LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DES FINANCES : « Écoutez nos préoccupations ! »

Monsieur,

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Alors que vous êtes en pleine consultation prébudgétaire, j’ai pensé, en tant qu’entrepreneur mais aussi en tant que travailleur social vous faire part de mes observations et propositions visant à améliorer le quotidien des Mauriciens. Je vais surtout évoquer des secteurs que je connais le mieux et qui sont, à mon avis, au centre des préoccupations de nos concitoyens.

a) Alimentation et Agriculture

Deux ans après la pandémie, notre agriculture est toujours au plus mal. À chaque grosse pluie, des légumes sont abîmés, ils deviennent rares et les prix prennent l’ascenseur. C’est une situation qui dure depuis des années, voire des décennies, et jusqu’ici aucune solution ne semble avoir été trouvée. Que fait le ministère de l’Agriculture ? Que fait la Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) ?
En fait, chaque année pour le budget de nombreuses mesures sont annoncées mais le résultat n’est jamais à la hauteur des espoirs des planteurs et des consommateurs. Prenons un exemple, un grant de Rs 400 000 est accordé pour la construction de serre. Or, une serre qui correspond aux normes coûte entre Rs 1 et 1,5 million. Où trouver la différence. Vous allez me dire que la DBM offre des emprunts à un taux d’intérêt très faible. Certes, mais ils sont assortis de conditions difficiles à fournir comme un contrat de propriété. Comment un jeune qui débute dans la vie pourrait présenter cela ? Cette mesure est un bluff, un effet d’annonce.
Si le gouvernement a pu investir, à perte parfois, dans des équipements médicaux lors de l’épidémie, pourquoi ne pas investir dans les jeunes qui veulent se lancer dans l’agriculture ? Il faut juste les soutenir correctement, assurer un suivi grâce aux techniciens du ministère de l’Agriculture et du FAREI. Si les banques privées assurent un suivi quand ils accordent un prêt immobilier, pourquoi la DBM et les parties concernées ne pourront-elles pas le faire ?
Il faudrait accorder des grants d’au moins un million à des entrepreneurs qui ont un business plan solide.

b) Secteur sucrier

Depuis la fin des accords de Lomé, il ne passe pas une année sans que l’on entende les litanies du secteur sucrier. Le sucre ne rapporte plus, on le sait. Et les sucriers bien avant nous. C’est pourquoi ils ont fermé les usines, centralisé la production, diversifié dans les sucres spéciaux et surtout dans l’hôtellerie et dans l’immobilier de luxe, IRS, RES et plus récemment dans les smart cities. Pour cela ils ont bénéficié d’incitations massives.
Mais quid du secteur agricole ? Le peu de compagnies qui sont engagées dans la production de légumes les revendent à des prix exorbitants dans des chaînes de supermarchés stratégiquement situés et qui découragent les petits producteurs. À titre d’exemple, la pomme d’amour, vendue dans les marchés à Rs 100 le demi-kilo, s’achète au double du prix dans des supermarchés qui s’approvisionnent auprès des compagnies agricoles, propriétés des anciens établissements sucriers.
Il est aussi inconcevable que nous continuons d’importer la pomme de terre et l’oignon alors qu’en 1983 on était autosuffisant. Il est temps d’imposer des quotas de production obligatoire de ces légumes de base aux compagnies sucrières.
Et quid de l’élevage ? Le prix de l’agneau ou bœuf frais est inabordable. Il faut amener ces mêmes compagnies à y investir massivement car elles sont les seules à posséder suffisamment de terrains pour cela. Il est inconcevable de devoir importer du bœuf, du mouton et des cabris. Cela va à l’encontre d’une économie durable. Il faut aussi arrêter de proposer aux touristes de la viande importée. Des associations comme Island Food Revolution sont en train de prouver que cela est possible.
Autre aberration, l’importation de lait, un produit dont nous étions autosuffisants à la période pré-indépendance. Nous devons mettre à la disposition de jeunes entrepreneurs des terrains et des facilités afin que nous puissions avoir du lait frais et réduire notre empreinte carbone. Il y va de notre survie et surtout celle de nos enfants.
Quant à la disponibilité des terrains, il appartient à l’État de réquisitionner les terrains non-utilisés pour les mettre dans le domaine public. Rien de nouveau à cela. On le fait bien pour la construction de routes ou récemment pour le tracé du Metro Express.
Il faut aussi aller chercher les connaissances là où elles sont. Prenons l’exemple d’Israël qui n’a pas de terre arable mais est aujourd’hui un leader en termes de production agricole. Au nom de quel lobby le gouvernement refuse-t-il de chercher cette aide technique et scientifique ?

c) Taxation

Personne ne va remettre en question la nécessité des taxes sur la consommation. Pour autant, la Taxe à valeur ajoutée (TVA) est un système arbitraire qui pénalise particulièrement ceux au bas de l’échelle. Payer 15 % de taxe sur un produit de consommation courante n’a pas la même répercussion pour une personne touchant Rs 11 000 que pour une autre recevant Rs 50 000. Il est temps de repenser cette taxation en revoyant la liste des produits concernés.
Toujours sur le plan de la taxation, celle qui fait le plus débat actuellement est la taxation, ou plutôt les taxes, sur le carburant. Payer une taxe pour les subsides sur la farine, le riz et le gaz ou encore les vaccins pour le Covid-19 est nécessaire et compréhensible mais comment ne pas trouver injuste une taxe pour la Road Development Authority alors que l’on paye déjà la déclaration ? Comment ne pas trouver injuste une taxe additionnelle pour le Fonds de solidarité Covid-19 dont on ne sait pas à quoi sert cet argent ? Mais le plus injuste c’est encore une fois la double peine avec l’application de la TVA sur TOUTES ces taxes !!! C’est juste inacceptable.

d) Pension

Avec le réajustement apporté en 2014 et le vieillissement continu de notre population, la charge de la pension universelle va s’accroître et devenir très vite insoutenable. Il est temps de revoir sa distribution et le mérite pour l’obtenir. La notion de pension universelle même doit être revisitée. C’est une aberration de donner dix mille roupies à une personne qui touche déjà une pension de Rs 50 000. On parle là de hauts fonctionnaires, de hauts cadres du privé et des élus qui cumulent des pensions à plusieurs titres.
Il faut aussi revoir cette politique d’accorder la pension universelle à des Mauriciens qui habitent à l’étranger et viennent passer six mois de vacances à Maurice.

e) Logement

Un logement décent reste encore un défi pour votre gouvernement. Et en dépit de votre volonté affichée de construire, il sera difficile d’arriver à l’objectif de 12 000 logements sociaux en raison de l’indisponibilité de terrain, a reconnu le ministre de tutelle. Or il y a deux solutions pour y arriver. La première, réquisitionner des terrains aux gros propriétaires fonciers et la seconde réquisitionner des appartements abandonnés comme on en voit dans de nombreuses villes mais aussi des constructions inachevées en raison de la faillite des promoteurs.
Monsieur le ministre, ces propositions sont réalisables. Il suffit d’en avoir la volonté politique. Vous en récolterez des gains substantiels et rendrez le sourire à des milliers de Mauriciens.

Bien à vous,

MANAND BALDAWOO

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