À l’initiative de Perigeum Capital, une conférence a été organisée sur les perspectives en matière de création de valeur pour les actionnaires sur le marché des capitaux. Différents aspects ont été discutés pendant cette demi-journée de travail, réunissant des Chief Executive Officers et Chief Finance Officers de compagnies cotées, des analystes financiers et autres acteurs du monde financier : le contexte international, l’économie mondiale, les défis liés aux tensions géopolitiques et les normes réglementaires internationales. L’efficacité des marchés de capitaux a également été abordée, notamment celle de la Stock Exchange of Mauritius.
Shamin Sookia, Managing Director de Perigeum Capital, souligne qu’il faut réfléchir aux « initiatives qui peuvent être mises en place au niveau du marché des capitaux, pour faire face à la compétition venant des autres juridictions ». Il ajoute qu’« Il y a aussi le besoin de discuter des éléments qui aideraient les entreprises à Maurice à accroître leurs bénéfices, surtout dans le contexte du développement durable. Il y a une multitude de critères qui entrent en ligne de compte pour que notre marché des capitaux soit efficace et optimal. Il y a par exemple la qualité des conseils d’administration, les compétences des équipes de management… C’est toute une panoplie de critères à assurer sur le long terme pour que les entreprises puissent croître et, ainsi, bénéficier aux actionnaires sur le long terme. »
Piet Viljoen, Executive Director de RCEM, qui opère notamment Astoria Investments Ltd, une GBC 1 (Global Business Company de catégorie 1) domiciliée à Maurice et cotée à la Bourse de Maurice, a donné un aperçu de la situation sur les marchés. « For the past 60 years, the savings of most of the world – especially the eastern part – has been funneled to the west by the US dollar », dit-il, mais cela change depuis ces dernières années, surtout avec la guerre en Ukraine. Il a aussi parlé de l’INSTC (International North-South Transport Corridor), qui comprend trois des dix PIB mondiaux les plus conséquents. « INSTC is the new the new Silk Road », dit-il. Les catalyseurs sont en place pour que les choses bougent. Ce repositionnement commercial est appelé à apporter des changements significatifs sur le marché des capitaux, et « there are opportunities in this new world ».
Piet Viljoen a en outre parlé des critères que recherchent les investisseurs dans les différents marchés de capitaux, à commencer par des acteurs indépendants, et la confiance dans le système. « Ce sont des étapes qui peuvent paraître simples, mais encore faut-il les mettre en pratique », dit-il. Les investisseurs internationaux recherchent aussi des High Quality Local Institutions, un High Quality Regulatory Environment, des produits compétitifs et des opportunités à saisir. Maurice est sur le Right Track , selon lui, mais doit continuer à travailler sur tous ces aspects, « there is more work to be done ».
Sunil Benimadhu, Chief Executive de la Stock Exchange of Mauritius, a commencé par évoquer le retour sur investissement, soulignant que depuis la création de la Bourse de Maurice, en 1989, le Semdex a enregistré un Annualized Return de 9,2% et le Semtri, de 13,9%. En terme de Value Creation, pour citer la performance de certaines entités cotées depuis leur première date de cotation, le groupe MCB affiche un Annualized Return de 19,54%, suivi de Vivo Energy (18,96%), MUA Ltd (16,10%), Rogers (15,98%) et Gamma Civic (14,63%).
Comparant la performance de la Bourse locale aux grandes plateformes internationales, Sunil Benimadhu explique que la SEM fait plutôt bonne figure. Ainsi, en termes de CAGR (Compound Annual Growth Rate), soit le taux de croissance annuelle composé, de 1989 à 2023, le Semdex affiche un taux de 9,2%, alors que l’indice en Inde est à 13,8%. Toutefois, le Semdex se compare favorablement au Dow Jones (8,1%), au S&P 500 (8%), au CAC 40 (4,3%) ou encore au FTSE-100 (3,7%).
Même si le Semdex a fait mieux que le Dow Jones, « we should factor in the fact that Mauritian rupee has depreciated », precise Sunil Benimadhu, car en 1989, un dollar s’échangeait à environ Rs 14, et aujourd’hui il est à environ Rs 45. « But it is good that we are doing better than many markets, as the return on capital has to be important to make an exchange attractive for investors », dira-t-il.
8 651 investisseurs institutionnels
En termes de capitaux levés en bourse depuis 1989, le montant s’élève à Rs 243 milliards, et Rs 64 milliards levés en termes de dettes. Le chief executive de la SEM a expliqué que l’ouverture du capital des entreprises au public a contribué à démocratiser l’économie, permettant aux investisseurs individuels de participer au développement économique. Pour citer certains poids lourds sur le marché officiel, il y a le groupe MCB, qui compte 22 334 actionnaires, 18 309 actionnaires pour le groupe SBM, 12 410 pour le groupe IBL, 11 892 pour Sun Ltd, 10 300 pour Lottotech, 8 647 pour New Mauritius Hotels, et ainsi de suite.
D’autre part, 130 963 comptes étaient ouverts auprès du CDS (Central Depositary & Settlement) au 30 juin dernier, répartis entre 112 942 investisseurs individuels et 8 651 investisseurs institutionnels, le reste étant des investisseurs étrangers. « More than 20% of the working population are shareholders of listed companies », précise Sunil Benimadhu. « Although this figure compares favorably with some larger emerging stock markets and even with some developed markets, the SEM continues to work towards increasing the number of retail shareholders », ajoute-t-il. Toujours en termes de création de valeur, il a parlé de Huge Improvement dans le Reporting financier, avec davantage de transparence de la part des entreprises.
Commentant la performance de la bourse locale, il explique que, depuis le Covid-19, le marché essayait de récupérer ses pertes, mais il y a eu la guerre en Ukraine. « Since then, we have been struggling and we are now recovering from a very difficult period. »
Par ailleurs, il affirme que les bons résultats financiers réalisés par certaines compagnies cotées ne se voient pas nécessairement dans la valeur du titre en bourse. « À ce jour, le Price Earning Ratio des compagnies a progressé, mais le prix des actions ne reflète pas vraiment leur potentiel. Il y a des raisons à cela, notamment l’inflation, les taux d’intérêt plus élevés et la dépréciation de la roupie. »
Cette situation est toutefois appelée à évoluer. « We are seeing a tapering-off of inflation. We will soon see a reversing trend of interest rate, coupled with a stabilization of the Rupee v/s USD. So, there is a lot of potential value in the market and the market will reflect the performance of companies. »

