VEENA MATABUDUL-PULTON
Nous les Mauriciens…natifs d’une île, scintillant sous le soleil des tropiques dont les rayons illuminent les eaux turquoises de notre beau lagon et enluminent notre magnifique paysage tropical, ne devons-nous pas nous extasier quant à cette beauté naturelle et authentique qui s’offre à nos yeux? Vous me diriez que pris dans le vertige de la vie et emportés par le tourbillon d’une pandémie qui nous fait perdre nos repères…difficile, voire même impossible de s’y attarder? Quelle triste réalité en effet! Pourtant, en notre for intérieur, ne sommes-nous pas en quête perpétuelle de “Sa…sime la limière,” comme le chantait Kaya, artiste du seggae mauricien? 
Et où puiser cette lumière?!…Il va sans dire que le Soleil, omniprésent et omniscient, est bel et bien notre unique source de lumière et d’énergie qui nous donne vie. Surya dans le Veda, Râ dans la mythologie égyptienne et Amaterasu dans la religion shinto au Japon, ne sont-Ils pas des Dieux ou des Déesses solaires glorifiés depuis des millénaires?
Le culte du Soleil mis en lumière dans les livres sacrés ne témoigne-t-il pas de l’adoration vouée à l’étoile solaire depuis la nuit des temps? De foi hindoue, n’avions-nous pas appris de nos parents dès notre tendre enfance, la pieuse prière, le Gayatri Mantra, pour invoquer le pouvoir du Dieu Soleil pour qu’Il nous accorde sa Protection?
Le Soleil, corps céleste, est cité dans la Bible comme le symbole divin de la Vérité et de la Connaissance de l’Éternel qui éclaire l’Homme chaque jour. Dans le Veda, Shree Krishna, huitième réincarnation du Dieu Vishnu et héros de l’épopée le Mahabharata, transmet les enseignements du Bhagavad Gita à son disciple Arjun(a)…Of Lights, I am the radiant Sun. Un verset du Coran dit que Dieu a fait du Soleil une Lumière et de la Lune une clarté…
De même, quand la lumière jaillit aux quatre coins du monde, c’est un évènement universel dans toute sa splendeur. Le Sharjah Light festival aux Émirats Arabes Unis, Illuminart au Canada, la fête des lumières dans la ville de Lyon en France…sont des spectacles qui, par des effets pyrotechniques, créent un décor magique et féerique. Par ailleurs, les illuminations de la fête de Noël chez nous et ailleurs, et tout récemment la fête Divali…sont sans conteste des festivals culturellement et spirituellement étincelants.
Tout en nous laissant subjuguer par cette ambiance auréolée de lumière, la (re)lecture du recueil de Pascal Fauliot, intitulé le Ramayana, vous insufflera l’envie d’évasion et vous immergera dans l’univers mythologique et mystique de cette grande épopée, joyau de la littérature épique indienne. Le Ramayana, transmis au cours des siècles par la tradition orale, est rédigé en sanskrit par le Guru Valmiki il y a des millénaires. La version en hindi, le Ramcharitmanas, est attribuée à Shri Goswami Tulsidas. Un récit édifiant qui, selon l’écrivain et homme politique français André Malraux dans ses Antimémoires,…« emplit le rêve de l’Inde comme l’Olympe a empli jadis celui de la Grèce ».
Pour mieux comprendre le Ramayana, situons cette œuvre épique dans le temps. Saviez-vous que la cosmogonie hindoue qui explique la création de l’univers, est constituée d’un cycle de quatre Yugas? Chaque Yuga correspond à une époque ou à un âge, dont le Satya Yuga, le Treta Yuga, le Dvapara Yuga et le Kali Yuga, qui est notre temps présent. Durant l’ère du Treta Yuga ou le deuxième âge, alors que le monde est en perdition et que les valeurs se dégradent et se désagrègent par une avalanche de maux et de vices, le dharma ou le sens du devoir s’effrite. Dieu Vishnu, faisant partie de la Grande Trinité hindoue, dont Shri Brahma et Shri Shiva, consentit alors à se réincarner en Ram(a), le Prince providentiel, qui naquit dans la dynastie solaire de la lignée Ikshvaku. Le noble Ram(a) devient ainsi le septième avatar du Dieu Protecteur de l’Univers.
Est-il besoin d’évoquer le parcours héroïque du Prince Ram(a), banni injustement d’Ayodya par son père, le roi Dashrath(a), du royaume de Koshala? Le roi Dashrath(a) mourra par la suite avec le cœur empli de remords. Contraint d’abandonner le confort de sa vie princière, le Prince Ram(a), respectant le vœu de son père, se retire dans la forêt de Dandaka pour y mener une vie d’ascète.
Pendant son long périple qui a duré quatorze années, le Prince Ram(a) s’est forgé une image d’un héros légendaire. Son retour triomphant à Ayodhya, aux côtés de sa fidèle épouse Sita et de son frère Lakshman(a), est accueilli dans une atmosphère lumineuse. Des diyas que sont les lampes en terre cuite qui éclairent leur chemin donnent lieu à la traditionnelle fête Divali. Que dire des prouesses du Singe divin Hanuman, le Sauveur de Sita des griffes de Ravana, le roi des Rakshasas, de l’île de Lanka? Sita, n’est-elle pas elle-même, l’avatar ou la réincarnation de la Déesse Lakshmi, Déesse de la prospérité?
Mais la question de l’auteur Pascal Fauliot, qui turlupine et qui donne matière à réflexion, c’est…comment le vaillant et valeureux Ram(a), qui incarne « une si grande perfection…pourrait-il échapper à la convoitise des hommes et à celle des démons? »
Le Ramayana, qui inspire encore aujourd’hui des lecteurs dans le monde entier, prônant l’idéalisme et la perfection, met en exergue des questions que l’humanité se pose depuis toujours. Le Bien finira-t-il par vaincre le Mal? La Connaissance sera-t-elle prééminente par rapport à l’Ignorance?
Et enfin…la Lumière exercera-t-elle sa Suprématie sur les Ténèbres?
