les écrits bahá’ís utilisent fréquemment la métaphore d’un oiseau avec deux ailes — l’une mâle et l’autre femelle. Ce n’est que lorsque les deux ailes seront également développées et fortes que l’oiseau de l’humanité pourra prendre son envol vers les hauteurs de la prospérité. Cette pleine égalité permet l’émergence d’une nouvelle culture de consultation, où les idées sont offertes comme des cadeaux au groupe, privilégiant la recherche de la vérité sur la victoire personnelle.
Cette vision n’est pas qu’un idéal lointain ; elle s’incarne aujourd’hui dans les milliers de quartiers à travers le monde, et de manière vibrante ici même, à Maurice. Notre expérience locale montre que la coexistence est un tissu que l’on tisse jour après jour. On le voit dans nos villages et nos villes où des classes d’enfants réunissent des petits de toutes origines pour apprendre, dès le plus jeune âge, à substituer la coopération à la compétition. À travers des citations, des récits et des chants sur les vertus communes, ils découvrent que la diversité est une richesse et non une menace.
Dans nos groupes de préjeunes, à travers l’île, les adolescents apprennent à transformer leur désir de justice en actions de service concrètes. Qu’il s’agisse de projets d’embellissement de leur localité ou de soutien scolaire entre pairs, ces jeunes Mauriciens cultivent leur capacité à servir le bien commun. Par la pratique de la consultation, les communautés bahá’íes remplacent les méthodes décisionnelles basées sur le conflit par une recherche collective de la vérité. Ce processus permet à des voisins, issus de parcours religieux ou culturels différents, de s’asseoir ensemble pour planifier le progrès de leur quartier, prouvant que l’unité dans la diversité est une réalité tangible sur notre sol.
En parallèle de cet ancrage local, la Communauté internationale bahá’íe (BIC) porte cette même voix au cœur des Nations Unies. En collaborant avec les gouvernements, elle travaille à ériger les structures d’une « Paix Mineure » capable de rediriger les ressources mondiales de l’armement vers la prospérité commune. Chaque contribution vise à démontrer que les défis techniques ne trouveront de solutions durables que si nous traitons d’abord la maladie sous-jacente du monde : le manque d’unité et de cohésion morale.
En fin de compte, le voyage vers la coexistence pacifique est un processus indissociable : il est à la fois un état intérieur et une construction collective. La Journée internationale de la coexistence pacifique nous rappelle que notre réponse réside dans une action cohérente. Comme l’a si puissamment écrit Bahá’u’lláh :
« Il n’est pas permis à l’homme de s’enorgueillir d’aimer son pays, mais plutôt d’aimer le monde entier. La terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens. »
En éduquant les deux ailes de l’humanité et en suivant ce plan pour l’unité, nous transformons, un fil à la fois, une collection de fils séparés en un tissu de paix unique, indestructible et souverain.
Signé : Le Bureau des Affaires Extérieures de la Foi Bahá’íe à Maurice.

