
M. Le Premier ministre, c’est avec humilité et sans agenda politique que je vous adresse, en tant que citoyen mauricien, cette correspondance pour vous livrer mes sentiments sur la gestion de notre pays.
Nous venons de rouvrir nos frontières après plusieurs mois de fermeture due à la COVID-19. Cette pandémie a mis à genoux notre économie, et sur le carreau, de nombreux pères et mères de famille qui ont perdu leur emploi. Certains peinent toujours, malgré la lente reprise, à joindre les deux bouts et à nourrir correctement leurs proches. Les prix dans les supermarchés ont flambé, et pour ceux et celles qui ont un petit salaire ou une maigre pension, les fins de mois sont extrêmement difficiles. M. le Premier ministre, comme vous devez l’imaginer, le sentiment général qui se dégage dans l’opinion actuellement, c’est que votre Gouvernement n’a que faire de la souffrance des Mauriciens. Et comme vous le savez vous-même, la perception est parfois encore plus tenace que la réalité. En gros que le Premier ministre n’a que faire de l’état général du pays et la préoccupation des Mauriciens, à savoir sur :
l’insécurité ambiante et l’incapacité de notre Police d’en venir à bout de certaines affaires (exemple, l’enquête sur la mort plus que suspecte de cet ancien activiste politique), la gestion des contrats publics (exemple l’allocation des contrats publics pendant le premier confinement), le trafic de drogue qui gangrène notre société, l’insécurité routière permanente (environ 90 morts depuis le début de l’année), la décrépitude de nos centres-villes et villages qui tombent directement ou indirectement sous la responsabilité du ministère des Administrations régionales, des Mairies ou District Councils, l’état déplorable de nos routes intérieures surtout (exemple la ville de Beau-Bassin/Rose-Hill qui décroche la palme avec un nombre impressionnant de rues et chaussées défoncées sans compter les trottoirs cassés), les hôpitaux qui sont pour certains, et en partie, dans un état d’abandon total, à l’instar de l’ancien bâtiment de Candos qui fait honte au pays, et la liste est malheureusement très longue.
J’imagine la tâche et la responsabilité énorme qui est la vôtre mais je pense en toute humilité que certaines personnes vous cachent la réalité journalière des Mauriciens, soit par courtisanerie soit par peur soit encore les deux. Pour ce qui me concerne, j’estime très modestement que vous devriez : 1) vous débarrasser de ces trop nombreux ‘bodyguards’ qui vous cachent la vue (cela aiderait à vous donner une meilleure image de proximité avec les Mauriciens), 2) diminuer par la même occasion un grand nombre de vos conseillers qui véhiculent l’impression, à tort ou à raison, que c’est soit eux soit votre épouse qui dirigent le pays à votre place, 3) diminuer de 25 % tous les salaires de votre Gouvernement y compris le vôtre, 4) prendre le Metro Express et/ou le bus une ou deux fois par mois pour comprendre ce que vivent les Mauriciens dans les transports en commun, 5) aller faire vos courses en supermarché au moins une fois par mois en invitant tout votre Gouvernement à faire la même chose, 6) aller consulter un Médecin en hôpital public pour juger par vous-même de l’efficacité et/ou des failles de notre système de santé, 7) prendre la route avec votre service de sécurité habituelle sans que l’on vous ouvre la voie en permanence avec un excès de zèle digne des républiques bananières, 8) exiger que tous les bâtiments publics ou privés de nos villes et villages soient régulièrement entretenus, que nos plages et nos espaces verts en soient de même… et je m’arrêterai là.
Et je vous garantis, M. Jugnauth, que l’on se souviendra de vous, avec raison, comme Premier ministre bien au-delà de votre passage à l’Hôtel du Gouvernement.
Flic-en-Flac,
le 20 octobre 2021
